Saran SEREME SERE

Chère Madame Saran Sérémé,

         Comment ne pas s’étonner quand une dame qui semble inspirer intelligence,  beauté et élégance, se fourvoie dans les marais de la haine boueuse et tente d’exceller dans le discours agressif ?  On se retrouve devant un oxymoron humain. Votre adresse[1] fiévreuse et colérique au Président Soro, publiée sur les sites web burkinabè aurait pu être un monument de dialogue politique civilisé si vous aviez la peine de mesurer l’importance des relations ivoiro-burkinabè à travers l’histoire et si vous vous étiez souvenue, qu’en tant que femme, mère et qui plus est personnalité politique intéressée par le pouvoir, vous vous devez d’être un modèle de modération, d’empathie et de finesse dans le discours, puisque vous êtes loin de savoir de quoi vos lendemains politiques seront faits. Mais, sans crier gare, Madame, vous vous jetez dans l’arène telle une furie, prête à hurler avec les loups et vous adressant à la seconde personnalité de la République de Côte d’Ivoire comme vous hèleriez un coxer sur la place du marché de Ouagadougou. La haute stature du Président Guillaume Soro, Chef du Parlement Ivoirien, devrait pourtant vous commander un peu d’élégance, voyons !

         Au fond, quel est votre problème, Madame Saran Sérémé ? Vous prétendez, parlant du Président Soro, qu’on a beau chasser le naturel, il revient au galop. Digne combattant de la liberté dans son pays, quand vous vous contentiez dans le vôtre d’être une brave ménagère, une cadre d’administration ou d’entreprise, et une marteleuse de macadam en guise d’agir politique, le président Guillaume Soro n’a pas à rougir de ses états de service pour la démocratie quand on regarde son pedigree exceptionnel. Le naturel de Guillaume Soro, c’est l’audace de défendre ses idées, sans langue de bois. Son naturel, c’est la fidélité et la loyauté sans faille envers ses amis de toutes les origines et couleurs de la terre. Oui, Madame Saran, le naturel de Guillaume Soro, c’est une clairvoyance géopolitique et stratégique qui a brisé les reins au gbagboïsme et conquis l’admiration de l’Afrique entière pour sa lutte contre l’idéologie infecte de l’ivoirité que les burkinitaires de votre pays recopient à merveille.

 Et vous, quel est votre naturel à vous, Madame Sérémé ? Auscultons-le un peu, sans cultiver l’inélégance que vous magnifiez. Certes, Madame Sérémé, on comprend bien, à vous voir, que vous détestez tout ce qui est naturel et préférez amplement les merveilles de l’artifice. Mais souffrez que le Président Guillaume Soro, naturellement, avec sincérité et loyauté, soit aux côtés du peuple frère du Burkina Faso chaque fois que de besoin. Car, la Côte d’Ivoire, de tous les peuples du monde, est le pays le plus intimement lié au sort du Burkina Faso par l’extraordinaire accueil que les frères et sœurs burkinabè ont reçu de longue date en Côte d’Ivoire. Figurez-vous, Madame la politicienne, qu’il y a quatre millions de  vos compatriotes en Côte d’Ivoire. Votre naturel, Madame Sérémé, ne serait-il pas à chercher dans la légèreté du propos et de l’analyse politiques quand on voit le peu de cas que vous faites de cette réalité géostratégique ? N’êtes-vous pas de ces obscurs politiciens secondaires qui rêvent de se faire la peau des grands hommes pour accéder indûment et par effraction à la lumière ? Votre naturel, Madame, serait-il à chercher dans un artificialisme et un « m’as-tu-vuisme » exacerbés ? Ne seriez-vous pas par hasard, une politicienne purement cosmétique ?

         Il vous en faut de la superficialité, Madame pour estimer dès le premier paragraphe de votre lettre, que le président Guillaume Soro a perdu la raison. Je vous cite : « Certaines personnes même devenues des personnalités, ne savent raison garder en restant dans leur domaine de compétence ou d’action. » Peut-on imaginer le bilan psychiâtrique d’une dame qui parle des relations ivoiro-burkinabè comme on discute du prix du Yougou-Yougou, alors même que les vies de quatre millions de ses compatriotes ont été préservées justement grâce à l’homme qu’elle traite de fou ? Qui est fou, entre celle qui manque de la moindre délicatesse diplomatique et celui qui s’inquiète de ses frères au point de venir apporter un soutien à leur union fraternelle ? La planète à partir de laquelle vous faites vos analyses politiques ne doit sans doute pas appartenir même au système solaire, Madame Sérémé.

         Prétendre que le président Guillaume Soro a eu une attitude choquante envers l’intelligentsia burkinabè, voilà, Madame, qui suppose que vous sachiez au moins écrire le mot en question. Vous écrivez maladroitement « intelligencia », et du coup on comprend que vous n’appartenez pas vraiment à l’intelligentsia. Ce genre de concept n’échapperait pour rien au monde à un intellectuel francophone. Comment voulez-vous, avec toutes les phrases mal ficelées que vous pondez dans votre texte et sur lesquelles je ne m’attarderai point par bienveillance, défendre la brillante classe intellectuelle du Burkina Faso que le président Soro honore du reste avec  constance ? Avez-vous lu la déconstruction du mythe de l’intouchabilité constitutionnelle de l’article 37 par le docteur Mamadou Djibo, excellent philosophe burkinabè des sciences ? Il démontre avec clarté et rigueur que la révision constitutionnelle, tout comme la négociation et le compromis, sont des outils légaux et légitimes de la modernité politique burkinabè contemporaine, construite que vous le vouliez ou non sous le magistère du Président Blaise Compaoré. Non, Madame Sérémé, il y a sans doute de brillants intellectuels burkinabè, mais vous et vos semblables n’en faites hélas pas encore partie. Il n’est jamais trop tard, Madame Sérémé, pour se donner une assise intellectuelle. J’ai, dans mes classes d’université en Europe, des étudiants de tous les âges…

         La médiation du président Soro auprès de ses frères burkinabè est un acte qui s’inscrit dans la longue tradition des services diplomatiques réciproques entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Comment cela peut-il avoir échappé à quelqu’une qui se prétend imprégnée des traditions diplomatiques ? A supposer que vous et votre formation politique parveniez demain au pouvoir au Burkina Faso, vous imaginez-vous à l’aise devant le Président de la République Alassane Ouattara ou son dauphin Guillaume Soro quand il faudra parler des intérêts objectifs de votre pays avec les autorités ivoiriennes ? Cet homme que vous insultez bassement, comment négocierez-vous avec lui ? Avez-vous seulement l’intention de servir un jour les intérêts supérieurs du Burkina Faso ? Votre manière de vous y prendre vous disqualifie nettement. Quand vous vous amusez à minimiser le Che Bogota, à instrumentaliser la mémoire du regretté président Thomas Sankara contre Guillaume Soro, à confondre la lutte pour le pluralisme politique menée par le jeune fesciste Guillaume Soro contre le régime Houphouët-Boigny avec votre combat contre le président Compaoré, à confondre le président Blaise Compaoré avec Mobutu Sese Seko, vous atteignez le comble de l’anachronisme et de la comparaison des incomparables. On peut vous pardonner ces dérives, en raison de vos difficultés analytiques évidentes.

         Mais, ce n’est pas une plumitive médiocre de votre genre qui amenuisera les mérites historiques du président Soro, homme-pont du combat des Ivoiriens contre l’exclusion identitaire, grand protecteur des étrangers dans son pays, « père de la dignité des peuples du Nord » selon une belle formule consacrée, fils adoptif du Burkina Faso. Oui, Ce n’est pas une historienne cafouilleuse comme vous qui nous fera oublier le contexte de guerre idéologique fratricide où se trouvaient le monde et le Burkina-Faso dans lesquels le président Thomas Sankara a trouvé la mort. Madame Saran Sérémé, vous ne ferez jamais effacer l’apport décisif de l’action politique du président Blaise Compaoré dans l’émergence d’une société burkinabè en phase avec le monde moderne.

         Vous pouvez avoir le verbe macabre et dire, je vous cite : «  les cimetières sont emplis de gens indispensables, cependant le monde continue d’avancer inexorablement ». Un autre proverbe dit : « Quand tu poursuis un ennemi pour le tuer, aie la sagesse de creuser d’abord deux tombes : la sienne et la tienne aussi. » A jouer avec le feu par vos allusions funèbres, uniquement parce que vous ne voulez ou pouvez pas comprendre la nécessité, en regard de l’histoire singulière du Burkina Faso, que la transition et l’alternance  se fassent dans le droit,  la paix et la concorde, vous donnez raison à un autre proverbe chinois : « Quand le doigt pointe la lune, l’imbécile regarde le doigt ».  A tout prendre, s’il faut rester dans votre allégorie du cimetière, on voudrait sérieusement que nos cimetières accueillent vite et allègrement tous ceux qui veulent faire de la sorcellerie politique, de la haine identitaire et de la xénophobie instrumentalisées, leur fonds de commerce.

         Loin de vouloir jeter sa nation sœur dans les affres de la guerre civile dont elle connaît les redoutables conséquences, la Côte d’Ivoire émergente dirigée par S.E. Alassane Ouattara, et dont Guillaume Soro est le dauphin constitutionnel milite et œuvre pour une démocratie burkinabè renforcée, stable, prospère, fraternelle. Car les liens humains et historiques entre les deux nations sont tels que laisser prospérer la haine et l’extrémisme idéologique dans l’une, c’est exposer l’autre à une contamination similaire par effet de dominos. Sachez donc, Madame Sérémé, améliorer votre plume, la tremper de l’art magistral du tact diplomatique et la mettre au service d’une vision politique dépassant le narcissisme identitaire qui vous emprisonne actuellement dans la nuit ambigüe de l’opposition politicienne burkinabè.

Recevez, s’il vous en agrée, mes salutations cordiales et fraternelles.

 Franklin Nyamsi, Agrégé de philosophie

Paris, France