Saran-Sérémé

Saran Sérémé, Présidente du PDC (Ph : DR)

Certaines personnes même devenues des personnalités, ne savent raison garder en restant dans leur domaine de compétence ou d’action. Nous avons bien peur que vous ne soyez de celles-là Monsieur Guillaume SORO, vous qui aviez été longtemps considéré comme une icône pour la jeunesse burkinabé qui vous incarnait comme le combattant assoiffé de justice, de liberté et de démocratie.
Hélas, vos récentes déclarations à l’endroit du peuple burkinabé, sont si choquantes et insultantes pour notre intelligencia, qu’elles nous questionnent quant aux raisons réelles qui l’ont motivé à tomber dans cette bassesse, digne d’un rebelle instrumentalisé et non d’une autorité d’un pays frère ou même d’un frère qui a suscité tant d’admiration.

Nous ne saurions vous rappeler, en tant que président de l’Assemblée Nationale de la Côte d’Ivoire, pays frère, les textes qui régissent les relations internationales. Si votre réaction est motivée par le fait que vous êtes un burkinabé d’un village du Yatenga ou tout autre villag, affirmez le clairement, le cas échéant, taisez vous en attendant d’être sonné et mandaté comme médiateur régional dans les affaires burkinabé. Du reste, les médiations régionales ne concernent pas les questions intra-parti politiques ou tout au plus si cela doivent l’être, elle ne sauraient se concevoir que de manière interne au parti et non officielle.

Dans votre réponse à Monsieur Aziz SANA, vous rappelez votre incommensurable amitié avec le Président Blaise COMPAORE en ces termes « Je n’aurai jamais la mémoire courte, pour servir à un doyen, frère, et ami d’une si importante exception, un discours mensonger qui ne serait rien d’autre que de l’ingratitude voilée ». Cette reconnaissance peut-elle justifier une aliénation rampante, la perte de vos repères et le non respect de vos principes qui était d’antan les vôtres depuis étudiant, à savoir la lutte contre toute forme d’injustice contre le peuple. Nous ne saurions imaginer que votre combat puisse être guidé pour l’intérêt d’un seul individu ne fusse votre protecteur ou pour des intérêts personnels, politiques et économiques.

Par ailleurs vous affirmez que « Si vous avez confiance dans le Che Bogota que vous connûtes à la FESCI à Gagnoa », et pourtant ce surnom qui vous élevait au rang de combattant de la liberté ne vous sied plus et est aujourd’hui aux antipodes de la vision du vrai CHE en qui vous vous identifiez et que le monde a connu comme un des meilleurs combattants contre l’injustice et pour la liberté. Le CHE n’affirmait t- il pas, que « celui qui peut voir l’injustice sans s’offusquer, ni la combattre n’est pas un camarade » ? Méritez vous encore ce surnom du Che ? Sinon vous auriez dû être du côté du peuple burkinabé qui aspire à un changement véritable après 26 ans de pouvoir du Président COMPAORE. La sagesse africaine n’affirme t-elle pas que « La vérité rougit les yeux mais ne les crève pas ; si cette vérité est sincère, elle ne peut anéantir une amitié, mais plutôt la renforcer ».

Vous gagneriez à vous imprégner de notre vraie histoire et savoir que le décollage économique auquel vous vous référez a été entamé pendant la Révolution démocratique et populaire sous l’égide du Capitaine Thomas Isidore Noel SANKARA dont vous taisez expressément l’action de 83 à 87 en affirmant qu’ « il importe à tous de reconnaître que ces trente dernières années sont véritablement les Trente Glorieuses de l’épopée politique Burkinabè, car le bond socioéconomique réalisé par ce pays sous la direction du président Blaise Compaoré est incontestablement remarquable ». Certes nous avions enregistré des acquis comme des limites depuis 1987, mais cela ne saurait occulter le besoin de changement, ni rendre indispensable un Homme qu’elle qu’il soit.
Du reste, nous vous rappelons votre combat contre l’immense Président Félix Houphouet Boigny qui a pourtant construit merveilleusement la Côte d’Ivoire, parce que vous ne partagiez pas les mêmes visions et principes politiques. Vous qui ne vous êtes pas gêné de combattre, même par les armes, votre ex mentor et compagnon de lutte Laurent Koudou Bagbo, lorsque vous aviez eu des divergences profondes d’idées, de convictions et une opposition farouche dans l’application des principes consacrés dans leurs fondamentaux, quelle leçon pouviez vous donnez à « l’opposition Burkinabè actuelle, composée pour une grande majorité d’hommes et de femmes politiquement émergés sous la présidence destinale du président Compaoré » mais qui ont des principes et une vision différente de la continuité de la gestion politique du Faso. Etiez vous entrain de manifester une ingratitude à l’égard de Monsieur Bagbo quand vous le combattiez ??? A chacun ses combats en fonction de ses réalités.

Nous avions tous cru en son temps et vous avions soutenus dans votre engagement, votre combat et votre détermination, même au détriment de votre vie et de celle de vos compagnons, à vous battre contre l’oppresseur pour la vérité, la justice, la démocratie, l’égalité, l’amour de votre Cote d’Ivoire natale et le bien être de vos populations.

Une question nous taraude l’esprit : aimez vous réellement le Président Blaise Compaoré, vous qui n’êtes pas « adepte de la langue de bois » et qui n’osez lui dire la vérité de respecter la Constitution mainte fois relues et adaptées selon les circonstances. Vous devriez plutôt lui demander de respecter sa parole, les desiderata du peuple burkinabé et non prendre le risque, par des décisions inconsidérées, de détruire ce beau pays qu’il a contribué à construire et qui s’est également construit à la sueur du front du peuple burkinabé aux prix d’énormes efforts, consensus et sacrifices.

Seigneur ! Vos messages et publications à l’endroit de votre « Monument » et de la jeunesse burkinabé rappellent dangereusement les discours de certaines périodes peu glorieuses de l’Afrique du temps des Empereurs et autres Maréchaux Bokassa, Mobutu …
Evitez nous ces discours pompeux au Faso ! Votre « ami » le Président Blaise COMPAORE lui même connaît l’état psychologique de ses populations, qui ne sont point portées aux éloges dithyrambiques, ni au culte de la personnalité. Elles n’ont d’ailleurs aucun problème de personne à l’égard du Président COMPAORE qu’elles ont d’ailleurs élu à 80% en 2010, mais elles ont avec lui des divergences de principes, qui commandent tout simplement le respect de nos fondamentaux, notre Constitution, qu’il a lui même fait adopté de manière consensuelle et qui met un terme à son mandat en 2015. Nous craignons plutôt que ce ne soit vos insinuations insidieuses « de tragédie humaine… » qui suggère à la jeunesse des dérives pouvant engendrer le chaos. Arrêtez pendant qu’il est encore temps Mr SORO.

Tout en comprenant le souci de préservation de la paix, la cohésion et intégration sous régionale, régionale et continentale, vous ne pouvez vous arroger le droit de nous imposer un Président fut-il « exceptionnel » juste pour la cause de vos médiations et vos intérêts sous régionaux ???. Attendez d’être nommé comme médiateur et n’exagérez pas non plus, sur votre qualité de « fils adoptif du Burkina Faso ». Vous affirmation est éloquente à ce sujet « Comment ne pas comprendre qu’un tel homme demeure urgemment utile par l’efficience de son leadership à notre communauté sous-continentale et continentale, à l’heure où les avancées du péril terroriste, les officines d’infiltration fondamentalistes, les crises politiques perlées s’enchaînent avec une bien inquiétante frénésie autour de nous ?».

Vous ajoutez qu’ « Il faut et il suffit que l’on comprenne qu’on ne saurait sacrifier 26 ans de pouvoir par un départ précipité ». Seigneur !!! En quoi ce départ consacré et programmé par la Constitution serai-il précipité en 2015 ? Les leçons de la vie nous enseignent pourtant que « le cimetières sont emplis de gens indispensables, cependant le monde continue d’avancer inexorablement ».

Puisque vous affirmez que « l’expérience du pouvoir démocratique enracine un homme dans son peuple et un peuple dans son chef. Leur séparation idoine ne saurait se faire par des oukases, mais par un processus mûr, serein, progressif et équitable, dans le respect de la légalité constitutionnelle et de toutes ses possibilités intrinsèques et légitimes ». Je pense alors que le débat est clos puisque nous ne demandions que le respect des normes et de la légalité constitutionnelle.

Le peuple burkinabè n’aspire point à « se séparer d’un Chef d’Etat légitime comme une entreprise se sépare d’un employé intérimaire ». C’est pourquoi, seules les voies constitutionnelles et légales ont jusque là été explorées par l’opposition politique et la jeunesse burkinabè. Mais il y’a un temps et des limites pour toute chose. Ne poussez pas le peuple dans ses derniers retranchements.

D’éminents Présidents tels que Léopold Sedar SENGOR, Nelson Mandela, Abraham Lincoln, Bill Clinton, Kwamé N’Krumah, John Jerry Rawlings, Alpha O. Konaré… ont cédé leur fauteuil non pas, parce qu’ils n’avaient plus de chantiers en cours mais plutôt parce qu’ils aimaient leur pays, respectaient les valeurs démocratiques et avaient foi à la continuité de l’Etat.
Vous gagneriez à arrêter de proférer des propos tendant à semer les germes de la haine et de la guerre dans notre pays lui qui affirme que « pour vaincre démocratiquement, puis militairement un Gbagbo qui n’avait que 10 ans au pouvoir ! Imaginez la peine qu’il faudrait se donner pour vaincre un chef d’Etat légitime, qui a en plus pour lui, une redoutable maîtrise des arcanes de son pays depuis 26 ans ! On peut, On doit faire l’économie d’une telle tragédie humaine dans votre pays. » Le président Compaoré lui aurait-il confié amicalement son intention de se maintenir au pouvoir par un passage en force 2015 pour qu’il redoute une tragédie humaine ???

Dans tous les cas de figure, nous l’informons que le peuple burkinabé est suffisamment mûr et déterminé à imprimer le changement, à l’instar des autres peuples qui se sont battus pour leur liberté et annihilera toute tentative contraire à cette aspiration légitime. Nous restons convaincus que le peuple burkinabé est plus que jamais engagé à prendre ses responsabilités pour offrir au Burkina Faso, une transition responsable et apaisée pour une alternance démocratique. Quiconque se mettra au travers de cette juste quête de changement, sera emportée par la roue de l’Histoire. Il y’a un temps ou le temps lui même est au changement et rien n’y peut.

Cordialement Votre.
Saran SEREME SERE / Présidente du Parti pour le Développement et le Changement; PDC