Seul l’objectif détermine les stratégies 

Les Présidents Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo

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Au quatrième et cinquième point de son argumentation, l’auteur de l’article nous évoque deux contraintes, l’une tactique et l’autre stratégique. Ces deux contraintes pourraient également, selon lui, constituer d’autres freins à une éventuelle alliance FPI-PDCI. Sur le plan tactique, il soutient qu’il est très improbable que le PDCI se lance dans une alliance avec une tendance « minoritaire »  du FPI ne disposant que de « trois députés à l’assemblée nationale sur 255 », sachant que s’il le faisait, le RDR pourrait de son côté s’allier avec la tendance dissidente « majoritaire » et mobiliser autour de lui l’UDPCI et les divers petits partis de la mouvance présidentielle. Sur le plan stratégique, il nous rappelle que tous les deux partis aspirent à gagner les élections présidentielles de 2020 mais que pour le FPI dans son ensemble, cela passe par la libération de Laurent Gbagbo, un sujet, toujours selon lui, « qui laisse jusque-là le PDCI indifférent ».

Cette quatrième et dernière partie de notre analyse va alors nous permettre d’appréhender et de cerner les concepts de stratégie et de tactique, nous emmener surtout à lever d’autres équivoques pour situer les enjeux fondamentaux de cette alliance que nous jugeons absolument réalisable et qu’au-delà du FPI et du PDCI, tous les ivoiriens attendent.

En réalité, ce sont les objectifs visés qui déterminent les moyens à utiliser et les stratégies à appliquer pour les atteindre. La stratégie et la tactique sont des notions étroitement liées. Nous ferons ainsi d’une pierre deux coups, car cette quatrième et dernière partie de notre analyse réagira  à la fois à l’argument tactique et à l’argument stratégique, c’est-à-dire aux deux derniers arguments sur les cinq présentés par le journaliste. Une stratégie est un ensemble d’idées et d’actions habilement mises en œuvre pour atteindre un objectif précis. A la guerre, il s’agirait par exemple de desserrer l’étau de l’ennemi, de surprendre l’ennemi, de l’attaquer ou de le mettre en déroute. A la chasse, il s’agirait d’encercler un animal sauvage pour le capturer vivant, le dompter  ou l’abattre.

La stratégie est présente dans divers domaines et, selon le domaine concerné, elle prend la forme qui le mieux convient ainsi qu’une dénomination particulière. Dans le domaine du sport, on parlerait surtout de tactique. Dans celui du commerce, on parlerait plutôt de marketing tandis qu’en politique et en diplomatie, on parlerait de lobbying. Chaque stratégie est pensée et appliquée selon l’objectif visé, les moyens disponibles, les réactions que permettent et imposent les situations et les contextes.

1 – ALLIANCE CONTRE ALLIANCE

D’une manière subtile, l’auteur agite la menace d’une alliance qui pourrait être créée par le RDR pour contrecarrer les activités  d’une éventuelle alliance FPI-PDCI. Nous ne nous y opposons pas et le RDR est libre de le faire, pourvu qu’il n’utilise pas des moyens antidémocratiques. Les alliances sont des initiatives démocratiques et légales de rapprochement et d’union que peuvent librement réaliser entre eux les partis politiques, selon leur obédience, les objectifs qu’ils poursuivent, la vision ou les intérêts qu’ils partagent. N’empêche que si le PDCI abandonnait le RHDP, il laisserait un vide qu’il serait très difficile voire impossible pour le RDR de combler. Ni l’UDPCI, ni de petits partis comme le MFA, encore moins l’aile dissidente du FPI, ne pourraient alors sauver cette coalition d’une défaite.

Aujourd’hui, dans l’arène politique ivoirienne, tout se joue entre trois principaux partis, le FPI, le PDCI et le RDR ; les deux partis qui se mettent ensemble sont absolument assurés de gagner l’élection présidentielle. Parlant de renforts, l’auteur de l’article aura peut-être déjà revu sa copie après avoir vu qu’à la réunion du jeudi 15 février au siège du RPP pour réclamer la réforme de la CEI, l’AFD formée jusque-là par 13 partis dont le FPI a noté la participation de trois autres formations politiques (RPP, UDL, Cojep) qui étaient tous membres de la défunte CNC devenue EDS. C’est dire que le RDR n’aura pas le monopole des renforts, chaque camp pouvant se renforcer à tout moment avec les forces politiques qu’il pourra convaincre. Cet éventuel renforcement du camp présidentiel ne peut donc être brandi comme un épouvantail ni servir d’argument ou de prétexte pour faire un chantage au PDCI-RDA.

Le FPI ne dispose que de 3 députés au parlement sur 255, nous rappelle-t-il ? Bien sûr que si et cela malgré la monstrueuse technologie électorale mise en place par le régime du RDR pour organiser des fraudes massives à tous les niveaux.  Toujours est-il que ce sont ces 3 députés qui ont fait sortir cette assemblée nationale de la monotonie et de la léthargie par des interventions magistrales et des propositions sérieuses, claires et pertinentes. Cela donne une excellente image du parti et fonctionne comme un puissant marketing politique qui pourrait lui attirer des sympathies et des soutiens. Et puis diantre! à partir de quoi peut-on taxer de minoritaire ou de majoritaire telle ou telle tendance au FPI ? Les deux tendances n’ont jamais séparément présenté de candidats à un congrès électif. Rien de tout cela ne pourrait d’ailleurs empêcher le PDCI de s’allier au FPI si la volonté existe et si ce parti met en avant le salut de notre pays.

2 – EN ATTENDANT LAURENT GBAGBO 

Mais qui donc a dit à l’auteur de cet article que le FPI « toutes tendances confondues », fait de la libération de Laurent Gbagbo un préalable à sa participation et à une victoire aux présidentielles de 2020? Non, même les frondeurs ont changé d’avis et levé leur veto. Quant au président Affi, il a toujours montré la détermination du parti à prendre part à tous les scrutins. Le fait que le PDCI n’ait fait aucune déclaration officielle sur le sort du président Gbagbo, ne signifie en rien que ce parti y est indifférent. Diverses personnalités de ce parti comme Banny, KKB ou Méambly se sont rendues à la Haye et comme membre du RHDP, le PDCI devait se soumettre à la discipline de coalition. Oui, le FPI attend la libération et le retour au pays du président Laurent Gbagbo. Cependant, dans cette attente, le parti ne veut pas rester les bras croisés face à l’immense désastre socio-économique qui a atteint des proportions bibliques dans notre pays sous le régime du RDR. L’alliance du PDCI avec ce parti n’ayant abouti qu’à d’amères désillusions, il est tout à fait légitime que Pascal Affi N’Guessan tende la main au PDCI. A tous ceux, ivoiriens ou non, qui doutent du succès d’une telle initiative politique, nous ne pouvons donc que dire : WAIT AND SEE.

Océane Yacé, Politologue, Monte-Carlo, Monaco