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Sous le titre ambigu de « CÔTE D’IVOIRE: LE PIÈGE DE OUATTARA AU FPI PIÈGE AFFI N’GUESSAN ET DÉTRUIT LES ESPOIRS DU DICTATEUR », Claude Koudou, un ivoirien vivant à Paris en France, a récemment publié une contribution assez osée et contestable dans Lecridabidjan.net, un journal en ligne. Dans son texte, notre compatriote soutient qu’en divisant le FPI pour l’affaiblir, Ouattara aurait au contraire contribué à isoler et affaiblir Affi. Il reste convaincu que le phénomène Affi, qui prend actuellement de l’ampleur dans l’opinion publique nationale en Côte D’Ivoire, serait un épiphénomène qui ne conduirait à rien. Pour Claude Koudou, le dictateur Ouattara aurait donc fait une erreur de casting en misant sur Affi, car selon lui, Affi ne représenterait rien dans le jeu politique en Côte D’Ivoire. Échec donc pour Affi et donc échec aussi pour Ouattara, semble conclure Claude Koudou. Il se trompe cependant très lourdement sur toute la ligne.

Au lieu de surfer sur les thèses fallacieuses défendues par JA dans son No.2843 du 5 au 11 juillet 2015,  et de laisser transparaître aussi largement son implication dans la fronde et toute sa haine contre Affi, prendre un malin plaisir et une liberté déconcertante à prolonger et amplifier des contre-vérités flagrantes pour manipuler et intoxiquer, Claude Koudou aurait été plus lisible s’il avait eu le courage de produire un article personnel pour mieux exposer ses propres convictions et ses propres griefs contre le président du FPI. Pour lui JA dit exactement ce que représente Pascal Affi N’guessan sur l’échiquier politique en Côte D’Ivoire. Il ne nous dit pas cependant comment un Leader politique qui ne pèse rien dans son parti et dans son pays, peut remplir à craquer le Parc des Sports de Treichville, comment des chefs d’état africains peuvent le recevoir avec tous les honneurs alors qu’il n’est pas encore chef d’état, comment le président français François Hollande peut lui accorder un tête à tête lors d’une visite officielle en Côte D’Ivoire, comment la Conseillère aux Affaires africaines à l’Élysée et la Commission Européenne à Bruxelles peuvent prendre le temps de le recevoir, l’écouter et échanger avec lui durant son bref séjour en Europe. Il faudrait être aujourd’hui aveugle et sourd pour ne pas voir et comprendre qu’Affi avance résolument et tisse patiemment sa toile.

Que Jeune Afrique, un journal des réseaux françafricains s’attaque à Affi et tente de torpiller sa fulgurante ascension, cela pourrait se comprendre car Affi menace véritablement la continuité de Ouattara à la tête de l’état de Côte D’Ivoire. JA est un journal pro-Ouattara financé par Ouattara. D’ailleurs ce journal a toujours travaillé dans la corruption, s’acharnant très souvent sur des personnalités politiques de premier plan, des entités privées ou des institutions étatiques pour les obliger à acheter son silence ou sa complicité. Mais qu’un intellectuel ivoirien comme Claude Koudou vienne publiquement soutenir une telle hérésie et une telle falsification de l’histoire est inconcevable.

Comme tous les frondeurs, Claude Koudou partage et endosse pleinement les propos de JA, le démontrant à travers quelques morceaux choisis dont voici certains: « Il est certain que parvenir à s’imposer comme candidat du FPI que parvenir à avoir le soutien des historiques et de la base, l’un ne va pas sans l’autre, tout cela va être très difficile pour Pascal Affi N’guessan », « le FPI est un parti complexe, l’attachement à l’ancien président Gbagbo est très fort », «il sera difficile à Affi N’guessan de convaincre les militants du parti de l’opposition de ‘’continuer sans Laurent Gbagbo’’ ou que le FPI doit ‘’renoncer’’ à son leader historique », «On peut très certainement dire que les pro-Gbagbo sont majoritaires au FPI. Comme on peut dire sans risque de se tromper qu’il y a très peu de chances, pour le temps qui reste, qu’Affi parvienne à rallier à sa cause les historiques du parti qui, depuis des années, le considèrent avec méfiance », «Ce qui est sûr, pour que l’élection soit crédible, la majorité actuelle a tout intérêt à ne pas y aller quasiment seule. Il faut qu’elle affronte dans les urnes des candidats qui ne soient pas que des figurants. Contrairement aux partisans de la ligne dure du FPI, Pascal Affi N’guessan n’a pas émis de condition préalable à sa participation », (…). Pour terminer sa chevauchée dans l’absurde et comme pour inviter Affi à négocier leur retour avec les fondeurs, Claude Koudou se console et s’interroge: « Mais Affi N’guessan lui-même peut effacer la honte en disant qu’il s’est trompé. Pourra-t-il alors rebondir? La question est rapide mais une réponse affirmative n’est pas garantie. Tout peut dépendre de sa façon d’aborder les choses. Au total, qui sait?».

Beaucoup d’amalgames donc dans la contribution de notre compatriote Claude Koudou, beaucoup d’immaturité politique aussi, de naïveté et de confusion. Au total, un vrai suicide intellectuel de la part d’un cadre qui se révèle être un piètre militant socialiste. Disons alors la vérité à Claude Koudou:

  1. Affi Candidat du FPI: Affi ne s’est jamais imposé mais a été désigné candidat du FPI par le Congrès du parti qui s’est tenu les 21 et 22 mai 2015 à Abidjan. L’écrasante majorité des membres statutaires de ce Congrès étaient là, donc la base était là. Aucun frondeur n’a eu l’audace de se présenter face à lui. Sachant que le choix Affi était solide et inattaquable, tous les frondeurs s’étaient réfugiés et retranchés derrière le nom et l’image de Laurent Gbagbo pour tenter d’obliger Affi à se retirer afin de leur permettre de diriger le parti par procuration. Échec.
  2. Les historiques du FPI qui sont-ils? Ceux qui, comme Sangaré, étaient au Congrès clandestin de Dabou et considèrent que le FPI leur appartient? Alors pourquoi n’avaient-ils pas mené seuls le combat depuis la création du parti et voté seuls en 2000 pour le hisser au pouvoir? Les historiques du parti ce sont ceux qui luttent depuis leur adhésion au FPI, ceux qui sont morts pour le parti, tous ceux qui ont perdu leur liberté, leurs droits, un être cher ou des biens matériels dans la lutte, ce sont ceux qui luttent actuellement dans ce contexte très difficile pour arracher le pouvoir à Ouattara. Le FPI est un parti historique qui est la somme des souffrances du peuple ivoirien, de ses douleurs et de ses espoirs. Il appartient à tous ceux qui luttent pour la démocratie, la liberté et le bonheur des ivoiriens.
  3. Tourner la page de Gbagbo? Non, cela n’a jamais été l’intention d’Affi, lui qui le connaît mieux que quiconque et sait que la phase de la belligérance étant terminée, il faut passer à la phase de la réconciliation, que la phase militaire étant terminée, il faut aborder la phase politique comme l’avait souhaité Laurent Gbagbo dans sa dernière interview avant son arrestation.
  4. Les pro-Gbagbo? Au FPI tout le monde est pro-Gbagbo mais on ne peut être pro-Gbagbo et cultiver la haine, le tribalisme et l’exclusion à l’intérieur du parti, prôner au niveau national la violence et opter pour l’accession au pouvoir par les coups d’état en tournant le dos à l’alternance démocratique par les urnes comme l’a enseigné Laurent Gbagbo.
  5. Les élections présidentielles? Affi peut gagner les élections prochaines. Une élection présidentielle reste avant tout un scrutin national qui se gagne avec les voix de la majorité des citoyens d’un pays et non avec seulement les votes des militants d’un parti.
  6. Ouattara piégé? Non, ne nous y trompons pas, Ouattara sait ce qu’il fait et sait qu’il partira bientôt. Il tente tout simplement de faire en sorte que son successeur soit un vrai démocrate, un homme de la réconciliation et non un « Gbagbo ou rien » qui déclencherait la vengeance et le chaos.
  7. La crédibilité des élections? Comment parler de crédibilité des élections si on s’active pour les discréditer en boycottant les étapes du processus? Ouattara veut régner avec ou sans la légalité, la légitimité et/ou la crédibilité. Au lieu donc de nous entraîner à longueur de journée dans des discussions creuses et évasives, les frondeurs devraient plutôt nous proposer des débats instructifs et constructifs menés sans passion et sans émotion.

Océane Yacé, Politologue, Monte-Carlo, Monaco