M. Freddy Mulumba, Politologue, Journaliste et Administrateur Directeur général du Groupe de presse Le Potentiel

Les masques sont tombés. Trois auteurs français, en publiant leur ouvrage collectif sur «les réseaux Soros à la conquête de l’Afrique» viennent de révéler publiquement le complot contre la RDC monté par le milliardaire et soi-disant philanthrope américain Georges Soros avec la complicité des mouvements citoyens, certaines ONG et médias, et une partie de l’opposition congolaise. Et le discours sur la démocratie masque bien ses ambitions de parvenir à faire main basse sur les richesses de la RDC.

Comme du temps de la création de l’Etat indépendant du Congo en 1885 à la Conférence de Berlin en Allemagne, la RDC est au centre des enjeux économiques et géopolitiques du capitalisme prédateur. Avec la mondialisation, les multinationales et leurs lobbies sont en concurrence avec des puissances étatiques. Si hier la domination du monde était l’affaire des grandes puissances, actuellement avec la mondialisation, des multinationales et leurs lobbies sont devenues non seulement des actrices importantes des relations internationales mais aussi sont plus puissantes que les Etats, souligne Dominique Plihon dans son article «Quel pouvoir à l’ère de la mondialisation ?» in Qui gouverne le Monde ? «L’Etat du monde 2017, Bertrand Badié et Domine Vida». C’est dans ce contexte de mondialisation qu’il faut comprendre les stratégies du milliardaire américain Soros avec ses réseaux en République Démocratique du Congo.

SOROS, LE «STANLEY» DES TEMPS MODERNES

Selon les trois auteurs de «Les réseaux Soros à la conquête de l’Afrique», le continent noir est le premier endroit où a opéré Soros via sa fondation Open Society Institute (OSI), depuis 1979. Devenue Open Society Fondations (OSF) depuis 2010, cette institution est implantée en Afrique à travers quatre représentations : Open Society Foundation for South Africa, Open society initiative for west Africa (Osiwa) ; Open Society initiative for Eastern Affrica (Osisea) et Open Society Initiative for Southern Africa (Osisa).

Le «philanthrope» Georges Soros a assigné à sa fondation une mission prophétique : promouvoir l’idéal démocratique et favoriser l’implantation de l’économie de marché, une idéologie également prônée par l’Establishment de Washington. Ainsi, on peut comprendre ses accointances avec le parti démocrate américain dont les candidats aux élections présidentielles dépendent de ses soutiens financiers. Les campagnes électorales de Barack Obama et Hillary Clinton ont été financées par le milliardaire Georges Soros.

Cependant, George Soros incarne une grande contradiction. Il est à la fois philanthrope et spéculateur hors pair. D’un côté, il joue sur le marché boursier en gagnant beaucoup d’argent sur les dettes des Etats, les devises étrangères et les matières premières sans se soucier des conséquences de ses tours de passe-passe financiers sur les populations ou les gouvernements. De l’autre côté, il distribue les bénéfices réalisées sur les populations qu’il a d’ailleurs escroquées à travers ses opérations financières sans éthique.

Curieusement, comme si les espèces sonnantes et trébuchantes du milliardaire les avaient subitement rendus aphones, la dimension de spéculateur attitré de Soros est escamotée par les élites africaines qui privilégient la dimension philanthropique étant donné que les avantages financiers et matériels qu’elles tirent de la fondation de Soros sont énormes.

Ce que les Africains oublient est que la philanthropie de Georges Soros masque ses gros intérêts économiques. En effet, en sa qualité d’homme d’affaires, Soros a développé discrètement depuis plusieurs années en Afrique des opérations dans plusieurs grands secteurs d’activité, mines, hydrocarbures, agriculture, énergie et télécoms principalement, quitte à parfois entrer en contradiction flagrante avec les grands principes du Soros idéologue, relèvent Stéphanie Erbs, Vincent Barbe et Olivier Laurent dans leur livre ci-dessus cité.

SOROS, LE STRATÈGE

Comme stratège, Il oppose la société civile au Gouvernement dans chaque pays qu’il opère. Il commence d’abord par le contrôle de la société civile qu’il finance à travers sa fondation pour donner l’impression de défendre les intérêts des populations face au gouvernement jugé irresponsable. Et pour que ses actions soient efficaces, il finance les média qui façonnent l’opinion nationale selon sa vision ; il finance les mouvements citoyens qui défient ouvertement, et pacifiquement, les gouvernements qui lui sont hostiles tout en prônant des valeurs démocratiques ; et enfin, ses ONG participent à un encerclement des régimes jugés non respectueux des valeurs démocratiques, chacune avec sa spécialité propre.

Cette stratégie a comme objectif de préparer la voie à la présidence de la République dans le cas de l’organisation des élections qui seront probablement remportées par le candidat de l’opposition ayant reçu son soutien ; soit sur un «coup d’Etat civil» venant d’une insurrection populaire soutenue par les réseaux Soros et appuyée par l’Establishment américain. Ici, il faut relever que selon la nouvelle diplomatie américaine à l’ère du numérique, «si un nombre suffisant de gens se rassemblent pour exiger publiquement la démission d’un gouvernement et diffusent leurs revendications par la voie numérique, ils constituent une expression démocratique à laquelle l’Occident se doit d’accorder un soutien moral et même matériel», écrit Henry Kissinger dans son dernier ouvrage «L’ordre mondial».

Ce sont les méthodes de cette diplomatie à l’ère du numérique qui ont été appliquées dans certains Etats arabes, dans les anciens pays communistes de l’Est et au Burkina Faso. Une fois que le candidat de l’opposition est au pouvoir, Soros abandonne son maque philanthropique pour porter les habits d’investisseur intraitable, prêt à tout pour gagner de l’argent. Là, il fait appel à ses amis experts pour la mise oeuvre de programmes dits de développement qui vont lui faciliter la mainmise sur l’économie du pays à travers la libéralisation de l’économie et la privatisation des entreprises d’Etat.

Entretemps, ses Ongs surveillent le gouvernement qu’il a contribué à promouvoir pour donner l’image de la transparente. Ici, il est clair que Georges Soros détient après coup, le véritable pouvoir. Car, il est en mesure de contrôler le gouvernement ainsi que la société civile. De ce fait, Il mérite d’être qualifié de chef d’Etat sans Etat ou de faiseur de présidents. Du moins, une chose est sûre : Georges Soros le businessman récupère son argent dépensé comme philanthrope. Cela s’appelle retour sur investissement. Du grand art !

SOROS À L’ASSAUT DE LA RDC.

Les activités de la galaxie Soros sont couvertes en RDC par l’Open Society Initiative for Southern Africa (Osisa). Elle finance les activités des ONG congolaises dans plusieurs domaines : droits de l’homme, genre, élections, presse, mines, pétrole, dettes etc… Toutes ces activités sont sanctionnées par la publication de rapports sur la situation au Congo dans lesquels des recommandations sont faites au gouvernement congolais et aux bailleurs de fonds occidentaux.

En plus, Osisa organise parfois avec d’autres fondations et/ ou ambassades occidentales des rencontres entre l’opposition, la société civile et les représentants du pouvoir pour discuter des élections, les questions de sécurité, des questions économiques….

Cette façon de procéder donne l’illusion surtout aux Africains que le philanthrope est un père Noël. Mais l’homme cache ses véritables intentions. Avec son flair très développé de spéculateur, il investit dans la durée. L’occasion faisant le larron, le spéculateur va saisir l’opportunité de l’organisation des élections en RDC en 2016 pour mettre sa stratégie en pratique. A cet effet, il s’appuie sur trois leviers : le soutien à l’opposition politique congolaise, à certains médias et ONG qu’il finance et ses entrées à la Maison Blanche et au Département d’Etat à Washington.

Le premier levier utilisé est l’opposition congolaise pourtant divisée. Après la création du Groupe de partis politiques G7 composé des anciens mobutistes et certains partis de la Majorité présidentielle, une tentative de réunification des partis d’opposition est envisagée. Sous prétexte de l’atelier sur le thème «Enjeu du processus électoral en Afrique sub-saharienne» organisé du 11 au 15 décembre 2015 sur l’Ile de Gorée au Sénégal, l’opposition politique congolaise, certaines ONG et les mouvements citoyens se sont rencontrés pour mettre ensemble des stratégies afin de prendre le pouvoir par insurrection comme ce fut le cas au Burkina Faso. Cette rencontre a été est financée par la Fondation allemande Konrad Adenauer et la Fondation sud-africaine Brenthurst défenseur de la balkanisation de la RDC, toutes liés à l’Open Society Foundation de George Soros.

De retour à Kinshasa, les participants ont mis en place une plateforme «Front citoyen 2016» avec comme première déclaration : «La Nation est en péril, Congolais Telema». Ce front citoyen regroupe des organisations de la société civile comme La voix des sans voix, l’Asadho ; des mouvements citoyens tels que Filimbi et Lucha et des opposants politiques parmi les plus connus du pays : Vital Kamerhe, Moïse Katumbi, Félix Tshisekedi, Martin Fayulu, entre autres. Leur seul objectif déclaré reste le respect de la Constitution.

Sans désemparer, les participants de la rencontre de l’Ile de Gorée vont se retrouver encore une fois à Bruxelles pour créer le «Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement» le 10 juin 2016 avec objectif de prendre une position commune par rapport au dialogue national.

Le deuxième pilier de Soros en RDC reste les médias et ONG qui reçoivent ses financements. A propos de médias, Stéphanie Erbs, Vincent Barbe et Olivier Laurent les qualifient de « prise de positions partisantes». Ils soulignent que «les mouvements d’opposition congolais sont soutenus par une dynamique générale entretenue par des médias proches de Soros. Ainsi Radio Okapi, clairement ant-Kabila, est-elle soutenue par la Fondation Hirondelle, dont OSF est partenaire en matière de conception des opérations et de financement.» «D’ailleurs, la radio, vecteur d’information privilégié en Afrique, tient la place centrale dans son dispositif» écrivent les auteurs français.

Ce dispositif du réseau Soros est complété par Internews, ONG américaine avec un budget de 15 millions de dollars pour cinq ans, projet surtout entretenu par l’Usaid sous forme d’un «programme de développement du secteur des médias», relève la professeure Mbongo Mpassi Mado, de l’Ifasic. Internews forme les journalistes d’une cinquantaine de radios communautaires qui sont ses partenaires à travers la RDC. Mado s’inquiète de «l’intervention de cette ONG qui est directement impliquée dans le travail quotidien des patrons de la rédaction, ce qui ne peut manquer d’influer sur la ligne éditoriale et le cahier des charges de ces stations de radio».

Quant aux ONG, l’action menée localement par le mouvement citoyen et par les médias nationaux est confortée par celle de grandes ONG internationales, parmi lesquelles plusieurs financées par Soros. Intervenant sur des sujets divers, elles participent à un véritable encerclement du pouvoir en place.

«A l’international, le Monde Afrique, dont l’un partenaire n’est autre qu’Osiwa, relate de façon biaisée la crise politique en RDC, faisant part belle aux mouvements citoyens, le traitement de l’information semble dénoter un parti pris plutôt favorable à l’opposition».

Le troisième pilier de Soros en RDC : ses entrées à la Maison Blanche et au Département d’Etat. Depuis l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche, Soros a renforcé la position de ses ONG et a su placer ses hommes au sein de l’Administration américaine. Le cas le plus emblématique est celui de Tom Perrielo, envoyé spécial des Etats Unis dans la Région des Grands Lacs. Son militantisme pour la démocratie, les élections et le respect de la constitution n’est pas fortuit. L’homme fait partie de réseau Soros.

Du Kosovo au Darfour, l’homme a toujours travaillé pour les ONG financées par l’OSF de Soros. Son activisme débordant pour la mise en œuvre de l’Accord du 31 décembre 2016 signé par la majorité présidentielle et l’opposition politique à la solde de Soros et des puissances occidentales a été la dernière carte à jouer car leur homme, Barack Obama, devrait quitter la Maison blanche le 20 janvier 2017. La bataille pour le contrôle des richesses du Congo à travers leurs nègres de service a échoué. Et l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump devrait mettre fin aux ambitions de Soros avec ses partenaires sur la RDC. En effet, la vision et les intérêts de George Soros pour promouvoir l’idéal démocratique et favoriser l’implantation de l’économie de marché dans le monde sont aux antipodes de la vision du nouveau président Donald Trump et aux intérêts américains. Pour Donald Trump « les États-Unis ont perdu trop de temps, d’argent et d’énergie à reconstruire des pays à leur guise, a déclaré le 22 août 2017 le Président Donald Trump intervenant sur la base militaire de Fort Myer en Virginie.

En tout état de cause, le cas Soros n’est qu’un arbre qui cache l’immense forêt des prébendiers et autres opportunistes et traîtres, prêts à tout pour gagner de l’argent sur le dos des Congolais. Si les élites congolaises ne tirent pas des leçons de l’affaire de Soros, elles risquent d’être surprises car avec la mondialisation, il y a d’autres Soros très discrets qui ont des ambitions sur les richesses de la RDC.

Freddy MULUMBA

Source : Page Facebook de Lumumba Lukusa Yoto