Quand nous sommes aux prises avec le mal (maladie, chômage, échec, trahison, injustice, divorce, mort d’un proche, etc.), il nous arrive de dire : « Qu’ai-je fait pour mériter cela ? » Cette question laisse penser qu’il y a un lien entre infortune/malheur et mauvaise conduite, que Dieu punit le pécheur et récompense le juste. Les amis de Job, et les apôtres plus tard, étaient dans cette logique, eux qui, un jour, demandèrent à Jésus si l’aveugle-né était devenu tel à cause de ses propres péchés ou bien à cause de ceux de ses parents. Mais Jésus leur répondit : « Ni lui ni ses parents n’ont péché. » (Jean 9, 1-7) Pour Jésus, il n’y a donc pas de relation entre les épreuves et les fautes que nous commettons et souffrir ne signifie pas qu’on est puni pour avoir commis tel ou tel péché. Sinon, Dieu ferait tomber la pluie uniquement sur les bons (les justes). Alors, d’où vient le mal ?

Jésus déclare qu’un ennemi a semé l’ivraie pour contrecarrer le dessein de Dieu (Matthieu 13:24-30) sans préciser quels maux sont l’œuvre de Satan. Mais tous les maux ne peuvent être attribués au diable. Certains maux viennent du mauvais usage de notre liberté, d’autres non.
1) Les maux qui viennent d’un mauvais usage de notre liberté : les accidents de voiture, les guerres, l’infidélité d’un conjoint, la pauvreté dans le monde, les dictatures, l’exploitation des faibles, etc.
2) Les maux qui ne dépendent pas de nous : les séismes, les inondations, l’enfant qui naît avec une déformation ou avec un cancer.

Si Dieu est bon et puissant, pourquoi laisse-t-Il l’homme nuire à son semblable ? Pourquoi n’empêche-t-il pas les massacres, génocides, esclavages et autres épurations ethniques? C’est toute la question de la liberté humaine qui se pose ici : Dieu nous a créés libres : libres pour aimer ou haïr, libres pour construire ou détruire. En même temps, Il nous a demandé de choisir la vie plutôt que la mort et nous a dit ce qui attend celui qui choisit de faire le bien ou le mal. S’Il devait intervenir pour arrêter l’homme qui a décidé de torturer ou de tuer son frère, nous serions les premiers à l’accuser de dirigisme, d’interventionnisme, d’immixtion dans nos affaires, de nous surveiller, bref de nous avoir donné une fausse liberté. Le poète allemand Hölderlin l’a bien résumé dans une saisissante formule: « Dieu a fait l’homme comme la mer a fait les continents, en s’en retirant. » Non, Dieu n’est pas un marionnettiste et nous ne sommes pas des marionnettes. Il nous respecte et c’est parce qu’Il nous prend au sérieux, parce qu’Il nous veut maîtres et responsables de notre vie, qu’Il refuse de s’ingérer dans nos affaires, ce qui ne veut pas dire qu’il est indifférent à ce qui arrive à tel ou tel de ses enfants. Selon la Bible, « l’Éternel est proche de ceux qui ont le cœur brisé » (Psaume 34, 18). Pour sa part, Paul Claudel, écrivain français, écrit : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, il n’est même pas venu pour l’expliquer. Il est venu pour la remplir de sa présence. » François Varillon osera même affirmer que Dieu souffre de voir l’homme souffrir et qu’Il souffre avec celui qui souffre (cf. « La Souffrance de Dieu », Paris, Centurion, 1989).

On peut et on doit trouver une explication aux maux qui frappent l’homme. Mais ce dont ce dernier et le monde ont le plus besoin, c’est la lutte contre le mal. « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde ; il faut désormais le transformer », disait Karl Marx. Nous devons nous atteler à transformer le monde et la vie des gens. Et c’est ce que fait Jésus avec l’aveugle-né en lui redonnant la vue. Les Gilets jaunes ne sont pas dans d’interminables explications et discours mais dans l’action depuis 7 semaines. Si nous pouvions imiter leur exemple en Afrique ?

Ma conclusion sur ce sujet, dont je reconnais qu’il est très délicat, est que, si Dieu a créé l’homme libre (et la liberté est une chose à la fois fabuleuse et dangereuse), Il le veut toutefois responsable du monde et de ses frères.

Vos avis sont les bienvenus.

Jean-Claude DJEREKE