«Que Ouattara respecte l’article 35 de la Constitution»

akissi-boni-claverieLe débat sur l’article 35 de la Constitution resurgit. Pour Mme Danielle Boni Claverie, c’est un débat fondamental qu’il faut mener avant d’aller à l’élection présidentielle d’octobre 2015. Hier, en conférence de presse, dans une grand hôtel à Cocody, la présidente de l’Union républicaine pour la démocratie (Urd) a indiqué que le respect de la Constitution équivaut au respect des priorités. «Que Ouattara respecte l’article 35 de la Constitution. Moi-même, je suis inéligible parce que je suis une ”ou”, c’est-à-dire qu’un de mes parents n’est pas Ivoirien. Je trouve cela injuste. Depuis 2006, je dirige un parti politique. Malgré tout ça, je suis frappée d’inéligibilité à l’élection présidentielle. Je suis respectueuse de notre loi fondamentale, même si elle m’écarte de la course présidentielle», a-t-elle confié devant ses militants venus nombreux l’écouter. En tant que citoyenne, l’ancienne ministre déclare se soumettre à contre-cœur à cette disposition de la loi fondamentale ivoirienne votée à 86% par ses compatriotes, même si cela va à l’encontre de la volonté de son parti qui manifeste le désir de la voir se présenter en ayant réuni les 20 millions Fcfa de la caution demandée. A la vérité, dit-elle, le président Ouattara est inéligible au même titre que d’autres Ivoiriens. «Ce n’est pas un crime de lèse-majesté que d’évoquer l’inéligibilité de Ouattara. La fonction présidentielle met tous les projecteurs de l’actualité sur le président Ouattara, mais nous sommes nombreux en Côte d’Ivoire à ne pas pouvoir nous présenter, et c’est cela qui n’est pas normal. C’est cela que je veux dénoncer», explique l’ancienne membre du Cnrd. Selon Boni Claverie, son parti, l’Urd n’a jamais fait l’apologie de positions extrêmes ou virulentes. Mais, à ceux qui défendent la thèse que le président est rééligible de plein droit parce qu’ayant exercé la fonction présidentielle, elle répond que la Constitution impose les mêmes conditions à tous les candidats. Par la suite, elle dit regretter que le président Ouattara n’ait pas procédé dès le début de son mandat, au toilettage de la loi fondamentale en amendant tout particulièrement l’article 35 qui le contraint aujourd’hui à respecter cette même loi. «Il semblerait que la démission de Francis Wodié, le 3 février 2015, ait un rapport avec la révision de l’article 35», ajoute-t-elle. Devant ce dilemme, la présidente de l’Urd propose le report des élections avec la constitution d’une plateforme transitionnelle avec une feuille de route précise qui consistera à mener un certain nombre de réformes pour améliorer le système politique et électoral, notamment à amender la Constitution et l’article 35 pour permettre à tout candidat qui le désire de se présenter. Cette plate-forme, poursuit-elle, devrait avoir comme mission la révision de la Constitution et la reprise de toute le processus électoral. Cela consistera, souligne-t-elle, tout d’abord à instaurer une vraie réconciliation avec la libé- ration de tous les détenus politiques y compris Laurent Gbagbo et Blé Goudé. Ensuite, la désarmement et la lutte contre l’insécurité, la recomposition de la Cei et enfin la sécurisation des électeurs…

Cyrille DJEDJED

Source : L’Inter N°5106 du Vendredi 19 Juin 2015