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Commençons par définir les termes de ce titre afin d’être cohérent. La gouvernance vient du latin «gubernare» c’est-à-dire diriger un navire. Le concept de gouvernance désigne l’ensemble des mesures, des règles, des organes de décisions, d’information et de surveillance qui permettent d’assurer le bon fonctionnement et le contrôle d’un Etat, d’une institution ou d’une organisation qu’elle soit publique ou privée, régionale, nationale ou internationale. La gouvernance a pour but de fournir l’orientation stratégique, de s’assurer que les objectifs sont atteints, que les risques sont gérés comme il faut et que les ressources sont utilisées dans un esprit responsable.

Quant à la colonne vertébrale, elle est un axe souple, composé de vertèbres étagées les unes au-dessus des autres, articulées entre elles et permettant les mouvements de grande amplitude. Les mouvements seront toujours plurisegmentaires. L’organisation de la colonne vertébrale repose sur une double finalité avec la stabilité nécessitant une musculature puissante et la mobilité de grande amplitude avec un jeu articulaire adapté. En plus du soutien, le rôle le plus important de la colonne vertébrale est la protection de la moelle épinière. Partie principale du système nerveux, la moelle épinière est le système de transmission entre le cerveau et les autres organes du corps.

Dans cette réflexion, il s’agit donc de mettre en exergue le caractère instable de la gouvernance de Ouattara. Comme le dit Rex Desmarchais, «un chef, c’est la colonne vertébrale d’une nation». On s’attend donc à ce que sa politique ait également un cap, une colonne vertébrale. Nous montrons ici qu’avec Ouattara, la gouvernance rime avec l’instabilité.

L’absence de cap au niveau de la politique générale

Pour accéder au pouvoir, Ouattara a présenté aux Ivoiriens un programme dénommé «vivre ensemble».  Le programme avait pour ambition première pour la Côte d’Ivoire, d’affermir la démocratie, de la voir s’épanouir dans toutes  ses dimensions. Il s’agissait également de travailler à la prospérité des Ivoiriens. Mais selon le programme «vivre ensemble», cet épanouissement économique ne se fera pas au détriment de notre  cohésion sociale et des solidarités si profondément ancrées dans nos  pratiques et nos mentalités. Une fois au pouvoir selon la volonté de la communauté internationale, le programme «vivre ensemble» s’est transformé en programme national de développement (Pnd). Il ne s’agit plus d’impliquer le secteur privé dans la création de richesses, mais d’appliquer à outrance les théories keynésiennes, en développant les grands travaux. Pour financer ses grands travaux, au total, les différents partenaires ont annoncé un total de 8,6 milliards de dollars de financements sur la période 2013-2015. Le programme «vivre ensemble» est déchiré au profit du Pnd. Mais c’est mal connaitre Ouattara : il n’aime pas la stabilité. Aux dernières nouvelles, Ouattara a abandonné le Pnd pour une promesse d’émergence. Désormais, les calculettes remplacent les programmes de développement. Et dans cette course sans issue, l’obsession de l’émergence semble avoir pris le pas sur tout. On gère l’économie, la reconstruction  au détriment des populations à qui on demande d’être patientes. Elles devront attendre  des mois ou des années  pour bénéficier des retombées. Maintenant, les Ivoiriens doivent vivre au rythme des promesses. Poser la question à Ouattara de savoir pourquoi rien ne marche, il vous dira que si l’argent ne circule pas, c’est bien parce qu’il travaille. La vie reste encore très chère. Dans beaucoup de ménages, on manque du minimum vital. Environ 4 millions de jeunes chômeurs attendent un emploi. Les ex-combattants sont gagnés par le doute quant à leur insertion socioprofessionnelle. Les Ivoiriens devront donc attendre 2020 pour espérer mieux vivre.  La politique générale de Ouattara n’a simplement pas de colonne vertébrale.

Une gouvernance sans le peuple

Si on accepte la démocratie comme seule option de gouvernance du peuple, ce dernier ne saurait être écarté des prises de décisions. Malheureusement, en Côte d’Ivoire, sous Ouattara, le peuple n’est pas consulté lors des décisions qui engagent la nation. Désormais, le prince de Kong gouverne par ordonnances. Cette loi a été validée par 178 députés. Seuls quatre ont voté contre et un s’est abstenu. Les opposants s’interrogent encore sur la nécessité de cette procédure alors que le Parlement est déjà largement acquis à Ouattara et s’inquiètent de ce «chèque en blanc» qui a été accordé au président de la République. Non seulement, Ouattara n’écoute pas le peuple de Côte d’Ivoire, mais également il le provoque, le nargue à la limite. En faisant voter les lois fantaisistes sur la nationalité et l’apatridie, Ouattara appelle à une insurrection dans le pays, car une identité qui est marginalisée est une identité qui se radicalise. Ouattara joue simplement avec le feu, qui ne va pas tarder à le brûler. Ouattara a tourné le dos au peuple de Côte d’Ivoire. Le pays manque cruellement  d’hommes d’Etat à sa tête. C’est pourquoi la communauté internationale est appelée à venir «raser notre tête en notre absence», pour emprunter ce proverbe métaphorique plein de sagesse.

La moralisation de la vie politique en berne

Dans son programme «vivre ensemble», Ouattara a promis la moralisation de la vie politique comme son cheval de bataille. Une fois au pouvoir, Ouattara a oublié ses beaux discours au profit du clientélisme, du népotisme, du clanisme et du tribalisme.  C’est la pagaille dans la gestion des finances publiques avec la corruption qui a atteint des niveaux insoupçonnés. Les voitures de l’Etat circulent, de plus en plus, les week-ends et les jours fériés. Cela devient presqu’une pratique courante, comme si la législation en la matière n’existait pas. Les marchés publics sont octroyés sans appels d’offres. Les  scandales de ses ministres sont légions et ne peuvent plus être énumérés.  Comment comprendre un président qui s’époumone, depuis qu’il est au pouvoir, à convaincre ses interlocuteurs que le redressement de la Côte d’Ivoire passe par des investissements massifs de l’étranger, en même temps qu’il affectionne les voies obliques ? La corruption a atteint des niveaux effarants sous Ouattara à tel point qu’il ne faut même plus attendre  le classement de Transparency International pour observer que la Côte d’Ivoire s’est montrée négativement performante dans le classement mondial sur la publication de l’indice de perception de la corruption. Le régime Ouattara ne protège pas assez les citoyens et opérateurs économiques de la corruption, qu’il s’agisse de détournements de fonds publics, de versements de pots-de-vin ou de processus de décision opaques, d’appels d’offres truqués, de clientélisme, d’évasion fiscale. Et ce, malgré – ô sublime paradoxe ! – la création d’un code d’éthique et de bonne conduite de l’administration publique.

En dehors de la corruption toujours prégnante dans la société, la justice sous Ouattara va très mal. C’est la pratique de la justice des vainqueurs, la justice des rebelles, des dozos et autres forces inféodées à Ouattara.  A plusieurs reprises, l’Ong Human Rights Watch a exhorté les autorités ivoiriennes à veiller à ce que les affaires relatives à des individus appartenant aux forces pro-Ouattara fassent l’objet d’investigations aussi solides que celles visant les membres du camp Gbagbo, notamment en demandant aux juges de la Cour pénale internationale de délivrer des mandats d’arrêt supplémentaires lorsque des éléments de preuve sont recueillis contre des responsables de crimes relevant de la compétence de la Cour. Pour l’heure les démocrates ivoiriens devront attendre, car sous Ouattara, vous allez en prison sans savoir trop pourquoi et on vous libère également dans les mêmes conditions. Vivement que l’opposition dans son ensemble s’entende pour mettre fin à la souffrance des Ivoiriens.

Sir Zozoua Amenophis est un militant LIDER