Le Président Ibrahim Boubacar KEITA

Le Président Ibrahim Boubacar KEITA, un an après sa réélection très contestée, rencontrait des énormes difficultés pour poursuivre son mandat. Il a décidé de concerter les différents acteurs de la société civile et de l’opposition. D’ailleurs c’est à partir d’une une proposition des opposants qu’un un document appelé accord politique de gouvernance sera finalement signé entre les parties dont le garant est le Président de la  République lui-même. L’une des dispositions de cet accord est la tenue d’un dialogue politique national et inclusif sur tous les grands sujets qui minent la vie de la nation. La date de ce dialogue serait la fin, voir le début de l’année prochaine. Des nouvelles sorties médiatiques, des révélations, la composition de l’équipe de modérateur et les termes de références divisent les acteurs avant même l’ouverture.

Il n’est un secret pour personne dans le pays du « diatiguiya » (hospitalité, en Bamanakan, ndlr) que le dialogue c’est-à-dire que tous les fils et filles du Mali se retrouvent sous le grand arbre à palabre, est la seule alternative qui s’impose au pays. Cependant, la tenue même du dialogue devient de plus en plus incertaine. Au regard de l’actualité bouillonnée par des faits qui contrastent avec l’apaisement dont le processus a réellement besoin.

La sortie médiatique qui a tout chamboulé

Chez nos confrères de Jeune Afrique, le Président IBK a sévèrement critiqué l’opposition particulièrement son chef de file et ancien rival aux deuxièmes tours des élections de 2013 et 2018, Soumaila CISSE.  Le Président IBK, a expliqué que pour lui, il  n’y a jamais eu de crise postélectorale mais tout simplement « la bouderie d’un homme qui voulait arriver à Koulouba » insiste-t-il. Depuis cette sortie qualifiée d’incendiaire, les relations entre le numéro 1 et 2 du pays, sont au point mort. Il faut noter que contrairement aux nombreuses autres fois, Soumaila Cissé n’a pas gardé son calme que beaucoup lui attribue, il a  répondu coup pour coup au chef de l’Etat. Il a à son tour traité son eternel rival d’UBU (figure de la mythologie grecque) avant d’ajouter « «  il faut que zeus, Koulouba rend fou ce qu’il veut perdre…UBU est roi au Mali, c’est pourquoi depuis 2013,  le Mali  est la risée du monde entier….Nous avons affaire à ‘’un petit monsieur’’ c’est pourquoi le discours manque de hauteur » lit-on sur sa page facebook. Suite à cette passe d’arme, le ton est monté d’un cran, et les attaques et contre-attaques ont pris la place du calme né de l’accord politique de gouvernance. Opposants et majorités s’entre déchire sur tous les sujets et dans tous les médias.

Des révélations qui enflamment le feu

L’audio largement diffusé sur les réseaux sociaux de l’activiste Ras Bath, est venu plomber l’atmosphère déjà en bribe. En effet bien que l’audio a été contesté par l’activiste comme étant une diffusion de continue truquée, le fait qu’il ait mentionné dedans un coup d’Etat avorté en Avril 2019  contre le Président IBK par Soumaila CISSE et d’autres dignitaires religieux comme le très célèbre Imam DICKO. Cette information bien que n’ayant pas été commentée par aucune formation politique ou les activistes de renoms, a quand même renforcé la méfiance entre l’opposition et la majorité à cause des nombreuses réactions qu’elle a reçu des internautes.

La composition de l’équipe de modérateurs

Le Président Ibrahim Boubacar Keita a porté son choix sur trois personnalités très connues des maliens pour conduire les travaux du dialogue inclusif à savoir le sage Baba Akhib Haidara, médiateur de la République, Ousmane Issoufi Maiga, ancien premier ministre et l’activiste et ancienne ministre, Aminata Dramane TRAORE. Un casting presque parfait pour certains, mais un choix hors sujet et insuffisant pour beaucoup. Les trois personnes incarnent la vieillesse pour beaucoup de jeunes maliens donc n’ayant pas les profils idéaux  pour  conduire une telle  rencontre dont les conséquences vont s’étendre à la vie de toute la nation et pour une longue durée. Donc, il est injuste de voir qu’il n’ya pas un seul jeune de moins de 40 ans parmi eux, ils ont tous un âge au-delà de 60 ans. L’autre point largement contesté est  le fait qu’il n’y ait pas un seul membre des groupes armés signataires du nord notamment un touareg ou un arabe. La composition actuelle ne répond pour ces voix à la réalité du pays et n’a rien d’inclusif. Du côté du Président de la République, ces voix semblent ne pas avoir d’effet, il tient à maintenir son triumvirat comme tel d’ailleurs il l’a corsé par le choix du président de la commission d’Organisation Cheick SIDI DIARRAH qui est aussi un vieux et n’appartient aux groupes signataires.

Des termes de références qui divisent les acteurs avant même l’ouverture

Si tous les maliens sont unanimes qu’un dialogue est nécessaire pour sortir de la crise multidimensionnelle que traverse le  pays, la forme et le fond divisent   les acteurs. Le gouvernement et ses alliés sont pour un dialogue national en une seule date, au même lieu, avec comme objectif principal la révision de la constitution dans un référendum suivi ensuite de toutes les autres élections de base. Pour les acteurs de l’opposition, la forme et le fond manquent. Ils souhaitent que toutes les questions soient prises en compte dont notamment l’accord  de paix issu du processus d’Alger qu’ils souhaitent amender, un point que ne veut pas du tout entendre le gouvernement. Les mouvements de jeunes quand eux contestent le fait que cette rencontre filtre les participants et passerait pour une rencontre entre politiciens que le débat sincère entre maliens que mijotaient le gouvernement. Ils estiment aussi que le gouvernement veut tout simplement duper les acteurs dans un processus dont les conclusions si elles ne sont pas à sa faveur se retrouveront dans la poubelle comme celles du dialogue national, il y’a deux ans. La forme proposée par certains acteurs, est un processus allant de la base au sommet et ouvert à tous  comme les assises nationales de 1991 qui ont abouti  à la rédaction de la constitution de 1992 et la fondation de la IIIème République.

Ces innombrables faits font douter beaucoup d’analystes  sur la tenue du dialogue ou du moins de la participation de l’opposition politique et les mouvements sociaux à cette rencontre pourtant incontournable pour le gouvernement dans son projet pour  reformer les institutions du pays. De quel côté viendra l’apaisement ? Le temps est le meilleur juge.

Ibrahim ADIAWIAKOYE