Village_africain

(IvoireNewsInfo) – Salut à nous tous et bon weekend en même temps. Quoi ? Pourquoi je nous souhaite déjà un bon weekend ? Parce que je n’en aurai pas le temps vers la fin…

(Nous écarquillons les yeux et moi j’ajoute un clin d’œil) Il n’y a rien de spécial, je vais juste participer à une téléconférence avec deux sœurs et deux frères Bété. Oui, nous avons raison, j’aurais plutôt dit bavardage téléphonique. Bon avançons, car je ne resterai pas longtemps avec nous. J’aurais dû être déjà en ligne si je n’avais pas mal gardé le numéro d’accès au bavardage.
Ah ! Quelle chance ! Il était bien là, sur une feuille de brouillon. Maintenant, je compose le numéro. Quoi ? Que je mette mon téléphone sur haut-parleur ? Nous aussi, pourquoi voulons-nous épier mes frères et mes sœurs en train de tenir une réunion avec moi ? Ne leur faisons pas le coup de notre neveu aux grosses oreilles à ses pairs du monde. L’enfant-là ! Il ne s’est pas arrêté sur ouvrir ses pavillons à ce que je dis même en Bété. Il a osé écouter aussi les conversations des grands comme lui. Bon, laissons-le seul recueillir leurs mauvaises réactions. Je nous accorde la faveur de nous laisser écouter ma téléconférence sur la fête du village Bété de New York City.
« Cling ! Bienvenue à sur la téléconférence », m’accueille la voix automatique. Je nous regarde avec un air fier.
« Quelqu’un vient d’entrer », annonce une voix d’homme. Puis de me demander sèchement : « Qui est entré ? »
« C’est Guikou Bilet Zafla », je réponds.
« Quel est ce nom difficile ? » intervient une voix féminine, en masquant son rire.
« Etais-tu prévu pour cette réunion ? » me demande la première voix. Ta présentation pose déjà un problème ».
« Toi aussi, Franco, ne parle pas comme ça ! » l’interrompt une deuxième voix féminine. « Présente-nous à lui afin que la réunion commence. Personne d’autre ne s’ajoutera à nous. Bonne arrivée mon frère, je m’excuse si je n’ai pas retenu ton nom, il est très rare en pays Bété… »
Je ricane et la laisse continuer.
« Moi, c’est Josiane, je suis à DC ».
Puis elle laisse les autres se présenter. Je discuterai donc avec Franco de Chicago, Josiane de DC, Nadège de Philadelphie et Céleste de Los Angeles. Voici des points à l’ordre du jour: analyse de la création du Village Bété de NYC, propositions pour grandir le mouvement, propositions pour améliorer les activités, et patati-patata. Mais avant même que le premier point ne soit abordé, Nadège met les pieds dans le plat.
« J’espère qu’ils n’ont pas créé ce village pour demander aux gens de se faire appeler par les prénoms du village. Je ne m’intéresserai plus à leurs activités si c’était le cas ».
« Tu vas vite en besogne, ma chère Nadège, mon nom Franco me coûte cher et je ne peux le cacher au profit d’un vieux nom Bété ».
Ils rient tous sans s’arrêter. Puis je les invite à nous découvrir leurs prénoms Bété qu’ils cachent.
Curieusement, ils n’hésitent pas.
« Je m’appelle Déassa ou Nadé », dit Josiane.
« Moi, c’est Matida, intervient Nadège.
« Mais tu as un joli nom ! » lui crie un homme. Je souhaite que nous laissions chacun parler.
« Moi, je m’appelle Lorougnon ou Liagba, s’ouvre Céleste, mais je ne veux pas en entendre parler ».
Franco ricane, puis nous sort Abiali. Je soupire fortement.
« Pensez-vous que ces noms-là sont vilains par rapport à ceux que vous préférez ? » je leur demande. Mais Nadège s’en prend à moi.
« Mon cher, ne perds pas ton temps. J’ai voulu qu’on te laisse participer à la réunion mais pas pour ça. Tu es sûrement un adepte du chef de ce village. Il fait écrire son nom Mady Onê sur l’affiche de la fête. On ne s’est pas ce que ça veut dire. Il n’est pas plus Bété que nous.
_ Comment veux-tu savoir le sens de son nom si tu ignores ce que le tien signifie ?
_ Qui t’a dit que je cherche le sens de son nom, j’ai parlé comme ça. Mon nom est français et chrétien, ça me suffit. Matida est un nom villageois.
_ Et si on t’avait nommée Matilda ?
_ Je l’aurais aimé, c’est un nom français.
Nous rions tous, sauf que mon rire est différent. Je me tais pour leur permettre de continuer leur conférence. Mais je suis déjà triste pour le jour de la grande fête du village Bété. Elle sera sûrement l’événement des Pierre, Boniface, Henriette, Wilson, Madeleine, Rita, Yvonne…
Peut-être que seul le nom du père précédera, non, suivra ces nouveaux prénoms Bété. Nous les aimons. Nous les adorons. Car selon nous, ils cachent de belle façon nos vrais prénoms villageois. Pourtant, nous aurions profité de cette occasion pour mettre en valeur ces prénoms de chez nous. Que ça aurait été beau d’entendre les Blé Guébli, Bolou Djéko Zoléba, Tapé Zêbli, Gouali Sonézéré ! Ces Yourouguhé ont vraiment du mal à faire connaître leurs jolis prénoms Bété, nous ne savons pourquoi. Que ça aurait été beau d’entendre le chef présenter ses notables ! Il les aurait appelés Gnolou Daléba, Assié Gnama, Dapé Gnawlé, Groguhé Tchêya, etc.
Leurs frères et sœurs de la Côte d’Ivoire, les Konan, Kouassi, Akissi, Aka, Guéhi, Anoh, Loboué, etc. auraient éé vraiment fiers de les voir se détacher des prénoms des blancs, même si ça serait seulement pour cette soirée.
Non, attendons, on dirait que c’est possible que nos frères et sœurs se dépassent et fassent connaître leurs prénoms. Ce sont les leurs après tout. Ces noms prouveront qu’ils sont Bété à New York. Des blancs viendront aussi à la fête. Nous ne leur y ferions pas savoir que nous portons leurs prénoms même pendant notre propre fête. Nous avons aussi appris que nos cousins, les noirs d’Amérique, sont en train de se créer de nouveaux prénoms. Ils ne le font pas pour nous laisser seuls, adopter les noms de nos maîtres. N’est-ce pas ainsi donner un travail double à Théo l’animateur ? Il devrait changer son nom ce soir-là et aussi tenir un conducteur avec les noms de ceux dont il parlerait. Sachant qu’il n’était pas habitué aux prénoms Bété des Bété, ça serait pour lui un homme averti en vaut deux.
Je me lève, le cœur entre l’espoir et le doute. Il n’est pas question de nous dire au revoir. J’ai trop de problèmes avec nous. Et d’ailleurs je nous avais déjà souhaité un bon weekend. Vive le Village Bété de New York afin que meure le prénom des blancs qui ne nous appartient pas.

Nohoré Gbodiallo Guikou Bilet Zafla
likaneyb2@hotmail.com