Gbagbo_Laurent 

Dans cette contribution dont copie nous est parvenue hier, l’ancien député de Bouaflé, Allomo Paulin, revient sur ce qu’il considère comme les tares de l’ancien régime. Il souhaite que les candidats aux élections présidentielles présentent un programme plutôt de faire du retour de Gbagbo en Côte d’Ivoire ”un fonds de commerce”. Ci-dessous l’intégralité de la contribution. L’évocation permanente du retour de Laurent Gbagbo est, pour la majeure partie des Ivoiriens, un mauvais souvenir. En effet, l’on ne peut pas prétendre gouverner sans connaître la sociologie politique d’une population. Le premier élu ivoirien, à savoir le député Félix Houphouët-Boigny, même en son temps, l’a été suite à un programme. En l’élisant député, ses électeurs savaient ce que Houphouët-Boigny allait faire pour l’amélioration de leur vie. C’est aussi, à travers son programme de campagne, qu’il a été élu président de la République en 1960. Cette exigence est de plus en plus nécessaire au XXIe siècle. C’est la raison pour laquelle, les Ivoiriens n’arrivent pas comprendre que des personnalités qui sollicitent leur suffrage clament et plaident, le retour de Laurent Gbagbo à toutes les occasions dans les médias et en longueur de journée. Car, pour la majeure partie des Ivoiriens, le nom de Laurent Gbagbo veut dire ”pays en guerre”. Le nom de Laurent Gbagbo veut dire la Côte d’Ivoire divisée en deux. Le nom de Laurent Gbagbo veut dire destruction d’une jeunesse sans ambition par la fameuse phrase «ça va aller». Slogan qui a contribué à endormir cette jeunesse ivoirienne pendant qu’une minorité s’enrichissait sur le dos des Ivoiriens. L’évocation du nom de Laurent Gbagbo veut dire fermeture de milliers d’entreprises par le général de la rue, Blé Goudé et ses « jeunes patriotes ». L’évocation du nom de Laurent Gbagbo veut dire, pour de milliers de pères de famille, la gabegie financière par les barons de la filière café-cacao, des personnes incompétentes qui ont mis le feu aux biens des paysans. L’évocation du nom de Laurent Gbagbo veut dire dé- tournement des budgets sans exécution sur le terrain. L’évocation du nom de Laurent Gbagbo veut dire nomination à des hauts postes de gens incompétents suite à la culture la médiocrité. C’est ainsi qu’on a vu de petites secrétaires sans diplôme nommées à des postes de diplomates; des sans-diplômes à des hautes fonctions dans la haute administration. L’évocation du nom de Laurent Gbagbo veut dire dormir en plein air sur des dalles par manque de moyens de location d’un appartement. L’évocation du nom de Laurent Gbagbo veut dire utilisation d’habitation Sicogi, Sogefiha et maisons privées à trois fonctions. Matin : placalidrome, après-midi koutoukoudrome et le soir, chambre de passe.

L’évocation du nom de Laurent Gbagbo veut dire transport en co-voiturage pour aller au village. L’évocation du nom de Laurent Gbagbo veut disparition du panier de la ménagère au profit du sachet noir. L’évocation du nom de Laurent Gbagbo veut dire chez les Ivoiriens un repas par jour: «la mort subite» ou le «un coup KO». L’évocation du nom de Laurent Gbagbo veut dire mévente des denrées alimentaires sur les bords des routes suivie de la démotivation des paysans. L’évocation du nom de Laurent Gbagbo veut dire chômage accru. L’évocation du nom de Laurent Gbagbo veut dire grossesses non désirées, augmentation du nombre de filles-mères, viol tous azimuts. L’évocation du nom de Laurent Gbagbo veut dire le vol de latex dans les champs d’hévéa, vol de graines de palme dans les champs de palmier à huile, vol de cabosses de cacao. L’évocation du nom de Laurent Gbagbo veut dire rétrogradation de la Côte d’Ivoire dans le concert des Nations, perte de la dignité de la Côte d’Ivoire. On ne peut donc pas comprendre que, après cette tragédie vécue par les Ivoiriens pendant 11 ans, des candidats, au lieu de présenter leur programme pour les convaincre, s’amusent vouloir faire du nom de Laurent Gbagbo un fonds de commerce. Au moment où le président Alassane Ouattara, en quatre ans, est en train de faire oublier ce triste souvenir aux Ivoiriens par son travail remarquable. Comme si ces personnes n’ont pour projet de société que la libération de Laurent Gbagbo. Il est souhaitable que, pour leur respect, l’on tienne aux Ivoiriens un discours qui correspond à leur situation actuelle tout en tenant aussi compte de leurs aspirations. La préoccupation des Ivoiriens, ce n’est pas la libération de Laurent Gbagbo. Loin s’en faut ! Ce qui préoccupe aujourd’hui les Ivoiriens, c’est leur avenir, l’emploi et le devenir de la Côte d’Ivoire. La préoccupation des Ivoiriens, ce n’est pas le sort d’un individu qui n’a laissé que ruine et désolation. Même à la mort de celui qui a fait la Côte d’Ivoire moderne, le président Félix Houphouët-Boigny, les Ivoiriens ne se sont pas suicidés. A plus forte raison un individu qui n’a laissé qu’un mauvais souvenir aux Ivoiriens. Alors, Laurent Gbagbo est comme une mauvaise eau qui a coulé sous le pont et qu’on ne peut plus rattraper. C’est pourquoi il est souhaitable que chacun propose aux Ivoiriens ce qui pourrait améliorer leur quotidien. A bon entendeur, salut!

Paulin Allomo, Ancien député de Bouaflé

Source : L’Inter N°5115 du Mardi 30 Juin 2015