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Boni (RAS) et Nash

La capitale économique de la Côte d’Ivoire Abidjan, porte aussi la dénomination: Perle des lagunes pour faire ressortir les reliefs de son corps. Cette cité mérite bien sa dénomination des perles des lagunes. Car, certains artistes qui connaissent bien son corps, l’ont chantée, sublimée sur tous les plans. Pour eux, la perle des lagunes a un charme caché qui mérite d’être mis en exergue. Un charme à plusieurs éclats que nul ne peut découvrir à l’œil nu. Il faut être dans ses secrets. Dans ses nuits noires où tous les durs à cuire se côtoient avec leurs parcelles jalousement gardées. Et aussi ses nuits rouges où les gros biceps font la loi. Pour ce faire, il faut être au dessus du lot. Et Boni ou Gbi Zrè, la panthère rouge à la pelure dorée y a fait ses armes tôt pour devenir la tête de colonne sur laquelle les plus faibles, les fihingalis comme on le dit en Nouchi, peuvent compter. Boni n’a pas trahi cette tradition de la rue qui veut que les plus faibles trouvent comme ombre protectrice, un homme rompu aux bagarres de rues durant lesquelles, il sort toujours victorieux. Afin de ne point verser l’eau froide sur sa renommée. Boni l’a démontré face à toutes sortes d’épreuves. Ce n’est pas l’instant chaud de sang jaillissant de ses intestins dans une bagarre à ciel ouvert qui dira le contraire. C’était au cours de la fête de l’Abissa à grand Bassam, ce jour où son destin de peu allait basculer. Il a failli y laisser des plumes comme un coq pris dans l’étau de l’aigle. Mais les grands écarts qu’il maitrise au figuré comme au propre, le mettant toujours hors des dangers, des déboires et du champ des guets-apens, ont joué en sa faveur. Champion de Côte d’Ivoire du taekwondo, altruiste à tous points de vue, Boni a su sauver des vies et la sienne. Au bout de ces efforts reconnus de tous et par tous, la rue a fait de lui son enfant encensé. Elle lui a appris son langage, le Nouchi qu’il va enseigner aux jeunes de sa génération. Les guerriers sans sagaie qui perforent le ventre de la vie pour y extraire une philosophie : Le Ziguéhi. Dont un des maîtres craint et respecté, Joe l’Indien, rendit tôt les armes sous le pont Degaulle après avoir dévoré un coup de canif dans le ventre devant une discothèque. Comme quoi, l’aigle ne meurt jamais en l’air. Il ne périt pas en vol. Mais, au faîte de l’arbre, dans le creux de son nid. Joe l’Indien est décédé dans son sanctuaire, sous un pont. Après ce départ, le mouvement n’a point reculé. Au devant de sa troupe « Les Guerriers Téméraires », les fameux Farinmois, Boni Dagrou met le quartier Marcory sous haute garde. Ce fut les temps des grandes bagarres entre les groupes de jeunes gros bras des quartiers d’Abidjan. La grande attraction fut Boni d’un côté et John Pololo de l’autre. Chien ne mange pas chien. Respect stricte sur mesure entre les deux vedettes de la rue et de la nuit rouge, la nuit ensanglantée d’Abidjan. Après s’être livré à toutes sortes de rodéos, Boni recule pour mieux sauter. C’est alors qu’il s’adonne à la musique avec deux de ses compagnons de route. Ils créent le groupe RAS. Cette fois-ci, rien à signaler. Vraiment, plus de bagarre et place à la sagesse. Le succès ne tarde pas à venir et surtout lorsque l’on est de la lignée de la panthère, la colérique qui apprivoise toutes sortes d’agressivités pour en faire une Yaka, poésie élogieuse qui fait parler les rues, les lieux de distractions. Le poisson est dans l’océan. Gbi (Gbôbô-Dogbô-Yèklè-Madhi) est dans son élément comme on le dit sous les palmiers autour d’une jarre (Zomedali) de bangui. Boni est une Zomedali, jarre au contenu toujours en crue durant les saisons sèches. Toute la Côte d’Ivoire jubile sous le coup de boutoir de son Ziguéhi. Certains artistes chanteurs qui n’y résistent pas, mordent à l’appât. Des mélodies cousues de notes musicales Nouchi se font entendre ici, là, là-bas. Le Nouchi envahit ruelles et rues. Le génie a jeté quelque part des tiges de lianes dans le marrais. Grâce à Madou Dagrou Boniface alias Power Boni Gbi, Gougoumagou, toute la Côte d’Ivoire prend un magatapé dans son Youklwi. Le langage de la rue qui a pris des ramifications jusque dans le lit du temple de la connaissance, suit son chemin. Tranquille. Il est parlé à l’université, enseigné même. RAS, rien à signaler cependant que tous les chemins mènent à Rome. Grâce à Boni, le Nouchi prend son envol. Il n’a ni couleur, ni pays. Auditrices et Auditeurs du Carrefour Weekend autant que nous sommes, nous appartenons tous à la rue. Car partout, nous fredonnons l’air de la rue sur la page sonore de l’Autre Face de la Mélodie

Valen Guédé
Valen_guede@yahoo.fr