Je suis profondément écœuré de voir des politiques instrumentaliser, de manière éhontée, la réconciliation en Côte d’Ivoire à des fins personnelles, pour s’ouvrir des champs d’action ( rencontres à l’étranger ou/et avec des personnalités prestigieuses, utilisation instrumentale d’une thématique mobilisatrice à des fins électoralistes), ou pour donner une promotion à leurs ambitions politiques (construction d’une image, bien entendue usurpée, et accroissement de leur visibilité dans l’opinion publique en essayant d’exister dans les grands médias), sans même savoir ce que l’acception de ce terme recouvre réellement comme concepts, sans proposer les moyens d’un retour inclusif du corps social en son entier, à un niveau de concorde permettant de garantir une paix durable à notre pays (il s’agit en l’occurrence, de dépasser la situation antérieure qui caractérisait l’après Houphouët-Boigny immédiat, marquée par l’exclusion et des discours de désintégration), sans ce soucier réellement de ceux qui ont eu à souffrir ou souffrent encore de la violence de la dissolution des liens sociaux ( il s’agit toujours de la société civile et des masses populaires, et non de la société politique pourtant à l’origine de ces crises successives), qu’implique précisément le rétablissement de ceux-ci par le processus de réconciliation qu’ils évoquent sans le moindre scrupule ( aucune action concrète à l’endroit des victimes, aucune solidarité sincère).

La Côte d’Ivoire doit commencer par se réconcilier avec elle-même, autour de la vérité historique, nécessitant distance et objectivité, et des valeurs fondamentales qui fondent une véritable Nation. On ne se réconcilie pas les uns contre les autres. On ne se réconcilie pas contre la République. On ne se réconcilie pas en encourageant la dissolution des liens sociaux, l’exclusion des autres, la division du corps social et en proposant l’irresponsabilité et l’impunité politiques comme modèle de réconciliation. On ne se réconcilie pas sur du mensonge. On ne construit pas la paix en préparant une autre crise, en nourrissant un projet de vengeance, en s’emmurant dans une sorte d’autisme. On ne construit pas une Nation avec une vision ethniciste et un discours de division (catégorisation des ivoiriens en qualifiant les uns de vrais et les autres de faux ivoiriens ou d’ivoiriens assimilés ou encore sur “papier”). On ne construit pas la paix en semant dans l’esprit de nos populations les germes d’une opposition inter-communautaire. En clair on ne prétend pas rechercher une chose, œuvrer pour une chose, en faisant son contraire ou allant la chercher où elle n’existe pas. Lorsqu’on veut des coquillages on ne va pas à la montagne, mais à la mer. L’on doit savoir ce que l’on veut pour s’engager dans une direction.

Nous devons nous libérer prioritairement de ces prisons psychologiques et attitudes socio-culturelles. Nous devons réintégrer la République. Nous devons trouver la force de pardonner, de dépasser notre passé, plutôt que de s’y enfermer avec complaisance, d’accuser constamment les autres de tous les péchés d’Israël sans se remettre soi-même en cause, et de faire constamment le procès de l’histoire à travers des prismes partisans et une mémoire sélective. Tout ceci démontre une fois de plus, comme si de besoin, que la Côte d’Ivoire doit se réconcilier avec elle-même avant toute autre démarche dans ce sens. Tout le reste est imposture et opportunisme. Commençons donc par le commencement.

Pierre Aly SOUMAREY