« Général Coulibaly, sauve-moi… »

 adama toungara

(L’Eléphant Déchaîné, 31 mai – 3 juin 2013) – Il va être triste en lisant cet article, l’ancien ministre de l’Intégration africaine, Adama Bictogo. Lui à qui le chef de l’Etat n’a donné aucune chance. Alors que, à Adama Toungara, ministre du Pétrole, de l’Energie et des Mines, le chef a laissé le temps de réfléchir, avant de prendre la décision qui s’impose et qui, dans son esprit, ne pouvait être qu’une démission pure et simple.

Résultat, après un intense lobbying fait auprès de proches du chef de l’Etat, cet Adama Toungara a réussi à sauver sa tête. Provisoirement ?

Petit retour sur une décision que le chef de l’Etat n’a toujours pas prise…

Il y a deux mois, le chef de l’Etat, d’humeur massacrante après avoir lu un rapport d’audit, a convoqué le ministre Adama Toungara. Là, le président a prié son collaborateur au gouvernement et camarade de parti, de parcourir silencieusement ce rapport qu’il lui a tendu.

En lisant doctement le document, le ministre découvre qu’il s’agit d’un rapport particulièrement accablant sur la gestion qu’il fait de son ministère et de ses ressources aussi. La douloureuse s’est étendue à ses compétences professionnelles, à sa morale, à la corruption qui règne dans son ministère et que ne cessent de dénoncer des opérateurs, à ses relations avec les investisseurs qui œuvrent dans les secteurs d’activité relevant de la compétence de son ministère, à sa gestion des demandes des permis d’explorations et autres exploitations minières, aux sommes faramineuses englouties dans le système de sécurité de son appartement enfin réhabilité, et que même le chef de l’Etat n’a pas les moyens de s’offrir…

A la fin de sa lecture, le chef de l’Etat lui demande de tirer toutes les conséquences du contenu du rapport. Le ministre, après quelques minutes d’hésitation, sollicite du chef, l’autorisation d’une méditation de 48 heures. Accordée !

Dès qu’il sort du bureau du président, au lieu de se plonger dans la cogitation, Adama Toungara pense tout de suite à faire intervenir des proches de ce dernier pour implorer sa clémence.

Après tout, on est en Afrique et en homme respectueux des traditions séculairement établies, il ne pouvait s’autoriser un comportement de « blanc » en déposant sa démission entre les mains du chef. Non, ça ne se fait pas…

Il cherche alors à s’offrir les services de l’une des personnes que le chef de l’Etat écoute le plus dans ce pays. Bingo ! Ça sera le général Abdoulaye Coulibaly, double Pca de Air Côte d’Ivoire et d’Aéria et par ailleurs conseiller spécial du Chef de l’Etat. Et s’il peut convaincre l’épouse de ce dernier, très proche de Blaise Compaoré, de faire partie du commando qui doit intervenir pour lui, ce serait la monnaie sur le billet.

Après s’être proprement lamenté auprès du général, à son domicile, ce dernier a accepté d’intercéder auprès du président pour lui. Résultat, voilà deux mois que, Adama Toungara, au lieu de soulager le chef de l’Etat de sa présence au gouvernement, a réussi, par un lobbying intense mené par le général, à faire retomber la colère de ce dernier. Lequel, pour le moment, n’est plus revenu sur le sujet.

«L’Eléphant » s’excuse donc de lui rappeler le contenu douloureux de ce rapport qu’il veut sans doute oublier… jusqu’au prochain scandale ?

DANIEL SOVY