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Avant son départ pour l’Italie, l’artiste et membre du bureau politique du Pdci Rda, Antoinette Konan, nous a accordé une interview. Avec son franc-parler qu’on lui connaît, Antou a donné son point de vue sur plusieurs questions. Notamment sur sa carrière artistique, le Burida, l’élection présidentielle, les cas Banny, KKB et Tiburce Koffi, non sans se prononcer sur le retour de Fologo au Pdci.

Cela fait quand même un bon moment qu’on ne vous entend presque plus, où étiez-vous passée?

J’aime me faire rare quand je n’ai pas d’actualité.

Mais c’est quand même étonnant de vous voir encore à Abidjan, vous qui, il y a quelque temps, disiez partir pour de bon aux États-Unis?

Je pense que c’est une déformation de mon propos. Je dis et je le répète, que je voulais partir effectivement. Mais je suis partie sur le terrain et après plusieurs analyses, j’ai conclu de revenir. Sinon, il n’a jamais été question pour moi de partir et rester pour de bon. Je voulais juste partir découvrir d’autres expériences et revenir. Cela a malheureusement été interprété diversement ici. En plus, comme j’avais laissé mes enfants ici, je suis revenue.

Vous étiez partie, a-t-on appris, pour une aventure amoureuse qui aurait malheureusement mal tourné?

(Elle éclate de rire). Non, il n’y a pas que ça pour moi. J’avais beaucoup de choses à aller apprendre là-bas, parce qu’ici, on ne faisait que tourner en rond. En tant qu’artiste, on a toujours besoin de faire d’autres rencontres pour être inspirés. J’avais donc besoin de sortir un peu du pays pour voir grand, découvrir d’autres expériences et revenir pour la suite de ma carrière.

Est-il vrai qu’Antoinette Konan est l’artiste à qui on reproche toujours de grogner, se plaindre, être opposée à tout?

Mais non, je ne pense pas que je grogne au sens déplaisant de la chose. Je pense que quand on est allé à l’école quel que soit le niveau qu’on a fait, ce n’est pas rien. Mais plutôt pour pouvoir faire des analyses objectives autour de nous. C’est peut-être ce qui me vaut d’être dépeinte de cette façon, j’allais dire noirâtre. Mais je suis loin d’être ce dont on m’accuse, parce que je ne parle pas pour ne rien dire. N’en déplaise à ceux qui ne m’aiment pas, je suis ce que je suis. Même dans ma famille comme dans mon milieu, on me connaît pour être franche et véridique.

Où en sommes-nous avec vos relations avec le ministre de la Culture et de la francophonie qui, dans un passé récent étaient très tendues?

Je n’ai pas de problème avec le ministère. Je grognais parce que j’avais beaucoup de choses qui me restaient au travers de la gorge et que je n’arrivais pas à sortir. J’ai fini par les sortir et M. le ministre a écouté et il a vu que je n’étais pas dans le faux. Nous avons échangé et depuis, il m’appelle quand besoin il y a. Pour dire que je ne grogne pas pour grogner. Sinon, il n’y a aucun problème entre le ministre et moi. Tout se passe très bien d’ailleurs entre lui et moi. C’est même lui qui m’aide à entrer en studio.

Justement, parlant de votre actualité discographique, ça fait quand même longtemps que vous n’avez pas sorti d’œuvre. Un problème d’inspiration?

Cela va faire pratiquement une dizaine d’années que je n’ai pas sorti d’album. Toutefois, cela ne s’est pas fait sentir parce que j’ai beaucoup bougé avec mon album en date. Cet album m’a permis d’être sur le terrain et de remplir ma mission de femme politique aussi. Je ne me suis donc pas du tout ennuyée et les fans ne s’en sont pas non plus rendus compte tout ce temps.

Une idée sur la coloration de cette nouvelle œuvre à venir?

À ce niveau de ma carrière, étant donné que je n’ai plus droit à l’erreur, ce sera une œuvre beaucoup plus colorée que les précédentes. Ce sera une œuvre vraiment mature. Je vais y mettre une barre beaucoup plus haute.

Quand vous dites que vous n’avez plus droit à l’erreur, à quoi voulez-vous faire allusion? Les erreurs, vous en avez commises?

C’est vrai, j’en ai commises mais je les corrige au fur et à mesure. Souffrez donc que je ne les étale pas ici. Habituellement, quand j’accordais une interview, c’était pour répondre à quelqu’un, mais depuis un moment maintenant, je prends mon calme, j’analyse bien la question avant de répondre.

Et cette guéguerre des Antoinette, où en sommes-nous?

Je suis loin d’être une guerrière, mais lorsque je n’ai pas envie de parler, il ne faut pas me marcher sur les pieds. D’ailleurs, il y avait quand même longtemps que cette guéguerre sourdait. Je pourrais dire depuis le début de ma carrière. D’après ce que l’autre Antoinette (Ndlr Antoinette Allany) aurait dit, j’aurais bénéficié de certains avantages à son détriment. Mais je suis désolé, moi j’étais tout le temps à l’école et elle prenait tout son temps à être dans la cour de la télévision. Je ne comprenais pas trop ses attaques, mais j’ai finalement tourné la page. Heureusement, le temps est en train de nous dire la vérité. C’est donc la somme de tous ces sacrifices consentis que je suis en train de récolter maintenant.

Et sur votre divergence de la paternité de l’Ahoco?

Je dis et je le répète, ce ne sont plus des questions qui doivent se poser. Vous avez vu au Femua, où j’ai encore fait mes preuves. Même sur une grande radio étrangère, nous avons dé- battu de la question, où je l’ai démontré sur tous les plans. Donc je ne veux même plus revenir sur la question. Car tout le monde sait que c’est à moi que revient la paternité de cet instrument. Du moins que c’est moi qui l’ai fait connaître.

Vous qui avez été candidate à la présidence du conseil d’administration du Burida, quel regard portez-vous sur la prochaine assemblée générale élective et la situation du comité provisoire?

Je pense que la question est en voie d’être résolue, vu que les textes sont déjà sortis. Il s’agit maintenant de faire une large sensibilisation pour que chaque candidat sache à quoi s’en tenir. Sinon, c’est après une AG que cette équipe pourra partir, parce qu’il ne faut pas gérer nos droits comme si on était dans un moulin à vent. Quant à moi, j’ai fait ma part de combat. J’ai voulu être candidate à la présidence du conseil d’administration du Burida et à maintes reprises, on m’a refoulée parce que je ne faisais pas l’affaire de ceux qui étaient là.

Allez-vous encore postuler?

Non, pour le moment, je ne veux pas vite aller en besogne. Certainement qu’après mon voyage, je pourrai mieux répondre à la question. Votre commentaire sur la candidature de Jack Dély… C’est un aîné qui s’est imposé musicalement. C’est vrai qu’on me dira que quelqu’un qui est bon musicalement n’est pas forcément celui qu’il faut pour la gestion du Burida, mais ça peut être le cas aussi. Donc qu’on laisse les artistes eux-mêmes faire leurs choix.

Et votre carrière d’enseignante, vous y aviez mis fin?

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Non, l’enseignement n’est pas terminé pour moi dans la mesure où je souhaiterais avoir ma propre école à gérer. J’ai travaillé pour un certain régime et je souhaiterais qu’en retour, on me soit reconnaissant en m’aidant à réaliser ce projet.

Vous qui aviez soutenu le Rhdp lors des élections de 2010, quelles sont en ce moment vos relations avec le pouvoir en place?

Quand on croit en une idéologie et que cette idéologie passe au pouvoir, ce n’est pas forcément pour en tirer un quelconque profit. Moi, je suis venue au Rhdp parce que je suivais le président Bédié. Je n’ai pas suivi le président Bédié parce qu’il m’enrichirait matériellement ou financièrement. Il revient donc au pouvoir, vu ce que chacun a pu apporter, de lui être reconnaissant. Je suis restée dans mon coin sans rien réclamer à personne. Je ne récrimine personne non plus. C’est au bureau politique du Pdci dont je suis membre que je donne mon avis sur des questions quand je peux.

Ce n’est donc pas parce que j’ai soutenu un pouvoir qu’on doit forcément tout me donner. Cela reste à la sensibilité de chaque être. Au même moment qu’il y a des gens pour qui on fait peu, il peut arriver que cette personne vous donne beaucoup, et d’autres pour qui vous donnez toute votre énergie et intelligence, vous ne recevez rien en retour. Ce sont des choses qui arrivent.

Dans quel cas vous trouvez-vous donc en ce moment?

Je suis dans le cas où j’ai voulu me mettre. J’aurais pu, contrairement à certains, aller m’étaler dans les journaux et me mettre à récriminer. Moi, je ne fais pas la politique pour récriminer ou réclamer quelque chose, non. Dans mon cas, je n’ai cessé d’aller chez moi à Béoumi pour partager le peu de moyens que j’ai avec mes parents. Et le fait d’être toujours avec ces parents a instauré une certaine confiance entre nous.

Des ambitions de député ou de maire?

Si les parents le souhaitent en me donnant cette possibilité, je pourrai le faire. Sinon, je ne peux rien décider seule sans eux.

L’appel de Daoukro lancé par le président de votre parti qui est décrié par certains membres de ce parti comme étant anti-démocratique, vous y adhérez?

J’y ai adhéré parce qu’il nous a permis cette accalmie actuelle où on n’entend plus de son de kalachnikovs. Parce qu’aussi le président Bédié ne prend jamais des décisions par hasard. Pour nous qui sommes des enfants d’Houphouët et donc épris de paix, on ne peut pas ne pas y adhérer. Reste maintenant à ceux qui sont au pouvoir de savoir s’en servir et d’étonner et d’épater les Ivoiriens.

Et comment jugez-vous ces hommes du Pdci dont Banny, KKB, Tiburce Koffi… qui déchirent cet appel?

Qu’est-ce que vous voulez me faire dire? Ce sont des aînés que je respecte. Malheureusement, comme vous le savez, en politique, il est difficile de dire à quelqu’un : ”suis-moi”. Toutefois, ce que je peux dire en tant que mère de famille, c’est de leur demander d’aller doucement en optant pour le dialogue. Leur attitude n’est pas toujours la solution, parce que cela n’est pas toujours bien perçu. Alors qu’on peut se parler, mais quand on se met ainsi à l’écart, je dis non. Je ne suis pas pour la force. On m’a toujours frustrée et blessée mais pour autant, je n’ai jamais utilisé la force. Je déplore donc la forme donc qu’ils revoient encore leurs positions et qu’on s’asseye pour discuter.

L’alternance en 2020 pour lequel l’appel de Daoukro a été lancé n’a, jusque-là, pas trouvé une approbation claire du président de la République, est-ce que vous, personnellement, vous croyez que cette alternance se fera?

En Côte d’Ivoire, ce que je déplore, c’est que très souvent ceux qui travaillent aux côtés du président, de peur de perdre leurs postes, se refusent à lui dire la vérité. Si j’étais une de ses proches, je lui demanderais de se prononcer de façon claire une bonne fois pour toutes sur cette affaire. Moi, je ne mâche pas mes mots et vous pouvez le demander au président Bédié. Mais, je pense que cette alternance est possible en 2020, mais à condition qu’on se lève pour corriger un certain nombre de choses.

Le retour de Laurent Dona Fologo au sein de votre parti, comment le jugez-vous?

C’est une bonne chose. Quand lui-même, il dit qu’il sèche ses habits là où le soleil brille, peut- être qu’il sent que le soleil va bientôt briller au Pdci. Cela dit, c’est un plaisir de voir ce monsieur revenir. Mais sincèrement, je pense qu’il n’en valait pas la peine qu’il soit parti créer un parti politique à lui. Il a ses raisons certainement mais, comme il a décidé de revenir au bercail, on ne peut que l’accepter.

Réalisée par Philip KLA

Source : L’Inter N°5149 du Vendredi 14 au 16 Août 2015