Emmanuel Macron au Salon de l’agriculture en 2020. PHOTO AFP

Par Ongui Simplice,
s.ongui@afriquessor.co.uk

Le président de la République, Emmanuel Macron, a donné une conférence de presse samedi dernier lors de son passage au Salon international de l’agriculture à Paris, le 26 février dernier. Cet évènement marque un tournant dans son quinquennat. Il a notamment tenu un discours marquant sur le nouveau conflit entre l’Ukraine et la Russie après avoir assisté à une réunion spéciale sur la situation en Ukraine.

Cette rencontre décisive a été bousculée par la guerre en Ukraine. À la lumière de l’agression de la Russie contre l’Ukraine, le Conseil européen a tenu une réunion spéciale à Bruxelles, en Belgique, le 25 février 2022. La guerre en Ukraine et les lourdes sanctions prises par les puissances occidentales contre la Russie auront des conséquences durables et graves pour le secteur agricole a déclaré le chef de l’État.

Le chef de l’État, qui n’était pas encore officiellement candidat, a souhaité être aux côtés des agriculteurs pour leur adresser trois messages : il a remercié le monde agricole, « qui a tenu bon pendant la pandémie du Covid-19 ». M. Macron a ensuite vanté la souveraineté alimentaire, « l’ambition que nous devons avoir pour notre agriculture » ainsi que la loi EGalim avant de délivrer un dernier message, plus sérieux, sur la guerre en Ukraine.

« La guerre revient en Europe et nous nous voyons dans un contexte inédit et grave. Je ne tiendrai pas l’agenda prévu et je laisserai le Premier ministre et le ministre de l’Agriculture prendre le relais pour ce salon des retrouvailles » a commencé par dire M. Macron devant les responsables agricoles peu après 7 h 30.

Le président de la République, Emmanuel Macron n’a pas caché son inquiétude vis-à-vis de cette nouvelle guerre en Europe. Le président de la République, Emmanuel Macron, a quand même tenu à venir inaugurer cet évènement en personne en dépit de la gravité de la situation. Il s’est rendu très tôt, accompagné de son Premier ministre, Jean Castex et de son ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, à la rencontre des agriculteurs samedi dernier.

Emmanuel Macron n’y a fait qu’un passage éclair. Il n’est pas resté longtemps au Salon de l’agriculture et a pris la parole pendant une demi-heure. Il a laissé le soin à son Premier ministre de faire le bilan de son quinquennat à quelques semaines des élections présidentielles. Tout à la joie de cette 58e édition, après une année blanche due à la pandémie du coronavirus COVID-19, le monde agricole attendait résolument une oreille attentive, pendant dix ou douze heures, aux grands enjeux de l’agriculture de demain : plus de mains, moins d’émissions de carbone et une alimentation équilibrée respectant l’homme, l’animal et la nature.

Les traits tirés et le visage grave, il a prévenu dans son discours que la guerre entre l’Ukraine et la Russie durera. Il a ensuite ajouté que ce conflit impactera sans nul doute le monde agricole. « Il faut nous y préparer » a-t-il affirmé. En effet, les sanctions adoptées contre la Russie pour avoir ouvert les hostilités vont mener à des mesures de rétorsion sur les exportations. Les prix du gaz risquent de s’envoler en même temps que l’alimentation du bétail.

Il est convaincu que cette guerre va durer dans le temps et sera lourde de conséquences. Les restrictions commerciales résultant des sanctions de l’UE à l’encontre de la Russie pèseront sur les exportations tandis qu’une nouvelle hausse des prix de l’énergie frappera de plein fouet le secteur l’élevage.

Il a ensuite ajouté que l’État français prépare déjà un plan de résilience pour faire face aux retombées économiques de ce conflit. Des mesures vont être prises pour à la fois protéger les agriculteurs des pressions de coûts et compenser leurs pertes de revenus. Il faut « vous soutenir en termes de revenus, et soutenir les Français aussi sur les impacts en termes de coûts sans faille » a-t-il insisté, s’adressant aux responsables des filières et des syndicats agricoles. Il a ensuite coupé le traditionnel ruban sous le regard de Neige, la vache égérie de l’événement, qui a élu domicile jeudi soir au Parc des expositions de la Porte de Versailles. Puis le Premier ministre, Jean Castex, a pris le relais, dès 9 heures, pour faire le tour du salon et défendre le bilan du quinquennat à six semaines du scrutin.

Lorsque Macron a pris ses fonctions en 2017, il a promis la plus grande refonte du modèle social et du système de protection sociale de la France de l’histoire moderne, et a rapidement assoupli par décret le strict droit du travail du pays. Aujourd’hui, alors qu’il doit faire face à une bataille pour sa réélection en avril 2022, dominée par des préoccupations concernant le coût de la vie et les protections sociales.

Puis surviennent deux crises massives : d’abord la révolte antigouvernementale des gilets jaunes, puis la pandémie, qui a tué plus de 130 000 personnes en France. Le président s’est rapidement tourné vers l’interventionnisme de l’État et les vastes dépenses publiques tout en se vantant de « nationaliser les salaires » pour maintenir le pays à flot.

L’économie a commencé à rebondir après le COVID-19 plus rapidement que prévu. Le chômage est en baisse. Mais dans un contexte d’inflation, de hausse des prix du carburant, de méfiance record à l’égard de la classe politique, de divisions sociales et de montée de la politique identitaire à l’extrême droite, le chef de l’État reste sous pression pour prouver que ses cinq années de mandat ont, comme il le prétend, « protégé » les personnes de tous horizons.

La flambée des prix des produits de première nécessité au cours de l’année écoulée a profité aux producteurs de céréales, mais a mis à mal les éleveurs. L’alimentation du bétail représente un coût important pour ces éleveurs. Dans ce contexte, le gouvernement a annoncé fin janvier un plan d’aide de 270 millions d’euros pour soutenir les éleveurs de porcs.

Malheureusement, cette nouvelle crise en Ukraine va accroître la volatilité sur les marchés agricoles. « C’est un salon particulier, parce qu’il y a des élections présidentielles » et « parce que nous sommes dans une crise des vocations » a expliqué à l’Agence France-Presse le président du salon, Jean-Luc Poulain. « On perd à peu près 100 000 agriculteurs tous les dix ans et c’est bien qu’il y ait un débat sur la vision de la profession », a-t-il dit.

Les contrats sur le blé à Paris ont déjà atteint un niveau record jeudi dernier. Les agriculteurs craignent également que la crise n’exacerbe le manque d’approvisionnement en engrais et ne perturbe la période de croissance des cultures au printemps.

Ce Salon de l’agriculture est un événement majeur, à moins de deux mois du premier tour des élections présidentielles.

Les analystes ont longtemps spéculé sur la participation du président de République aux présidentielles. Ils ont pensé qu’il pourrait profiter de sa présence au salon pour annoncer officiellement sa candidature à un second mandat. Mais les tensions causées par cette nouvelle crise internationale ont contrarié son calendrier.

Alors que Macron a passé plus de douze heures à tenter de rassurer les agriculteurs sur l’impact du Brexit et de la réforme de la politique agricole de l’Union Européenne (UE) lors la dernière édition du Salon, il n’est resté qu’une quinzaine de minutes samedi dernier, le temps de terminer son discours.

A cette inquiétude fondamentale, qui remet en cause le modèle agricole français, s’ajoute la menace plus immédiate du conflit en Ukraine : les professionnels de l’agroalimentaire craignent des mesures de rétorsion russes en réponse aux sanctions occidentales, qui perturberaient les échanges. La France est le neuvième fournisseur de la Russie en produits agroalimentaires, pour 780 millions d’euros par an, rappelle l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA).

Plusieurs grands groupes sont implantés en Ukraine, notamment dans les secteurs des produits laitiers, des céréales et des semences. Lactalis (multinationale française de l’industrie agroalimentaire), qui aura un stand au salon, dispose de trois sites de production dans l’ancienne République socialiste. « En cas de risque dans les zones où sont implantées les usines, nous demanderons l’arrêt de la production et le retour anticipé des employés à leur domicile », explique le grand groupe agro-industriel laitier.

 

La flambée des prix de l’énergie (y compris le gaz utilisé pour fabriquer les engrais), des céréales et des huiles végétales aura également des répercussions au niveau national. Les secteurs de l’élevage sont très dépendants des céréales pour nourrir les animaux, notamment les volailles et les porcs. Leurs coûts de production ont déjà bondi en 2021 (+ 30 % pour le blé), sans que les prix de vente évoluent au même rythme.

Autre motif de tension : le salon coïncide avec la clôture, mardi 1er mars 2022, de difficiles négociations commerciales entre agro-industriels et grande distribution qui déterminent le prix des produits mis en rayon dans l’année et, in fine, le revenu des agriculteurs.

Pour les visiteurs, ils étaient 630 000 en 2019, pas de volailles en raison de la grippe aviaire, mais des vaches, des cochons, des moutons ou des lapins, à dévorer des yeux tout en dégustant des produits locaux, à condition de rester masqués en marchant.

Le Salon de l’agriculture met traditionnellement la classe politique française en contact étroit, et souvent conflictuel, avec les agriculteurs du pays. L’année dernière, M. Macron a été frappé par un œuf lors de sa visite en tant que candidat à la présidence. Samedi, les huées sporadiques, mais insistantes ont été contrebalancées par quelques applaudissements, la colère des agriculteurs étant accueillie par un optimisme prudent de la part des autres.

Emmanuel Macron a subi des huées et des sifflets lors de sa première visite en tant que président au plus grand salon agricole de France, dans un contexte de tension croissante entre son gouvernement et les agriculteurs du pays il cherche à convaincre le puissant lobby agricole. Il a été confronté à des foules hostiles samedi lors de sa visite du parc des expositions dans le sud de Paris, soulignant les difficultés qu’il rencontre pour convaincre le puissant lobby agricole français, qui a été irrité par les négociations commerciales de l’UE et les achats de terres par la Chine.

Lors d’un échange tendu avec un agriculteur au sujet d’un désherbant que le gouvernement a déclaré vouloir interdire, Monsieur Macron, visiblement en colère, a déclaré qu’il trouverait des solutions pour les agriculteurs qui ne sont pas en mesure de remplacer le glyphosate, considéré comme cancérigène.

« Il nous écoute, mais nous attendons toujours. Nous voulons croire qu’il fera ce qu’il dit », a déclaré un agriculteur breton. « Il est trop tôt pour le juger, mais les idées sont là », a déclaré un autre agriculteur présent à l’événement.

Macron a affirmé que la France ne montrera « aucune faiblesse » sur les sanctions contre la Russie. « Sur le plan militaire et économique, ainsi que dans le domaine de l’énergie, nous serons sans faiblesse », a déclaré le président français.

La France « répondra sans faiblesse » à « l’acte de guerre » de la Russie en Ukraine, a déclaré jeudi le président français Emmanuel Macron dans un discours solennel adressé au peuple français. Lors d’un discours préenregistré devant les drapeaux ukrainien, européen et français, M. Macron a déclaré que « les sanctions à l’égard de la Russie seront à la hauteur des agressions dont elle s’est elle-même rendue coupable — sur le plan militaire et économique, ainsi que dans le domaine de l’énergie, nous serons sans faiblesse », a-t-il ajouté.

Le président russe Vladimir Poutine « a décidé de mener l’attaque la plus grave contre la paix et la stabilité de notre Europe depuis des décennies », a déclaré M. Macron.

Les événements d’aujourd’hui sont « un tournant dans l’histoire de l’Europe et de notre pays », a ajouté le président français. « Ils auront des conséquences durables et profondes sur nos vies. Dans ces heures troublées où les fantômes du passé renaissent, et où les manipulations seront nombreuses, ne cédons rien de notre unité. » « Nous allons prendre des décisions lors du G7 de cet après-midi, lors du Conseil européen qui aura lieu ce soir à Bruxelles, et du sommet de l’OTAN qui aura lieu dans les heures qui viennent », a déclaré le Président de la république.

Ongui Simplice
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