Burundi's President Pierre Nkurunziza holds a news conference in Brussels

Par Camille Lafont et Justine Hirschy

PAMBAZUKA NEWS | Cet article entend faire le point sur la conjoncture politique dans laquelle les scrutins de 2015 au Burundi vont prendre place, et sur les forces et les contradictions qui structurent l’espace partisan dans le pays.

Entre mai et août 2015 se tiendront au Burundi des élections générales, les troisièmes depuis la signature de l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation en 2000. À la veille de ces scrutins, dont l’un des enjeux centraux est la pérennisation du processus démocratique amorcé il y a quinze ans, les tensions sont palpables. Si celles-ci se cristallisent aujourd’hui surtout autour de la légalité d’une troisième candidature du président Nkurunziza, elles s’inscrivent néanmoins dans un contexte préélectoral plus large et épineux, que cet article a pour ambition de mettre en lumière. Les fantômes du passé démocratique tourmenté du pays ainsi que les pratiques controversées du parti Cndd-Fdd, installé depuis dix ans au pouvoir, hantent indéniablement les règles du jeu électoral qui s’ouvrira prochainement.

Dix ans après le succès des premières élections post-transition remportées par le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (Cndd-Fdd), un mouvement rebelle transformé en parti politique, le Burundi s’apprête à nouveau à choisir ses représentants lors d’élections générales prévues entre mai et août 2015 [1]. Cependant, si les élections de 2005 ont longtemps été considérées comme le résultat d’un processus de paix «réussi», à l’heure actuelle les inquiétudes l’emportent sur l’irénisme. Entre-temps en effet, le cycle électoral de 2010, contesté puis boycotté par la plupart des formations d’opposition, a laissé le Cndd-Fdd gouverner avec une majorité presque unanime et depuis, les signes d’une « dérive autoritaire » du régime se multiplient [2]. Dans ces conditions, l’enjeu majeur des élections de 2015 sera bien la poursuite de la démocratisation amorcée avec l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation, signé en août 2000, ou au contraire son altération en un monopartisme de fait, voire dans la reprise de la violence armée.

Cet article entend faire le point sur la conjoncture politique dans laquelle les scrutins de 2015 vont prendre place, et sur les forces et les contradictions qui structurent l’espace partisan dans le pays [3]. On rappellera d’abord que l’histoire du processus démocratique au Burundi a été marquée dès ses débuts par des violences péri-électorales, ce qui suscite toujours des craintes à l’approche de ces moments sensibles. L’examen des conditions d’exercice du pouvoir par le Cndd-Fdd depuis dix ans permettra ensuite de déterminer dans quel état d’esprit est abordé l’horizon électoral par les différents protagonistes de la vie politique burundaise. Enfin, à chaud, l’analyse du débat sur un éventuel troisième mandat du président Nkurunziza permettra de souligner à quel point les tensions du Cndd-Fdd avec son environnement extérieur (opposition partisane, société civile et communauté internationale), comme ses dissensions internes, font peser une grande incertitude sur l’avenir démocratique et sécuritaire du pays.

UNE HISTOIRE DEMOCRATIQUE TOURMENTEE (1960-2005)

Au regard de son passé, le Burundi fait figure de grand blessé de la démo¬cratie, et l’on ne peut appréhender correctement les prochaines élections de 2015 sans faire retour sur leurs antécédents, en particulier sur les événements qui affectent encore aujourd’hui l’imaginaire politique de la société et de ses formations partisanes, à la veille des rendez-vous électoraux. Les tentatives de démocratisation de 1960-1961, 1965, 1993 et dans une moindre mesure 2010 se sont en effet traduites par des violences, et même si le succès des scrutins post-transition de 2005 après plus d’une décennie de guerre civile fait à ce titre figure d’exception, les élections conservent ce petit goût d’amertume et d’inquiétude que l’histoire leur a donné depuis plus d’un demi-siècle.

A LA RECHERCHE DE LA DEMOCRATIE (1960 -2000)

C’est au tournant des années 1950-1960, sur fond de lutte pour l’indépendance, que le royaume du Burundi, sous administration coloniale belge, a connu sa première expérience démocratique, marquée par les premières élections au suffrage universel de l’histoire du pays. Bouillonnant, ce multipartisme initial fut cependant de courte durée. En effet, après l’assassinat de deux Premiers ministres emblématiques, le prince Rwagasore en 1961 et le Hutu Ngendandumwe en 1965, le pays bascula d’abord dans un monopartisme de fait établi autour de l’hégémonie parlementaire du parti Unité et progrès national (Uprona), puis chavira dans une ethnicisation des rapports politiques entre Tutsi et Hutu, dont la déflagration liminaire intervint en 1965 [4].

Au début de cette année, l’assassinat du Premier ministre Ngendandumwe instaura un climat de tension qui empoisonna le scrutin législatif du mois de mai suivant, dont les résultats signèrent la polarisation ethnique du champ politique. Puis en octobre, l’échec d’un coup d’État conduit par des membres hutu des forces de sécurité donna lieu à une sanglante répression contre les militaires et leaders hutu et marqua une « rupture décisive au sein des élites [5] ». Le capitaine Micombero, qui avait contribué au redressement militaire de la situation en octobre 1965, renversa finalement lui¬-même la monarchie à la fin 1966 et proclama l’Uprona parti unique. Dès lors, et pendant près de trente ans, le Burundi désormais républicain fut soumis à un régime autoritaire dirigé successivement par trois militaires, tous Tutsi et originaires de la même province (Bururi) : Michel Micombero (1966-1976), Jean-Baptiste Bagaza (1976-1987) et Pierre Buyoya (1987-1993).

Les violences interethniques qui accompagnèrent ces années monopartites atteignirent leur paroxysme en 1972 dans ce que les Burundais appellent le « fléau » (ikiza). À la suite d’une attaque meurtrière lancée en avril de cette année par des combattants hutu contre des Tutsi au Sud du pays, une violente répression menée par l’armée, des jeunesses miliciennes de l’Uprona et des membres de l’administration s’abattit sur les Hutu, provoquant la mort ou l’exil de centaines de milliers d’entre eux [6]. Traumatisés, les Hutu furent alors durablement exclus de la vie politique et économique du pays et leurs perspectives d’ascension sociale – notamment grâce au système scolaire – se réduisirent drastiquement. La situation n’évolua en définitive qu’à la suite de nouveaux massacres à caractère ethnique dans le Nord du pays en 1988 [7], qui imposèrent la recherche d’une solution pluraliste pour sortir le pays du cercle de la violence.

En 1992, une nouvelle Constitution fut adoptée et le président Buyoya réinstaura le multipartisme. Dans la foulée et non sans relents d’excitation ethnique, des élections furent organisées en juin 1993, qui conduisirent à la victoire du Front pour la démocratie au Burundi (Frodebu). Son leader, Melchior Ndadaye, devint le tout premier Président hutu du Burundi élu au suffrage universel direct. Pourtant, alors que 1993 devait marquer le « retour » de la démocratie, l’année s’acheva sur un désastre : le 21 octobre, le président Ndadaye fut assassiné lors d’une tentative de putsch militaire. Le pays plongea dès lors dans la guerre civile [8]. Les années suivantes, alors qu’à Bujumbura les partis politiques se déchiraient dans d’improbables arrangements institutionnels, une demi-douzaine de mouvements de rébellion armée dits « hutu » se formèrent et affrontèrent les Forces armées burundaises (Fab) jusqu’au début des années 2000.

DU MAQUIS AU PARLEMENT, CHRONOLOGIE D’UNE CONVERSION ELECTORALE DE LA GUERRE A LA PAIX

Le 28 août 2000, après des mois de négociations, l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi est signé entre le gouvernement, l’opposition politique et plusieurs groupes armés rebelles. Cet accord instaure le calendrier d’une transition politique, à l’issue de laquelle des élections viendront consacrer le « retour » à la démocratie, une dizaine d’années après sa disparition dans les décombres de la guerre civile. Pour soutenir ce processus, l’Union africaine (Ua) déploie, en juin 2003, une mission au Burundi, remplacée l’année suivante par une force de maintien de la paix des Nations unies [9].

Cependant, l’ensemble du territoire n’est pas pacifié car deux des principales rébellions n’ont pas signé l’accord : l’historique Parti pour la libération du peuple hutu et ses Forces nationales de libération (Palipehutu-Fnl), ainsi que le plus puissant des mouvements armés, le Cndd-Fdd. C’est seulement fin 2003 que ce dernier signera des accords séparés [10], rejoindra le processus transitionnel et se transformera en parti politique, tandis que le Palipehutu-Fnl ne renoncera à la lutte armée qu’en 2008 et sera agréé comme parti en avril 2009 sous le nom de Fnl.

Appréhendées avec autant d’inquiétudes que d’espoir, les élections marquant la fin de la transition en 2005 se sont déroulées dans des conditions inédites. En effet, pour une fois les principaux partis rivaux n’incarnaient pas le « classique » face-à-face ethnique entre Hutu et Tutsi, mais un affrontement direct entre les partis dits « hutu » – démontrant au passage l’inexistence de « blocs » identitaires fondés sur de stricts termes ethniques. Ainsi le Frodebu s’est moins opposé à la domination de l’ancien parti unique Uprona qu’à la puissance montante du Cndd-Fdd, porteur d’une histoire de résistance armée au pouvoir. Ce dernier s’est rendu maître des jeux politiques locaux grâce à une campagne de proximité assidue auprès des Burundais ruraux et a raflé les majorités nécessaires pour faire élire, par les députés et les sénateurs réunis en collège, son candidat à la présidence, Pierre Nkurunziza.

Cinq ans plus tard, en 2010, les échéances électorales devaient mettre aux prises le Cndd-Fdd avec divers partis d’opposition agencés depuis les plus conventionnels, comme l’Uprona et le Frodebu, jusqu’aux plus récents comme l’Union pour la paix et le développement (Upd) et le Mouvement pour la solidarité et le développement (Msd), en passant par le plus menaçant pour le parti au pouvoir, les Fnl. Mais à l’issue du scrutin communal tenu en mai, lorsque le Cndd-Fdd fut crédité de 64 % des voix à l’échelle nationale, les partis d’opposition dénoncèrent des « fraudes massives » et, désormais regroupés pour la plupart au sein d’une Alliance démocratique pour le changement (Adc-Ikibiri), décidèrent de se retirer du processus [11].

Les scrutins législatif et présidentiel de juillet furent ainsi largement boycottés, malgré les appels à la raison lancés par les observateurs nationaux et internationaux ayant validé de leur côté la conformité des résultats communaux [12]. Dans ces conditions, pendant que de violents incidents nourrissaient la peur dans le pays et poussaient des leaders à l’exil, dont trois candidats à la présidentielle (Agathon Rwasa du Fnl, Alexis Sinduhije du Msd et Pascaline Kampanayo de l’Upd) [13], le Cndd-Fdd remporta une écrasante majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat [14]. Le président Nkurunziza, seul candidat, fut quant à lui reconduit avec un score faramineux de 91 % des voix.

Qu’elles soient analysées par les membres du Cndd-Fdd comme la confir¬mation de sa légitimité, considérées au contraire par ses opposants comme un hold-up de l’expression populaire, ou envisagées comme un gâchis par les observateurs, les élections de 2010 ont créé un important blocage politique qui ne répond plus aux logiques de l’ethnicité, du régionalisme ou de l’affiliation rebelle apparues dans les expériences de vote précédentes. Au regard de l’architecture institutionnelle mise en place par la Constitution de mars 2005 issue d’Arusha, qui établit un système de partage du pouvoir dit consociatif [15], le régime Nkurunziza respecte les équilibres. Mais il n’est tenu par aucune règle d’ouverture politique, voire il enracine sa suprématie dans le déni de toute opposition.

UNE DECENNIE AU POUVOIR (2005-2015) : L’EMERGENCE D’UN « SYSTEME DD » ?

Après l’investiture de Nkurunziza en août 2005, le nouveau régime a bénéficié d’un éphémère état de grâce, interrompu dès 2006 quand les critiques et des rapports alarmistes sur la gestion du pouvoir par le Cndd-Fdd ont commencé à fleurir dans la foulée d’un coup monté contre les anciens dirigeants de la transition [16]. C’est à cette époque que l’expression péjorative « système DD » a commencé à être employée dans les cercles de l’opposition pour désigner un régime autocentré et militarisé, pratiquant le clientélisme et la corruption, intimidant ou emprisonnant, voire assassinant ses opposants, et tentant de museler les libertés publiques et les expressions contestataires.

De facto, les autorités du Cndd-Fdd ont montré une forte propension à l’unilatéralisme et à l’arbitraire. Pour autant, l’organisation rebelle devenue parti hégémonique fait-elle vraiment « système » ? Les récents craquements au sein de l’appareil du parti rappellent que des lézardes sont apparues dès sa naissance, tandis que le contrepoids de l’opposition, des médias et de la société civile crée des brèches dans l’ingénierie générale d’un pouvoir tenté par l’absolutisme.

HABITUS MARTIAL ET BRUTALISATION DU CHAMP POLITIQUE

À son arrivée au pouvoir en 2005, la nouvelle élite dirigeante, surtout composée de rebelles hutu ayant passé des années dans la forêt, jouissait d’une faible expérience dans la gestion des affaires publiques. À ce manque de pratique politique et administrative s’ajoutaient des niveaux d’instruction souvent lacunaires en raison de lustres de discrimination scolaire à l’égard des Hutu et d’années de combat, de déplacements ou d’exil. Ces caractéristiques ont eu pour résultat divers phénomènes de « rattrapage », comme la course aux diplômes ou le réajustement des grades et des soldes militaires. Mais elles ont aussi eu pour conséquence une survalorisation de l’expérience combattante dans l’accès aux postes à responsabilité, qui a contribué à la reproduction de logiques de type martial dans la gouvernance ordinaire du pays et structure aujourd’hui encore certains modes d’action du parti.

Ainsi, si dans les premiers mois du régime, des figures du combat «idéo¬logique» du Cndd-Fdd ont pu émerger et incarner l’interface civile du mouvement, assez vite son aile militaire a repris le dessus, signant un raidissement du régime. Les méthodes musclées du tout-puissant président du parti, Hussein Rajabu suscitaient déjà des inquiétudes, y compris dans la majorité [17]. Cependant sa destitution puis sa mise en détention en 2007, peu de temps avant l’exclusion d’autres membres rétifs aux penchants autoritaires du part [18], démontrèrent qu’il n’était pas l’unique démiurge du Cndd-Fdd et rappelèrent qu’à l’origine même du mouvement dans les années 1990, s’était trouvé le choix d’une option militaire face aux arrangements politiques.

Un «groupe de généraux», installés à des postes-clés en 2005, a ainsi manifesté sa préséance dans l’entourage de Nkurunziza dès son élection. Ce « club » d’officiers supérieurs a concentré sur ses activités, avérées ou supposées, la plupart des accusations adressées à l’émergence d’un « système DD » : corruption et malversations, arbitraire et oppression, arrogance et grossièreté, et surtout brutalité, voire torture ou meurtre (Voir Human Rights Watch –Hrw-, « “On s’enfuit quand on les voit” : exactions en toute impunité de la part du Service national de renseignement au Burundi », New York, Hrw, octobre 2006 ; A. Kaburahe et É. Madirisha, « Cinq clefs pour comprendre le “départ” de Guillaume Bunyoni et Adolphe Nshimirimana », Iwacu, 8 décembre 2014).

Parmi ces influents gradés, certains personnifient le « système » aux yeux de ses détracteurs, tels – pour n’en citer que deux – le général-major Bunyoni, à la tête de la Police nationale et du ministère de la Sécurité publique jusqu’en 2011 puis chef du cabinet civil du président, ou le lieutenant-général Nshimirimana, redouté patron du Service national de renseignement (Snr) pendant près de dix ans.

Au-delà des dénonciations qui les concernent et sur lesquelles cet article ne tranchera pas, ce qu’il importe de constater est que la cristallisation des critiques s’opère sur les « généraux » parce qu’ils symbolisent la perpétuation, dans la gouvernance de l’État, d’habitudes et de pratiques expéditives. En fait, le Cndd-Fdd demeure profondément ancré dans la culture combattante qui l’a vu naître et s’épanouir : le parti célèbre une journée annuelle des combattants et organise des manifestations où sont glorifiés les corps armés ; sa ligue des jeunes (les Imbonerakure) défile dans les meetings au pas cadencé des militaires, comme ses démobilisés ; son drapeau emprunte à la symbolique de la puissance, avec un aigle noir barré d’un glaive et d’une feuille de manioc ; il a fait ériger des sculptures représentant hommes en armes voire des armes elles-¬mêmes…

L’influence de l’héritage maquisard sur la gou¬vernance de la société burundaise donne aussi au régime une allure farouche, dans la mesure où sa norme n’est pas le compromis mais la soumission, toute désobéissance ou indocilité étant réprouvée par la coercition. Tout ceci établit donc une empreinte sur les dix années du pouvoir Cndd-Fdd : il n’est pas parvenu à mettre à bas cette logique du « commandement » qui prime sur la démocratisation électorale [19].

Cependant, le label de la brutalisation du champ politique n’est pas propre à ce régime (les précédents ont connu leur lot de férocité) et il ne suffit pas à réduire l’équation du « système DD » dont les variables sont plus nombreuses que celles de la prépotence militaire et du déterminisme maquisard des dirigeants. Le « système » tient aussi parce qu’il a fait fructifier sa popularité et a su développer sa clientèle.

LES AVANTAGES CONJONCTURELS ET STRUCTURELS D’UN PARTI POPULAIRE

Les victoires électorales du Cndd-Fdd de 2005 et 2010, respectées ou contestées, doivent beaucoup au renom du parti dans le monde rural, où vivent près de 90 % des Burundais. Une fois de plus, l’histoire du mouvement éclaire cette dimension particulière du régime, qui se présente volontiers comme « populaire » – avec toutes les acceptions possibles du terme : légitimité du nombre, majorité ethnique, défense des « petits » (ruraux) contre les « gros » (élites urbaines). Durant la guerre en effet, le Cndd-Fdd qui avait étendu son implantation sur une grande partie du territoire, a souvent dû sa survie au soutien moral et matériel des paysans, principalement hutu, qu’il affirmait défendre [20]. Même s’il a pu rencontrer des oppositions, le mouvement a soigné ses rapports avec les communautés locales, et dans les zones qu’il contrôlait, il a mis en place des structures parallèles pour régler les questions de police, d’administration ou de protection sociale [21].

Le lien de proximité avec la population rurale − la plus large base électorale du pays − est donc important et il est resté choyé. Dans le contexte du triomphe de 2005, l’annonce par le président Nkurunziza de mesures phares comme la gratuité des soins de santé pour les femmes enceintes et les enfants en bas-âge, ou de l’enseignement primaire, a été bien reçue par la population pauvre [22]. Suivies ou non d’effets tangibles [23], les intentions du régime dans ce domaine – du populisme selon ses adversaires – ont contribué à sa notoriété.

Pendant leurs deux mandats, les dirigeants Cndd-Fdd n’ont pas ménagé leur peine pour fréquenter la paysannerie et se rendre visibles à ses côtés. Les prières collectives et les matchs de football menés par le président Nkurunziza, qui en est grand amateur, attirent les foules sur les collines. Mais aussi et surtout, les « travaux communautaires », bien que décriés par certains depuis leur instauration en 2006, ont donné l’occasion aux cadres du parti de parcourir régulièrement les collines rurales. Chaque samedi matin les citoyens et les autorités, parfois emmenés par Nkurunziza en personne, participent ainsi côte à côte à des travaux d’intérêt collectif (construction d’écoles, de dispensaires…).

Ces mobilisations où toute hiérarchie semble abolie dans le travail commun font la fierté des militants et des organes de propagande du parti, qui vantent une sorte de doctrine plébéienne du développement. Les colonisateurs, puis Micombero et Bagaza, avaient aussi instauré des travaux de ce type, mais dans le régime Nkurunziza, ceux-ci nourrissent la fidélité d’une population séduite par les « descentes sur terrain » et le labeur des autorités. Faute de cadre légal, le suivi des travaux communautaires s’est un peu émoussé au cours du deuxième mandat.

Cela dit, alors que les périodes réglementaires durant lesquelles les partis peuvent faire campagne sont réduites à deux semaines avant les scrutins, ces activités hebdomadaires constituent un avantage face aux concurrents. Les campagnes du Cndd-Fdd se sont d’ailleurs étendues sur toute la durée des deux mandats de Nkurunziza et le travail de communication auprès des Burundais a été constant [24]. Le parti obsède aujourd’hui l’espace collinaire, où ses drapeaux et les permanences peintes à ses couleurs signent un paysage visuel dans lequel peinent à se signaler d’autres bannières politiques.

Insister sur l’emprise du Cndd-Fdd sur un monde rural présumé hutu ne signifie pas qu’on puisse réduire sa popularité à ces deux seuls principes territorial et identitaire. Indubitablement, il existe dans la société burundaise une désunion historique entre les campagnes et la capitale Bujumbura, qui s’est accentuée avec la guerre, et tout aussi assurément, l’assignation ethnique fonde certaines logiques politiques et sociales au long cours. Il s’agit d’ailleurs d’une lecture de la société à laquelle font écho les médias progouvernementaux car, au fond, ce sont bien les privilèges des élites urbaines tutsi que le parti au pouvoir prétend abattre. Mais les analyses tranchant entre un monde rural hutu votant Cndd-Fdd et un monde urbain tutsi acquis à l’opposition ne rendent pas compte de la fluidité des relations établies entre Burundais et de la complexité des réseaux qu’ils entretiennent.

Ainsi, le parti compte aussi des appuis en ville, et parmi les Tutsi. Il faut dire que, dès son arrivée au pouvoir, il a fait main basse sur la manne que constitue le secteur public en termes d’emplois et de ressources économiques, avec ses administrations centrale et locale et ses entreprises, et qu’il y a vite placé ses alliés [25]. Ceci lui a permis de récompenser ses combattants démobilisés et ses militants, et d’opérer un large transfert du pouvoir vers la majorité hutu jusque-là mise à l’écart. Mais aussi le pouvoir a pris dans son giron un certain nombre de Tutsi, de conversion politique plus ou moins précoce, se couvrant ainsi d’un vernis multiethnique tout en respectant les quotas imposés par la Constitution pour la désignation à certains postes [26].

Loin d’être l’apanage du Cndd-Fdd, le clientélisme et le népotisme ont néanmoins atteint aujourd’hui une ampleur inégalée. Certains secteurs comme celui de l’éducation sont gangrenés par ces pratiques et les entreprises publiques ou parapubliques ont toutes été « fidélisées ». Cette situation participe à la dégradation des services, alimente la corruption et occasionne le gâchis des maigres ressources du pays [27]. Mais dans des perspectives électoralistes, elle est favorable au parti car la capture des opportunités d’emploi contribue à sa pérennité au pouvoir comme à l’abondement de ses caisses [28] .

LA « NYAKURISATION » DE LA VIE POLITIQUE BURUNDAISE

Le Cndd-Fdd ne se contente pas d’exploiter ses avantages conjoncturels et structurels, il entrave aussi l’activité des autres partis politiques. Depuis leur décrochage de 2010, ceux-ci n’ont plus guère de marge d’action institutionnelle et le parti au pouvoir, qui dispose de la majorité des deux tiers nécessaire à l’adoption de nouvelles lois, entend bien gouverner sans autres partages que ceux imposés par la Constitution [29]. À cette privation de participation au débat national s’ajoutent des pressions matérielles, physiques et juridiques qui laminent les activités et l’expression publiques des partis d’opposition. Dès le premier mandat, les leaders et militants de l’opposition ont été malmenés, victimes d’emprisonnements abusifs voire d’exécutions sommaires [30].

Certaines formations ont plus spécialement pâti de cette répression, comme l’Upd, le Msd ou les Fnl [31], mais l’intimidation et l’« intolérance politique » touchent tous les partis. Dans l’espace public, on ne compte plus les irruptions policières pour interdire des rencontres, les dégradations de drapeaux ou les destructions de permanences locales. Quand les forces de l’ordre n’en sont pas directement responsables, elles semblent accorder leur complicité passive aux Imbonerakure, que d’aucuns comparent à une milice [32].

Enfin et surtout, des barrières légales sont dressées contre les forces d’opposition, par ailleurs victimes pour certaines d’une politique dédiée à leur division. Le ministère de l’Intérieur est au cœur de la gestion des partis politiques et si l’on voulait un exemple de l’incorporation d’une élite tutsi au régime et à ses façons, celui-ci serait le plus opérant. Tenu depuis 2009 par un juriste tutsi, Édouard Nduwimana, ce véritable cabinet d’intendance du champ partisan a multiplié les obstacles dressés contre l’opposition en compliquant les démarches administratives et en durcissant les conditions d’agrément des partis et des alliances (loi du 10 septembre 2011), en interdisant des manifestations, des réunions ou des conférences de presse et en mobilisant les forces de l’ordre lorsqu’elles étaient maintenues (loi du 5 décembre 2013). Il a aussi pratiqué l’ingérence dans les affaires intérieures des partis en encourageant les dissidences en leur sein, un procédé désigné par le néologisme « nyakurisation ».

Technique essentielle du « système DD », la nyakurisation des partis consiste à orchestrer leur scission en agréant légalement des ailes dites « véritables » (nyakuri en kirundi), dirigées par des leaders flexibles à l’égard du Cndd-Fdd, contre des sections loyalistes qui deviennent dès lors « non officielles ». Peu de partis ont échappé à cette stratégie, nourrie des ambitions et des intérêts de certains responsables auxquels des postes ont parfois été attribués [33] : il existe ainsi deux Frodebu (Sahwanya et Nyakuri), deux Upd (Zigamibanga et Feruzi), deux Fnl (Rwasa et Icanzo), et depuis peu, deux Uprona (branches dites Nditije et Concilie). Ces manipulations ont ébranlé les formations d’opposition en marginalisant les leaders et les tendances les plus hostiles au pouvoir, dont les réunions sont désormais souvent interdites, et en brouillant la lecture de leurs orientations pour les futurs électeurs et les interlocuteurs internationaux.

Une accalmie est intervenue dans les relations entre le gouvernement et l’opposition en 2013, qui a permis le retour de leaders exilés depuis 2010 puis la reprise d’un dialogue et l’adoption consensuelle d’une « feuille de route » sur la base de laquelle a été élaboré le Code électoral pour 2015. Mais avant même que celui-ci soit approuvé en avril 2014, un nouveau raidissement de la situation était apparu, avec une opposition dénonçant le non-respect du consensus et surtout la multiplication d’« incidents » à conséquences judiciaires sérieuses. Le plus grave eut lieu le 8 mars 2014 dans la capitale, quand une manifestation du Msd refoulée par la maréchaussée a dégénéré en affrontements après la séquestration de deux policiers et les tirs de leurs collègues sur les militants. Sinduhije reprit le jour même le chemin de la clandestinité, et parmi les dizaines de ses partisans arrêtés, certains furent condamnés à des peines de prison à perpétuité [34].

À l’approche des élections de 2015, l’affaiblissement des partis d’opposition par le harcèlement administratif et judiciaire, l’arrestation ou l’exil de leurs membres et leur division est flagrant, et les tentatives de réunification de certaines formations (Frodebu, Upd, Uprona) comme la réalisation d’une véritable union sont loin de produire leurs effets. À côté de l’Adc-Ikibiri, une nouvelle coalition est née début 2015, le Rassemblement national pour le changement (Ranac), mais elle rencontre aussi des déboires pour s’organiser [35]. Dans ces conditions, comme souvent lorsque l’opposition n’est pas en mesure de jouer son rôle de contre-pouvoir, une part de cette fonction est prise en charge par les médias et la société civile, ainsi que, dans une moindre mesure, par la « communauté internationale ». Au Burundi, ces acteurs manifestent une grande vitalité mais sont aussi victimes de la brusquerie du régime.

ENTRE DERIVE AUTORITAIRE ET RESISTANCES CITOYENNES

La formation au Burundi d’une sphère médiatique et associative de participation à la vie publique date des années 1990 [36]. Tout au long de la guerre, pendant la transition et depuis, les associations spécialisées ont jeté un regard critique sur l’action des autorités, et les médias – en particulier les radios – ont donné la parole durant le conflit à tous ses protagonistes, rebelles y compris. Pourtant, dès son arrivée au pouvoir, le Cndd-Fdd a fait montre d’une grande méfiance à l’égard de ces acteurs perçus comme trop citadins, trop élitaires et trop tutsi [37], et ses moyens pour faire baisser le seuil des critiques ont été du même acabit que ceux employés pour réduire l’opposition partisane.

L’un d’entre eux a consisté à contrebalancer les mobilisations et les outils de communication de la société civile « traditionnelle » en constituant une sorte de société civile bis et des équipes d’information progouvernementales. Sans qu’il s’agisse d’une nyakurisation au sens usuel, on reconnaît ici le jeu analogue d’une mise en miroir. Conscient de l’impact de la communication, le parti a ainsi créé ses propres médias, comme le journal Intumwa (2005-2008), relayé ensuite par la radio Rema Fm. Pilotés par Willy Nyamitwe, aujourd’hui Conseiller spécial du président chargé de la communication, ces deux outils médiatiques ont été mis au service d’une propagande pugnace destinée à « rééquilibrer » le poids des opinions publiques. De même, le pouvoir a soutenu la naissance d’une société civile « alternative » prompte à le soutenir et à faire chœur avec lui pour dénoncer grèves et protestations publiques.

L’émergence de ces acteurs progouvernementaux ne suffisant pas à faire taire les contradicteurs, l’intimidation et la coercition restent de mise pour contrer les protestataires. Sans compter des assassinats sur lesquels la justice n’a jamais fait lumière, comme en 2009 celui du vice-président de l’Observatoire de la lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome), Ernest Manirumva, qui enquêtait sur une affaire de trafic d’armes dans l’armée [38], des emprisonnements abusifs de journalistes ou d’activistes des droits humains ont aussi ponctué les années passées.

On ne citera ici que deux cas emblématiques de ces pratiques. Celui de Pierre-Claver Mbonimpa d’abord, président de la très active Association burundaise pour la protection des droits humains et des personnes détenues (Aprodh), qui a été emprisonné entre mai et septembre 2014 après avoir dénoncé des formations paramilitaires de jeunes Burundais – peut-être des Imbonerakure – dans l’Est du Congo. Puis au début 2015, celui de Bob Rugurika, journaliste et directeur du plus écouté des médias burundais, la Radio publique africaine (Rpa), qui a été incarcéré pendant un mois après avoir diffusé sur ses ondes l’interview d’un homme mettant en cause le Snr dans l’assassinat de trois religieuses italiennes à Bujumbura en septembre 2014.

Au grand dam du pouvoir, chacune de ces affaires a soulevé des concerts de protestation nationaux et internationaux et donné naissance à des campagnes de mobilisation (« Justice pour Ernest Manirumva », « vendredis verts » ou « mardis verts » pour Mbonimpa et Rugurika – le vert étant la couleur de la tenue des détenus), qui témoignent d’une capacité de mobilisation de la société civile de plus en plus consistante. Des citoyens s’aventurent aussi maintenant à braver les interdictions pour afficher leur position. Ainsi, le 19 février 2015, une spectaculaire manifestation de liesse s’est emparée de plusieurs milliers de Burundais qui ont acclamé à Bujumbura, pendant des heures, la libération de Rugurika. Si la police n’a opportunément pas fait usage de la force dans ce moment « historique », les contre-manifestations organisées depuis par les autorités leur ont donné l’occasion de dénoncer l’ensemble des acteurs hostiles au pouvoir comme des fauteurs de trouble [39].

Davantage qu’autrefois, la société burundaise parvient à contrer les dérives du pouvoir, en le poussant parfois à faire marche arrière. À titre d’exemple, parmi les dernières lois votées, celle sur la presse, promulguée le 4 juin 2013, a été très contestée pour ses atteintes à la liberté d’informer et au secret des sources. La levée de bouclier des professionnels des médias a finalement abouti à l’invalidation de certains de ses articles par la Cour constitutionnelle et à la suppression de certains autres par l’Assemblée nationale lors de sa révision en mars 2015. Cela dit, la restriction de l’espace public et des libertés civiles est évidente et des instruments juridiques potentiellement coercitifs existent bel et bien aujourd’hui. La loi de 2013 concernant les manifestations et les réunions publiques limite par exemple les droits et libertés de leurs organisateurs, qui peuvent être tenus responsables des infractions commises en ces occasions, au civil et au pénal.

La communauté internationale, de plus en plus critique, fait elle aussi face à une grande animosité de la part du pouvoir qui la considère de connivence avec la société civile et les médias contestataires. Au gré d’une gouvernance diplomatique calamiteuse qui ne l’a néanmoins pas privé, pour le moment, des aides cruciales des bailleurs de fonds extérieurs (plus de la moitié du budget national en 2014), le régime a, depuis 2006, déclaré personæ non gratæ plusieurs fonctionnaires internationaux. Les Nations unies, dont l’ampleur des missions a été progressivement réduite, ont aussi fini par être contraintes de fermer le Bnub à la fin 2014, et leur présence n’est désormais plus assurée que par une Mission d’observation électorale des Nations unies au Burundi (Menub), à la taille et au mandat restreints.

Si le gouvernement a justifié cette évolution par la volonté de ne plus être perçu comme un pays « post¬conflit », sa position semble davantage avoir été motivée par l’intention d’écarter un « témoin gênant [40] ». Les rapports du Bnub pointaient en effet régulièrement des problèmes (violation des droits humains, distribution d’armes…), systéma- tiquement contredits par le gouvernement.

LE TROISIEME MANDAT DU PRESIDENT AU CŒUR DES CONTROVERSES PREELECTORALES

Les moments préélectoraux sont toujours sources de fortes tensions au Burundi et celui qui s’ouvre aujourd’hui ne fait pas exception, en raison notamment des débats soulevés par l’éventualité d’un troisième mandat du Président actuel. Les opposants à cette nouvelle candidature de Nkurunziza sont unanimes : celle-ci violerait l’accord d’Arusha qui stipule, entre autres, que « nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels » (art. 7.3). Mais dans un contexte marqué par une forte personnalisation du pouvoir, le changement est loin d’être acquis et Nkurunziza laisse planer le doute quant à sa candidature en juin 2015. Ce nœud de crispations attaché à des interprétations divergentes des instruments juridiques en place nourrit un intense débat au sein de la société burundaise qui illustre le divorce entre le Cndd-Fdd d’un côté, et l’opposition, des associations de la société civile et des représentants de la communauté internationale de l’autre. Au sein même du parti au pouvoir, la volonté d’imposer une nouvelle candidature du Président donne lieu à de fortes secousses.

LA DISPUTE JURIDIQUE
La controverse juridique, sous¬-jacente dès 2011, a éclaté lorsqu’à la fin 2013 le président du Cndd-Fdd, Pascal Nyabenda, a déclaré que le président Nkurunziza n’avait en réalité effectué qu’un seul mandat, puisqu’il n’avait été élu qu’une fois par la population, en 2010 [41]. En 2005 en effet, à titre exceptionnel, le président avait été désigné au suffrage indirect par les membres du Parlement. Aussi le changement de mode de scrutin entre 2005 et 2010 devrait entraîner, selon le parti au pouvoir, un comptage différent du nombre de mandats « homologués ». En fait, cette lecture, qui écarte l’Accord d’Arusha au profit du texte de la Constitution, retient en priorité l’article 96 de cette dernière qui indique que « le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois ».

C’est donc avant tout sur le plan de l’interprétation juridique que s’est posée la question de l’(in)éligibilité de Nkurunziza [42], non sans qu’elle soulève aussi des inquiétudes concernant la disparition de « l’esprit d’Arusha » [43] . Ces appréhensions ont ensuite plus concrètement pris corps lorsque le gouvernement a voulu faire passer un projet de révision constitutionnelle. En principe, il s’agissait d’adapter le texte fondamental de la République à la situation post-transitionnelle de 2015, mais selon l’opposition, la démarche visait ni plus ni moins à légaliser un nouveau mandat pour Nkurunziza.

A priori, dans la position hégémonique que le Cndd-Fdd tient depuis 2010 à l’Assemblée nationale, la validation d’un tel texte aurait dû être aisée. Toutefois pour tout changement constitutionnel un quorum de quatre cin- quième des votes des députés est requis, et quatre voix manquaient au parti présidentiel pour l’atteindre. Pour les mobiliser, les dirigeants ont alors usé de divers moyens, allant des promesses de postes aux pressions sur les partis. Le plus touché a été l’Uprona dont la nyakurisation date de cette époque. Tentant de jouer certains leaders (le député Niyoyankana) contre d’autres (les députés Busokoza et Nditije, l’un premier vice-président de la République et l’autre président de l’Uprona), le pouvoir est parvenu à affaiblir durablement le vieux parti et à placer dans les quelques ministères lui revenant des opposants plus soumis [44]. Toutefois il n’a pas gagné la bataille du vote parlementaire, puisqu’à une voix près (celle, précisément, du député Niyoyankana qu’il pensait avoir retourné), le projet d’amendement de la Constitution a finalement été rejeté le 21 mars 2014.

L’échec de la réforme constitutionnelle n’a pas, loin s’en faut, mis un terme au débat sur le troisième mandat. Acculés au respect des formes légales, le président et ses partisans n’ont pas pu recourir au référendum, mais ils continuent d’invoquer la possible saisine du Conseil constitutionnel qui trancherait, en temps voulu, sur l’épineuse question de son éligibilité [45]. Les « communicants » du pouvoir, comme Nyamitwe, le président du Cndd-Fdd Nyabenda, ou son porte-parole Onésime Nduwimana, tenaient en tout cas cette ligne jusqu’à février 2015.

Dans ses déclarations, le président Nkurunziza s’abrite quant à lui derrière la décision que prendra le prochain congrès du parti dont la convocation ne cesse d’être reportée, mais qui devrait se réunir d’ici mai pour tenir compte du délai légal de dépôt des candidatures. En attendant, ces tergiversations ont littéralement poissé l’atmosphère politique. Elles ont aussi fait le lit de deux phénomènes concomitants et liés en ce début d’année 2015 : la montée de l’hostilité publique à l’encontre du troisième mandat et le développement frappant des contradictions internes au Cndd-Fdd sur ce sujet.

ENVERS ET CONTRE TOUS

Les partis d’opposition et des organisations de la société civile ont commencé très tôt à dénoncer les velléités de prolongation du « règne » de Nkurunziza et les risques pour la paix qui en résultaient. Mais ces derniers mois, le concert des protestations n’a cessé d’enfler à force d’initiatives citoyennes et de recommandations diplomatiques au Président pour qu’il évite un scénario à la burkinabè ou s’inspire de renoncements salutaires d’autres chefs d’État. Dans le pays, une campagne « Halte au troisième mandat » a été lancée début 2015 à l’initiative de plus de 300 associations qui ont adjuré le chef de l’État de « rompre son silence » et d’annoncer son désistement. Plus récemment, l’Église catholique dont les messages sont très écoutés par la majorité chrétienne du pays est sortie de sa réserve, ses huit évêques rejetant sans ambiguïté l’idée du nouveau mandat.

Auparavant, un archevêque respecté avait estimé qu’un passage en force reviendrait à réduire en esclavage les citoyens – inaugurant le succès sur les réseaux sociaux du hashtag #sindumuja (« je ne suis pas esclave »). Les partenaires extérieurs du Burundi, au départ assez timorés, ne sont pas en reste. Tour à tour, des chancelleries occidentales et des dirigeants africains ont lancé des mises en garde et exprimé leurs craintes si la situation restait bloquée et der- nièrement, le Conseil de l’Union européenne, les États-Unis par la voix de leur ambassadrice auprès des Nations unies, Samantha Power, ou encore le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki Moon, ont été plus offensifs encore [46].

Enfin, et le constat n’est pas négligeable, même dans le camp du Cndd-Fdd la candidature de Nkurunziza ne fait pas, ou plus, l’unanimité. Pour avoir exprimé son hostilité à celle-ci en janvier 2015, l’ancien sénateur Richard Nimbesha a été le premier radié du parti ; quelques semaines plus tard, des réunions internes ont montré des divergences houleuses et le Conseil des sages, organe suprême du Cndd-Fdd, s’est à son tour prononcé contre le renouvellement de Nkurunziza ; récemment enfin, le porte¬parole du parti, Nduwimana, jusqu’alors ardent défenseur de la reconduction, a estimé que d’autres candidats pouvaient être pressentis, puis il a cosigné avec de hauts cadres du Cndd-Fdd une lettre au Président lui enjoignant de ne pas se représenter, avant d’être exclu du parti, comme des dizaines d’autres « frondeurs » avec lui [47].

Derrière les dissensions qui secouent ses représentants, le plus sérieux dans la discorde interne au Cndd-Fdd est sans doute ce qui se passe du côté des membres des forces armées liées au régime. En février 2015, le général-major Godefroid Niyombare, un des piliers de la rébellion, lui aussi longtemps considéré comme un faucon du régime, a été démis de sa fonction d’administrateur général du Snr après la « fuite » d’une note de son cabinet dissuadant le président de briguer un nouveau mandat [48].

Éloigné du cœur du pouvoir au début 2014 par sa nomination comme ambassadeur au Kenya, Niyombare représente et unit une frange non négligeable de membres du Cndd-Fdd et de l’armée, dont il fut chef d’état-major général de 2009 à 2012. Sa prise de fonction comme patron du Snr puis son rapide limogeage après cette « fuite », forcément arrangée, attestent que la vision réifiée d’un « club des généraux » tout¬ puissant et parfaitement coordonné est insuffisante si l’on veut mesurer le degré d’emprise du régime sur l’appareil sécuritaire et de celui-ci sur l’État.

Un événement récent vient le confirmer : la spectaculaire évasion, le 2 mars 2015, de l’ancien homme fort du parti, Rajabu. Cet épisode est édifiant à l’heure des péroraisons sur le troisième mandat – auquel le fugitif a d’ailleurs déclaré s’opposer [49] –, mais elle est moins instructive que son interprétation sécuritaire si l’on pointe que des policiers ont participé de l’intérieur à la fugue, et que les forces de l’ordre à l’extérieur paraissent avoir été suspicieusement passives… On disait les réseaux d’influence de Rajabu intacts ou résistants malgré la déchéance carcérale ; leur consistance est désormais patente et leur emploi futur peut prêter à toutes les conjectures.

Alors que la préparation des élections va bon train, avec un enrôlement terminé, un décret de convocation des électeurs signé et des partis qui, tour à tour, annoncent le nom de leur candidat présidentiel, les intentions de Nkurunziza et les derniers ricochets de la situation politique inquiètent. Les commentaires sont divers pour expliquer l’entêtement du président et de ses proches à convoiter un troisième mandat, à commencer par l’immunité que procure le pouvoir et dont ils pourraient user pour ne pas répondre de leurs actes passés, en contrôlant notamment la Commission vérité et réconciliation nommée fin 2014.

Le dilettantisme d’un pouvoir s’inquiétant plus de sa perpétuation que de la vie quotidienne et de l’état d’esprit de sa population est aussi invoqué, ainsi que toutes sortes de projets secrets qui viseraient à l’élimination des opposants – voire des Tutsi dans certains cas, comme dans une reprise de funestes scénarios antérieurs. L’expectative nourrit la dramatisation du climat préélectoral, déjà très orageux en raison du spectre des expériences démocratiques tourmentées du passé et des pratiques brusques du Cndd-Fdd.

Ps : À l’heure où s’achève la rédaction de cet article (13 avril 2015), et même si la radicalisation du champ politique empèse les pronostics, on peut considérer que tous les horizons d’avenir restent encore ouverts pour le Burundi. Des verrous ont certes été posés par le régime sur la porte de l’alternance démocratique, avec une égalité des chances pour les partis et une liberté de choix pour les électeurs qui ne sont pas garantis, mais la société qui votera à partir de mai prochain est peut-être moins subjuguée par le pouvoir et son autorité qu’autrefois. Les surprises que réserve l’histoire sont parfois déroutantes ; il reste à souhaiter pour les Burundais que celles de 2015 demeurent inscrites dans la paix.

NOTES

1] L’élection des députés et des conseillers communaux est prévue le 26 mai, la présidentielle le 26 juin (second tour éventuel le 27 juillet), les sénatoriales le 17 juillet, et les conseillers de collines et de quartiers seront élus le 2 août 2015

2] B. Chemouni, « The 2015 Elections in Burundi : Towards Authoritarianism or Democratic Consolidation ? », democracyinafrica.org, 3 février 2014

3] Cet article s’appuie sur de nombreux entretiens menés au Burundi auprès de fonctionnaires, d’élus, de cadres et militants des partis, de militaires, de journalistes, de représentants d’ONG nationales et internationales et de diplomates. Il a bénéficié de lectures amies dont celles de V. Foucher et P. Diaz que nous remercions ici.

4] On a coutume d’établir à 84 % et 15 % les proportions de Hutu et de Tutsi dans la population burundaise, auxquels on ajoute 1 % de Twa (les « Pygmées »). L’absence de statistiques ethniques officielles depuis l’indépendance et les modalités de calcul de celles établies à l’époque coloniale rendent toutefois ces données douteuses.

5] J.-P. Chrétien, « Les années 1960 et 1970. Des luttes de factions à l’obsession du massacre », in J.-P. Chrétien, Burundi, l’histoire retrouvée. 25 ans de métier d’historien en Afrique, Paris, Karthala, 1993, p. 452.

6] J-P. Chrétien et J.-F. Dupaquier, Burundi 1972, au bord des génocides, Paris, Karthala, 2007.

7] J.-P. Chrétien, A. Guichaoua et G. Le Jeune,8 La Crise d’août 1988 au Burundi, Paris, Afera/Karthala, coll. « Cahiers du CRA », n° 6, 1989.[[

8] A. Guichaoua (dir.), Les Crises politiques au Burundi et au Rwanda (1993-1994), Lille/Paris, USTL/ Karthala, 1995.

9] L’Opération des Nations unies au Burundi (Onub) avait pour mandat d’accompagner les efforts du pays dans l’établissement d’une paix durable. En 2007, elle a été remplacée par le Bureau intégré des Nations unies au Burundi (Binub), puis en 2011 par le Bureau des Nations unies au Burundi (Bnub).

10] Les protocoles signés les 8 octobre et 2 novembre 2003 à Pretoria en Afrique du Sud ont défini les termes d’un partage du pouvoir politique et sécuritaire, avec notamment l’Accord technique des forces, à la base de la réforme des corps armés à partir de 2004. Un accord global de cessez- le-feu a ensuite été signé le 16 novembre à Dar-es-Salaam (Tanzanie)

11] L’ADC-Ikibiri est composée d’une douzaine de partis dont les FNL, le Frodebu, l’UPD, le Msd et le CNDD-Nyangoma (la branche originelle du Cndd-Fdd). L’Uprona ne s’est pas associée à l’ADC et a participé aux scrutins législatifs

12] Coalition de la société civile pour le monitoring électoral (Cosome), Rapport d’observation des élections communales du 24 mai 2010, Bujumbura, Cosome, juin 2010 ; Mission d’observation électorale-Union européenne, Burundi, rapport final. Élections communales, présidentielle, législatives, sénatoriales et collinaires 2010, Bruxelles, MOE-UE, septembre 2010.

13] International Crisis Group (ICG), Burundi : du boycott électoral à l’impasse politique, Rapport Afrique n° 169, Nairobi/Bruxelles, 7 février 2011.

14] À l’Assemblée nationale, les 81 députés du Cndd-Fdd siègent aux côtés de 17 élus de l’Uprona, 5 du Frodebu-Nyakuri et trois représentants des Twa cooptés. Au Sénat, les 32 élus du Cndd-Fdd siègent avec deux élus de l’Uprona, quatre anciens chefs d’État membres de plein droit (Bagaza, Buyoya, Ntibantunganya et Ndayizeye) et trois Twa cooptés.

15] S. Vandeginste, « Théorie consociative et partage du pouvoir au Burundi », L’Afrique des Grands lacs. Annuaire 2005-2006, Paris, L’Harmattan, 2006, p. 173-207.

16] Accusés de tentative de coup d’État, l’ancien président Ndayizeye (2003-2005), son vice-président Kadege et d’autres ont été incarcérés durant plusieurs semaines en 2006-2007 avant qu’il n’apparaisse que leur inculpation était un montage.

17] Alice Nzomukunda, figure historique du Cndd-Fdd et Vice-présidente de la République depuis 2005, a démissionné en 2006 pour protester contre divers scandales politiques et financiers. Elle reprochait aussi à Rajabu d’avoir joué un rôle dans le coup monté contre les anciennes autorités de transition.

18] iLe Cndd-Fdd a connu une véritable purge en 2007, avec l’éviction de Rajabu puis sa condam- nation à treize ans de détention pour complot contre la sûreté de l’État, et la mise à l’index de cadres et députés dissidents. Voir C. Deslaurier, « “Et booooum !” Provocations médiatiques et commotions politiques au Burundi », Politique africaine, n° 107, 2007, p. 167-187.

19] A. Mbembe, De la Postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine, Paris, Karthala, coll. « Les Afriques », 2000..

20] W. Nindorera, Le Cndd-Fdd au Burundi : le cheminement de la lutte armée au combat politique, Berlin, Berghof Foundation, coll. « Berghof Transitions Series », n° 10, 2012, p. 19.

21] Ibid.

22] Le Burundi est l’un des pays les plus pauvres du monde. En 2014, son indice de développement humain (IDH) le classait à la 180e place sur 187 (voir la fiche pays sur hdr.undp.org).

23] Le manque de personnel, d’infrastructures et de moyens a passablement oblitéré l’efficacité de ces mesures. Voir le Rapport sur les objectifs du millénaire pour le développement en 2012, Système des Nations unies au Burundi et Gouvernement du Burundi, août 2013, ou, sur l’éducation pour tous (EPT), C. Nzohabonayo et C. Bajinyura, Rapport national de l’EPT 2015, Bujumbura, ministère de l’Enseignement de base et secondaire, décembre 2014.

24] E. Palmans, « Burundi’s 2010 Elections : Democracy and Peace at Risk ? », Bruxelles, European Center for Electoral Support, 2010, p. 9.

25] ICG, Burundi : la crise de corruption, Rapport Afrique n° 185, Bujumbura/Nairobi/Bruxelles, 21 mars 2012.

26] Ibid.

27] Ministère de la Bonne Gouvernance, de la Privatisation, de l’Inspection générale de l’État et de l’Administration locale, « Étude diagnostique sur la gouvernance et la corruption au Burundi », Bujumbura, mai 2008. Voir aussi différents rapports sur la corruption sur www.olucome.bi

28] B. De Helbig, B. Ingelaere et S. Vandeginste, « Pratiques de vote et pensées politiques des électeurs durant les élections de 2010 au Burundi », IOB Discussion Paper, n° 5, Institute of Development Policy and Management, Université d’Anvers, 2011, p. 33. Il est à noter qu’en échange des postes offerts, le parti exigerait, selon les témoignages, au minimum 10 % du salaire perçu.

29] C’est dans ce cadre que plusieurs lois controversées ont été votées entre 2011 et 2014, sur les partis politiques, la presse, les manifestations et réunions publiques, la Commission vérité et réconciliation ou encore la Commission nationale des terres et autres biens.

30] Le Bnub a recensé 61 exécutions extrajudiciaires en 2011, la majorité de nature politique. Sans disparaître, leur nombre a diminué les années suivantes, mais 47 cas ont à nouveau été dénoncés début 2015 (www.un.org/fr/sc/documents/sgreports).

31] En 2007, les membres de l’UPD restés fidèles à Rajabu ont été arrêtés ou ont dû fuir à l’étranger ; de son côté, le président du Msd, Sinduhije, a été incarcéré et s’est exilé à plusieurs reprises depuis 2008 et des dizaines de ses membres ont été emprisonnés ou tués ; enfin, des centaines de militants des FNL ont aussi subi ce sort et la sécurité de leur leader, Rwasa, reste fragile depuis son retour au pays en 2013.

32] ICG, Burundi : bye-bye, Arusha, Rapport Afrique n° 192, Bujumbura/Nairobi/Bruxelles, 25 octobre 2012, p. 6.

33] S. Vandeginste, « Power-Sharing as a Fragile Safety Valve in Times of Electoral Turmoil : the Costs and Benefits of Burundi’s Elections », The Journal of Modern African Studies, vol. 49, n° 2, 2011, p. 328.

34] En 2014 toujours, des poursuites diverses ont aussi été engagées contre deux leaders du Frodebu, Frédéric Banvumgiyumvira et Léonce Ngendakumana. Rwasa (FNL) a de son côté été menacé d’être rattrapé par la justice en raison de sa participation présumée au massacre dans le camp de réfugiés de Gatumba en août 2004.

35] Le Ranac comprend moins d’une dizaine de partis, dont les FNL-Rwasa et l’Uprona-Nditije.

36] M.-S. Frère, Élections et médias en Afrique centrale. Voie des urnes, voix de la paix ?, Paris, Karthala, 2009.

37] ICG, Burundi : du boycott électoral…, rapport cité, 2011, p. 8.

38] Observatoire pour la protection des défenseurs de droits de l’homme (OBS), L’assassinat d’Ernest Manirumva, défenseur des droits de l’homme. Deux ans après, un déni de justice. Rapport de mission, Paris/ Bruxelles, OBS/Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), avril 2011.

39] Voir par exemple R. Ndabashinze et P. Ngendakumana, « Bujumbura : petite grande marche manifestation “pour la paix” », Iwacu, 1er mars 2015.

40] É. Madirisha, « Le Bnub, fin de mandat ou témoin gênant ? », Iwacu, 18 novembre 2013.

41] Onu, Rapport du Secrétaire général sur le Bureau des Nations unies au Burundi, New York, Conseil de sécurité, 20 janvier 2014, p. 3.

42] S. Vandeginste, L’Éligibilité du président de la République du Burundi aux élections présidentielles de 2015, IOB Discussion Paper, n° 3, Institute of Development Policy and Management, Université d’Anvers, 2012.

43] On rappellera ici que le Cndd-Fdd n’a pas signé l’accord d’Arusha et qu’il ne s’y considère pas particulièrement lié, même si l’Accord global de cessez-le-feu qu’il a négocié en 2003 à Dar-es-Salaam est censé en faire partie intégrante.

44] Trois ministres de l’Uprona ont quitté le gouvernement en février 2014 pour protester contre la crise provoquée dans leur parti, remplacés par trois upronistes « nyakuri ».

45] Les adversaires du troisième mandat estiment, quant à eux, que la Cour constitutionnelle est aux ordres, tout comme l’ensemble de la magistrature.

46] Conseil de l’Union européenne, Conclusions sur la situation politique au Burundi dans le contexte pré-électoral : communiqué de presse 123/15, Affaires étrangères et relations internationales, Bruxelles, 16 mars 2015. La déclaration de Samantha Power a été diffusée sur une télévision privée le 13 mars 2015 (www.telerenaissance.bi), et le coup de téléphone de Ban Ki Moon au président Nkurunziza largement relayé par les médias.

47] É. Madirisha, « Le conseil des sages dit non à un autre mandat de Pierre Nkurunziza », et A. Kaburahe, « Cndd-Fdd : l’heure des purges a sonné », Iwacu, 16 et 25 mars 2015.

48] SNR, « Note de renseignement : l’éventuelle candidature du président Nkurunziza au troisième mandat est-elle constitutionnelle ? Positions des différents partenaires et orientations du SNR », Bujumbura, 13 février 2015.

49] Rajabu s’est exprimé dans des entretiens téléphoniques qu’il a eus après son évasion avec plusieurs médias étrangers, dont Radio France internationale : voir P. Nkurunziza, « Burundi : après sa spectaculaire évasion, Rajabu sort de son silence », 10 mars 2015, www.rfi.fr/afrique/20150310-burundi-evasion-hussein-radjabu-sort-silence-prison-nkurunziza