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Le FPI est actuellement en Séminaire pour actualiser son Programme de Gouvernement en vue des prochaines élections. Pendant ce temps, les frondeurs viennent de tenir leur fameux Congrès à Mama, dans le village de Laurent Gbagbo. Ils déclarent avoir élu le fondateur du FPI à 99, 64% à la tête du parti et jubilent, pensant avoir par cet autre acte d’indiscipline et d’incivisme notoires remporté une grande victoire alors qu’ils ont perdu la bataille de la légalité et de la légitimité depuis bien longtemps. Contre qui pensent-ils donc avoir remporté une victoire pour se réjouir ainsi?

frondeurs2Contre le président Pascal Affi N’Guessan? Non, car loin de se laisser perturber par cette vaine propagande dont les auteurs pourraient être très bientôt sanctionnés par les instances du parti qui statueront en temps opportun sur ce grave cas de défiance et d’insubordination, le président du FPI est désormais au travail sur le terrain, pour porter aux populations traumatisées le message d’une nouvelle espérance dans cette Côte D’Ivoire profondément meurtrie et déchirée. Contre le régime Ouattara donc? Je dis encore Non, car ce régime vient de reconnaître Affi comme le seul président et interlocuteur au FPI et sait que la Justice les attend de pied ferme à Abidjan pour invalider tous les actes de cette parodie de Congrès, comme serait inévitablement invalidée très bientôt une éventuelle candidature de Laurent Gbagbo que les frondeurs oseraient déposer à son nom pour l’élection présidentielle d’octobre.

Si ce n’est donc ni contre Affi, ni contre le régime Ouattara, les frondeurs seraient-ils alors tentés d’interpréter la tenue de leur Congrès clandestin à Mama comme une victoire contre la France? Rappelons-nous que refusant d’avoir à présenter Affi comme candidat du FPI à l’élection présidentielle 2015 et voulant utiliser le nom de Laurent Gbagbo pour s’emparer aujourd’hui du parti, rêvant peut-être aussi d’en faire de même demain pour le pouvoir d’état, ils avaient clairement rejeté toute idée de participation à une élection qui se ferait sans sa libération et donc très probablement sans sa participation. Ils ont ainsi durement accusé le président François Hollande d’avoir voulu dicter une ligne de conduite au FPI lors de son entretien avec Affi à Abidjan le jeudi 17 juillet 2014.Mais à quelques mois des élections aussi cruciales que celles qui s’annoncent, que gagneraient les frondeurs à chercher actuellement des palabres partout, même hors de nos frontières et surtout dans cette puissante Communauté internationale qui tient Laurent Gbagbo en otage?

En quoi être plébiscité à 99,64% dans un petit village de brousse comme Mama peut-il aider Laurent Gbagbo à sortir de cette prison blindée située à des milliers de kilomètres en Hollande, contribuer à la construction de la démocratie en Côte D’Ivoire et à la réconciliation nationale? Or ce sont là les véritables enjeux des élections présidentielles d’octobre. Il reste clair et absolument indéniable que c’est un FPI au pouvoir qui peut s’activer et obtenir la libération de Laurent Gbagbo. Les frondeurs ne souhaiteraient-ils pas que ce soit Affi qui libère Gbagbo une fois élu? Peut-être que oui, peut-être que non. Mais toujours est-il que pour conquérir le pouvoir d’état et libérer Laurent Gbagbo, le FPI ne doit actuellement pas commettre l’erreur de bouder la France et de lui tourner le dos. Car si la France a été le principal problème hier, elle peut aujourd’hui devenir la solution.

Parmi tous les animaux qui vivent et cohabitent dans la forêt, la mangouste est celui qui très souvent intrigue et surprend. Ce curieux petit animal mange toujours sa propre queue quand il se fâche. Et lorsque les moustiques et les guêpes l’assaillissent au sortir de son terrier, il se retrouve ainsi totalement vulnérable, désarmé et désemparé. Il semble bien en être de même des adversaires du président Affi au FPI qui s’insurgent et ruminent leur colère contre François Hollande pour avoir déclaré à Abidjan que le FPI devrait aller aux élections prochaines afin d’éviter de disparaître comme parti.

frondeursComment donc expliquer aux frondeurs qu’ils font aujourd’hui preuve d’une grande cécité politique? En réalité où irait et que deviendrait un FPI replié sur lui-même pendant que la terre continue de tourner et que l’histoire des peuples et des nations continue de s’écrire? L’émotion, la suffisance et l’absence de lucidité sont toujours de très mauvaises conseillères en politique, quand l’on se croit incontournable et que l’on pense que le soleil cessera de briller si l’on refuse de cautionner telle ou telle initiative. Les gens pensent que c’est en sortant leurs griffes et en bombant leur poitrine qu’ils vont obliger la CPI à libérer Laurent Gbagbo. Les frondeurs auraient dû analyser sereinement la déclaration de François Hollande, au lieu de se déchaîner ainsi contre lui, car le président français avait bien précisé son idée en parlant d’élections dont les conditions démocratiques de transparence et d’équité sont réunies.

De quels moyens disposons-nous réellement aujourd’hui pour obliger Alassane Ouattara à accepter le jeu démocratique au cours du prochain scrutin présidentiel? Seules la France et la Communauté internationale peuvent exercer des pressions efficaces sur le dictateur d’Abidjan et l’emmener à respecter les règles de la démocratie. Souvenons-nous de ce qui s’était passé en 2010 pendant les opérations de vote dans les différents départements du nord. Un climat de terreur avait été instauré par les rebelles et les dozos, des fraudes massives avaient eu lieu avec des votes multiples et irréguliers, des viols collectifs et des crimes horribles avaient été commis. Tout ceci avait permis au candidat du RDR de s’octroyer frauduleusement un total de plus de 630.000 voix et surtout de s’en prévaloir pour s’imposer finalement par les armes avec le concours de la France et de la Communauté internationale.

Ce sont ainsi ceux qui ont armé les rebelles d’Alassane Ouattara qui pourront les désarmer et nous permettre d’avoir des élections véritablement démocratiques et apaisées, si nous savons leur parler et leur expliquer les choses. Ce sont également ceux qui ont enfermé Laurent Gbagbo à la Haye qui détiennent la clé de la prison et peuvent lui ouvrir la porte de sortie. Seuls la modération, la négociation, l’humilité, le réalisme et le pragmatisme doivent donc être nos armes pour chasser Alassane Ouattara du pouvoir et libérer Laurent Gbagbo.

Océane Yacé, Politologue, Monte-Carlo, Monaco