Les grandes manœuvres du régime Ouattara

Simone_Gbagbo

 Le Figaro, Lundi 13 octobre 2014 | Le régime ivoirien veut coûte que coûte juger Simone Gbagbo à Abidjan. Vendredi, les autorités judiciaires ivoiriennes qui se sont pourtant empressé de transférer Laurent Gbagbo et Blé Goudé à la CPI, craignent l’actuelle prisonnière d’Odienné.

Alassane Ouattara et ses technocrates de la justice s’accrochent à l’ex-première dame Simone Gbagbo. Le gouvernement use désormais de tous les moyens pour garder Simone Gbagbo, que tout semblait jusque-là prédestinée à un transfèrement à la Cour pénale internationale. Vendredi dernier, le gouvernement ivoirien a confirmé sa compétence à juger Simone Gbagbo en détention à Odienné depuis 2011. Dans les faits, le vendredi 10 octobre dernier, l’Etat ivoirien a déposé auprès des juges de la chambre Préliminaire I, de la Cour pénale internationale (Cpi) de nouveaux éléments prouvant sa capacité à juger Simone Gbagbo en Côte d’Ivoire. Un rétropédalage donc. Puisque Simone Ehivet Gbagbo est poursuivie pour les mêmes chefs d’accusation de crimes contre l’humanité que son époux et l’ex-ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé : « Meurtres, viols et violences sexuelles, actes de persécution et d’autres actes inhumains ». Et l’on se souvient encore, le président Alassane Ouattara et les autorités judiciaires ivoiriennes expliquaient le transfèrement de Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale (CPI) par un souci d’équité. Tout comme l’envoi au camp pénitentiaire de Scheveningen du leader de la galaxie patriotique, Charles Blé Goudé. Le pouvoir semblait ainsi dire que la justice ivoirienne n’est pas assez outillée pour assurer un procès équitable à Laurent Gbagbo et son filleul politique. La justice ivoirienne a-t-elle désormais les qualités requises pour mener équitablement un procès de Simone Gbagbo ? Résolument non. Des preuves confondent le ministre de la justice qui a maintes fois exposé son “assurance prémonitoire“ que l’ex-première dame sera condamnée à la prison à vie.

Simone, la voie vers le transfèrement de pro-Ouattara

A la réalité, le cas Simone Gbagbo est devenu une véritable colle pour le pouvoir ivoirien. En clair Simone Gbagbo, bien que détenue par Alassane Ouattara, trouble le sommeil du chef de l’Etat, qui a engagé un bras de fer avec la CPI pour empêcher son transfèrement. Car cela serait l’ultime argument supplémentaire pour l’ouverture de poursuites internationales contre les partisans du leader du Rdr. Après Laurent Gbagbo, Blé Goudé et Simone Gbagbo, tous les regards seraient tournés vers le camp Ouattara qui aurait alors peu d’alibi pour éviter la comparution des pro-Ouattara devant la CPI. D’ailleurs de nombreuses sources ivoiriennes et occidentales ont maintes fois fait mention de mandats d’arrêts encore sous scellés contre les ex-chefs de guerre qui ont porté Alassane Ouattara au pouvoir (avec le soutien déterminant de la France).

La “Dame de fer“ va davantage discréditer le régime

blegoude-afp

A la CPI, Simone Ehivet Gbagbo sera poursuivie pour les mêmes chefs d’accusation de crimes contre l’humanité que son époux et l’ex-ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé : « Meurtres, viols et violences sexuelles, actes de persécution et d’autres actes inhumains ». Ce qui risque bien d’entacher davantage l’image du régime d’Abidjan. En effet, quelles preuves l’accusation pourrait apporter contre Simone après avoir étaler ses insuffisances dans le dossier Gbagbo ? Et quel intérêt et crédibilité auront les experts indépendants désignés par Abidjan après la déculottée imposée au juge Zoro Bi Epiphane par Charles Blé Goudé ? Le transfèrement de Simone Gbagbo fait planer une réelle menace sur le pouvoir ivoirien dont la crédibilité a été fortement entachée par les procès Gbagbo et Blé Goudé. Après avoir saisi la CPI pour conforter son “costume de victime“, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ont réussi à faire voir le régime d’Alassane Ouattara sous son vrai visage : un régime qui a usé de violences pour se hisser au pouvoir. Un procès Simone Gbagbo renforcerait la pression de la communauté internationale et des organisations des droits de l’Homme sur Abidjan. De quoi à faire trembler le “Brave Tchè“ qui espère ne pas se mettre à dos ses soutiens militaires.

Jorès TAH BI