L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a réitéré, ce jeudi à Genève, son appel aux États pour interdire la vente d’animaux sauvages.


[Photo: FAO] Un fermier avec son bétail au Hargeisa Livestock Market au Somaliland

« L’OMS soutient que les gouvernements devraient appliquer rigoureusement les interdictions de vente d’animaux sauvages », a déclaré le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, au cours d’une réunion virtuelle avec les Missions permanentes auprès de l’ONU à Genève.

Selon l’agence onusienne, les pays doivent « faire respecter les réglementations en matière de sécurité et d’hygiène alimentaires pour garantir que les aliments vendus sur les marchés sont sûrs ».

L’OMS indique d’ailleurs avoir fourni des conseils et un soutien aux pays sur la sécurité et la santé des marchés, notamment des conseils aux entreprises alimentaires sur le Covid-19 et sur la sécurité alimentaire et les marchés d’animaux vivants.

Si on est finalement obligé de se rendre sur des marchés d’animaux vivants, l’OMS insiste sur ces mesures de protection. « Il faut éviter le contact direct avec les animaux et les surfaces en contact avec les animaux et toujours respecter les règles relatives à la sécurité sanitaire des aliments », relève l’agence onusienne sur son site internet.

Pour l’OMS, il faut aussi manipuler la viande crue, le lait et les abats avec précaution pour éviter de contaminer les aliments qui ne sont pas destinés à être cuits et il faut s’abstenir de consommer des produits d’origine animale crus ou mal cuits.

Par ailleurs, l’OMS juge que certaines informations parues dans « certains médias ne sont pas correctes » concernant la position de l’OMS sur « la réouverture des marchés traditionnels d’animaux vivants à ciel ouvert en Chine ».

 

« La position de l’OMS reste que tous les secteurs touchés par le Covid-19 – y compris les marchés alimentaires en Chine et dans le monde entier -, doivent garantir des systèmes réglementaires solides, des normes élevées de propreté, d’hygiène et de sécurité une fois qu’ils sont en mesure de reprendre progressivement leurs activités normales », a affirmé le Dr Tedros lors de cette réunion avec les Etats membres de l’ONU.


[Photo AMISOM/Omar Abdisala] Viande rouge vendue sur le marché de Hamarwayne à Mogadiscio, en Somalie.
Le défi de la distanciation physique dans des conditions de surpopulation

Depuis le début de l’épidémie du nouveau coronavirus, l’OMS travaille en étroite collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), pour « prévenir les zoonoses dans tous les secteurs concernés ».

L’agence onusienne s’est également engagée à travailler avec tous les pays pour trouver des solutions adaptées afin d’arrêter la transmission, tout en assurant la continuité des services de santé essentiels. « Ce n’est qu’en travaillant ensemble que nous parviendrons à maîtriser cette pandémie. Le travail doit se faire non seulement au niveau international et national, mais aussi au niveau communautaire », a insisté le Dr Tedros.

 

Par ailleurs, l’autre défi relevé par l’OMS porte sur le fait que le virus se déplace dans des pays et des communautés où de nombreuses personnes vivent « dans des conditions de surpopulation, et où la distanciation physique est presque impossible ». Le Covid-19 amplifie les inégalités existantes en matière de santé.

« Les gouvernements doivent considérer que pour certains pays et communautés, les mesures de confinement peuvent ne pas être pratiques, et peuvent même causer des dommages involontaires », a ajouté le chef de l’OMS qui note que des millions de personnes dans le monde entier doivent travailler chaque jour pour mettre de la nourriture sur la table.

Près de 2 millions de cas de Covid-19 dont 123.000 décès ont été signalés dans le monde entier. « Cela représente plus de 40.000 décès de plus depuis que je vous ai parlé la semaine dernière », a affirmé Dr Tedros, tout en qualifiant cette augmentation « d’alarmante et tragique ». « En même temps, nous constatons des signes encourageants dans certains pays qui ont été l’épicentre de la pandémie », a-t-il ajouté.


“Nous sommes tous dans le même bateau et nous ne réussirons qu’ensemble – Dr Tedros”

Au rayon des bonnes nouvelles, Dr Tedros est revenu sur l’expérience acquise par les pays d’Asie du Sud-Est (ASEAN) lors de l’épidémie du SRAS et de la grippe aviaire. Ces gouvernements ont donc mis en place des mesures et des systèmes qui les aident désormais à détecter et à agir face au Covid-19.

 

En Afrique aussi, les gens se mobilisent aussi. Grâce à « leur longue expérience de la gestion de maladies comme le VIH et la tuberculose », certains pays disposent déjà de l’expertise, des infrastructures de laboratoire et des réseaux d’agents de santé communautaires qui seront essentiels pour contenir le Covid-19.

Plus globalement, le chef de l’OMS a exhorté les pays à ne pas baisser la garde et à s’assurer que le virus est sous contrôle avant la levée des restrictions. Alors que certains pays envisagent maintenant de lever les restrictions socio-économiques et mettre progressivement des mesures de déconfinement, une telle issue « doit être faite avec une extrême prudence ». « Si elle est faite trop rapidement, nous risquons une résurgence qui pourrait être encore pire que notre situation actuelle », relève Dr Tedros.

 

L’OMS a ainsi mis à jour une stratégie en six points pour les pays qui envisagent de lever les mesures de confinement. Premièrement, les pays doivent s’assurer que la transmission est contrôlée. Deuxièmement, garantir que les capacités du système de santé sont en place pour détecter, tester, isoler et traiter chaque cas et retracer chaque contact.

Troisièmement, s’assurer que les risques d’épidémies sont minimisés dans des environnements particuliers comme les établissements de santé et les maisons de soins. Quatrièmement, il faut que des mesures préventives sont en place sur les lieux de travail, dans les écoles et dans d’autres lieux où il est essentiel que les gens se rendent. Cinquièmement, faire en sorte que les risques d’importation peuvent être gérés. Et sixièmement, les pays doivent s’assurer que les communautés sont pleinement éduquées, engagées et habilitées à s’adapter à la « nouvelle norme ».

Et dans tous les cas, « nous sommes tous dans le même bateau. Et nous ne réussirons qu’ensemble », conclut le chef de l’agence onusienne.

SOURCE : ONU Info