Le CACI (Comité d’Actions pour la Côte d’Ivoire, de droit américain), le MSD (Mouvement de Solidarité Démocratique, de droit français) et le CIC (Congrès ivoirien du Canada, de droit canadien) s’expriment.

Problématique

Le 1er février 2019, la Chambre d’Appel de la CPI a décidé d’adjoindre des conditions restrictives à la libération du Président Laurent Gbagbo et du camarade Charles Blé Goudé que la Chambre I de la CPI a pourtant déclarés acquittés, donc non coupables des accusations de crimes contre l’humanité portées contre eux dans l’affaire qui les oppose aux procureurs de la CPI.

Cette décision surréelle obstrue les efforts que consentent les Ivoiriens et les Ivoiriennes pour la réconciliation et la paix. Non seulement cette décision confirme que la politique est entrée dans le prétoire de la CPI, mais aussi elle offre aux Ivoiriens l’occasion de réfléchir aux dispositions à prendre pour une Côte d’Ivoire nouvelle.

La Côte d’Ivoire, grâce à ses ressources reste un pays moteur de l’Afrique de l’Ouest. De 1960 à 1999, elle était un modèle de stabilité politique et de brassage ethnique, qui lui ont valu d’être la première destination de la migration dans la région. Mais depuis 1999, à la suite d’une transition au multipartisme mal négociée, la Côte d’Ivoire est le siège de convulsions sociopolitiques incessantes dont les points saillants sont les coups d’états de 1999 et de 2002, la rébellion de 2002 à 2010, la partition du pays en deux zones, et la crise qui a suivi l’élection présidentielle de 2010. Les conséquences de ces crises sont visibles aujourd’hui : un pays meurtri et déstructuré, qui ploie sous le joug d’un régime dictatorial.

En effet, arrivé au pouvoir dans la violence en avril 2011, le régime de M. Alassane Ouattara a érigé l’impunité, la justice des vainqueurs, la chasse aux sorcières, les arrestations et emprisonnements arbitraires des leaders et membres de l’opposition significative en système de gouvernement. En retour cette opposition a boycotté les joutes électorales organisées depuis 2011 pour souligner l’insincérité du régime au pouvoir à organiser des scrutins crédibles. Le boycott des élections ont produit des institutions illégitimes, entrainé le recul du multipartisme et la démocratie, et causé des divisions profondes entre les populations. Malgré les taux de croissance mirobolants, la réalité est que la Côte d’Ivoire est un pays où l’école, la santé, le minimum vital, et la réconciliation relèvent du grand luxe.

L’état dans lequel se trouve le pays doit amener les Ivoiriens et Ivoiriennes à se dépasser pour construire une « Côte d’Ivoire nouvelle ». S’il est vrai que le pardon peut dissoudre les ressentiments, les rancœurs, les frustrations, les haines, le cynisme et les manipulations, une « Côte d’Ivoire nouvelle » requiert l’humilité et la responsabilité. C’est en cela que la normalisation de la vie politique et sociale est nécessaire puisqu’il faut rebâtir la cohésion sociale pour assurer une reconstruction post-crise viable.

Quand deux grands partis de gouvernement s’accusent mutuellement, où est l’intérêt du peuple ?

Malheureusement, les actes des partis politiques ivoiriens, notamment le PDCI et le FPI, ne rassurent pas. Versés dans des accusations mutuelles incessantes, ces deux partis, qui, pourtant, ont dirigé la Côte d’Ivoire, tardent à mutualiser leurs énergies pour aider à poser les jalons de cette Côte d’Ivoire nouvelle.

D’une part, le PDCI justifierait son alliance avec le RDR en 2010 parce qu’en 1995, le FPI et le RDR se sont alliés dans le « front républicain » pour revendiquer le vote à 18 ans, le bulletin unique, la liberté de la presse et d’autres demandes susceptibles de consolider le pluralisme politique. Le PDCI accuserait aussi le FPI d’avoir contribué au coup d’État militaire qui a renversé le Président Henri Konan Bédié en 1999, levé le mandat d’arrêt international dont faisait l’objet M. Alassane Ouattara, et autorisé ce dernier à se présenter à l’élection présidentielle de 2010.

D’autre part, Le FPI accuserait le PDCI d’avoir participé à la rébellion de 2002 à 2010, et contribué à l’accession au [pouvoir du RDR à la suite de la crise post-électorale de 2010. Pour le FPI, le PDCI aurait dû faire les recours nécessaires auprès du Conseil Constitutionnel pour revendiquer sa deuxième place au premier tour, soutenir l’idée du recomptage des voix au lieu de soutenir l’usage de la violence contre Laurent Gbagbo, et enfin dénoncer les travers du régime d’Alassane Ouattara.

Notre analyse

Les accusations mutuelles entre le FPI et le PDCI montrent bien que les partis politiques régurgitent les recettes surannées qui ont conduit le pays dans l’impasse actuelle, d’autant plus qu’ils sont mus par le seul désir de parvenir au pouvoir d’État. Même si dans le fond, une telle orientation est juste, elle met néanmoins en exergue leur esprit d’accaparement de la gestion des biens publics et leur incapacité à se remettre en question. En outre, le fonctionnement interne de ces partis politiques est basé sur la pensée unique et le culte de la personnalité, alors qu’ils promeuvent la démocratie. En faisant prévaloir leurs égos, ils prouvent qu’ils ont du mal à intégrer l’évolution du monde et adapter leurs stratégies. Il importe de noter que les dissensions internes expliquent en partie pourquoi le PDCI et le FPI ont perdu le pouvoir d’État.

Il est temps de tracer les contours de ce qu’il faut faire dans l’intérêt collectif. Si nous sommes d’accord que chaque acteur politique, y compris la majorité silencieuse des Ivoiriens, est responsable de la tragédie que le peuple ivoirien vit actuellement, il faut analyser les enjeux et les faits, et réfléchir aux solutions adéquates.

Que faut-il faire ?

Un nombre de pistes s’offrent à nous. Premièrement, malgré la légitimité des griefs que le PDCI-RDA et le FPI ont l’un contre l’autre, les deux partis doivent se remettre en question et reconnaitre qu’ils ont contribué à l’avènement du chao politique actuelle.

Deuxièmement, il faut définir le concept de « Côte d’Ivoire nouvelle », qui doit être : un Etat de droit ; où la séparation des pouvoirs se pratique ; un pays où s’exerce une gestion saine des biens collectifs ; où l’école, la santé et le minimum vital sont garantis à chaque citoyen et citoyenne ; où les compétences sont promues en lieu et place de la courtisanerie et la corruption à grande échelle.

Troisièmement, nous invitons les organisations de la société civile non-partis politiques à accentuer la pression sur ces partis politiques qui ne pensent qu’à eux. Il s’agit de mettre fin aux ignominies de ceux et celles qui étouffent l’éclosion des nouvelles idées et des initiatives intéressantes.

Quatrièmement, pour nous qui vivons en occident et qui voyons comment les diasporas contribuent à l’épanouissement de leurs pays d’origine ; pour nous qui souffrons aussi de la crise que traverse notre pays ; pour nous qui nous sommes mobilisés pour soutenir les institutions républicaines bafouées par la Communauté internationale, l’année 2020 ne doit pas être une année électorale, mais l’avènement d’une alternative politique crédible en Côte d’Ivoire.

C’est pourquoi, cinquièmement, nous pensons que le débat sur la Commission électorale est suranné parce que les fondements de la démocratie n’existent pas. La Commission électorale, qui doit être véritablement indépendante et composée de personnalités neutres, ne peut prospérer que dans un cadre résolument démocratique.

Sixièmement, une transition politique est la meilleure alternative pour mettre en chantier la « nouvelle Côte d’Ivoire. » L’horizon 2020 et le refus de précipiter les Ivoiriens et Ivoiriennes dans une autre crise recommandent la refondation en profondeur des institutions actuelles. Une transition est le cadre idéal dans lequel les acteurs politiques de tout rang peuvent aborder les problèmes de la sécurité, du foncier, et des institutions de la république.

Que conclure ?

Au total, la situation actuelle de la Côte d’Ivoire n’autorise pas la création de fractures supplémentaires mais autorise le rassemblement des Ivoiriens et Ivoiriennes desireux de paix et de réconciliation.

Pour enclencher véritablement la dynamique de réunir les Ivoiriens et Ivoiriennes, nous enjoignons instamment les acteurs politiques, sociaux, et économiques à s’asseoir et discuter pour entamer une concertation générale sur l’avenir de la Côte d’Ivoire et dans la perspective des élections présidentielles de 2020 pour en assurer la transparence. Nous invitons le Président Bédié à – dans l’intérêt national – rendre visite en personne au Président Laurent Gbagbo et nous urgeons le Président Laurent Gbagbo à faciliter la tenue d’une telle rencontre pour aider à poser les bases de la nouvelle Côte d’Ivoire.

Fait depuis Philadelphie (USA), Paris (France) et Montréal (Canada), le 16 février 2019

Le MSD (Mouvement de Solidarité Démocratique, de droit français), le CACI (Comité d’Actions pour la Côte d’Ivoire, de droit américain) et le CIC (Congrès ivoirien du Canada, de droit canadien).