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Propos recueillis par Alain Aka, avec 

Le Point Afrique : Dans quel cadre se situe votre visite aujourd’hui à Paris ? 

Pascal Affi N’Guessan : Nous sommes à Paris depuis une semaine dans le cadre du redéploiement international de notre parti le Front populaire ivoirien (FPI). Le FPI, durement affecté par la crise que la Côte d’Ivoire a connue en 2011, se relève progressivement et a besoin de reprendre ses contacts avec l’extérieur.

Qui est le vrai patron du Front populaire ivoirien aujourd’hui ?

Il n’y a pas de vrai patron, il n’y a pas de faux patron. Il y a un patron. Et c’est moi qui suis, depuis 14 ans, président du FPI… jusqu’à ce qu’il y ait un congrès pour élire un nouveau président. 

Pour certains, le vrai président du FPI, c’est Laurent Gbagbo…

Non, le président Gbagbo n’est pas concerné par ces agitations qu’on observe en Côte d’Ivoire, à propos justement de la présidence du Front populaire ivoirien.

Comment va-t-il ?

Il va comme tout prisonnier dans une prison internationale. Je ne crois pas que ce soit un endroit rêvé pour lui. C’est pourquoi nous sommes mobilisés pour faire en sorte qu’il retrouve la liberté.

Avez-vous de ses nouvelles ?

La liaison physique n’est pas possible directement. Mais par personne interposée, nous savons que le président Laurent Gbagbo se porte bien.

Pourquoi, depuis son incarcération, n’êtes-vous pas allé le voir à La Haye ?

J’étais moi-même en prison pendant deux ans et demi. Je ne suis sorti qu’en août 2013. J’étais aussi sous sanction internationale. C’est donc depuis ma sortie et la levée de ma sanction en avril 2015 que j’ai formulé une demande pour aller le saluer à La Haye.

Pourquoi êtes-vous candidat à la prochaine présidentielle en Côte d’Ivoire ?

Vous savez que la Côte d’Ivoire a connu un drame avec les élections présidentielles de 2010. À l’heure actuelle, il se pose un certain nombre de problèmes majeurs pour le pays. Le candidat du Front populaire ivoirien s’inscrit dans la résolution de tous ces problèmes. Il y a d’abord la question fondamentale de la paix, celle de la réconciliation nationale et de la stabilité politique. Nous entendons organiser les États généraux de la République pour refonder un consensus national au niveau de la Côte d’Ivoire.

La deuxième grande préoccupation de nos compatriotes à l’heure actuelle, c’est la question de la pauvreté, de l’emploi, de la lutte contre la cherté de la vie, la promotion des revenus. Il y a trop de pauvreté. Il faut mettre en œuvre toutes les actions nécessaires, qu’elles soient d’ordre économique ou social, pour lutter efficacement contre la pauvreté.

La troisième grande préoccupation, c’est la sécurité. Avec la crise post-électorale, le pays est dans une insécurité chronique. Il faut lutter efficacement pour désarmer les ex-combattants, pour ramener les dozos, c’est-à-dire ces combattants traditionnels, dans leur zone géographique pour reformer l’armée nationale, pour équiper la police et la gendarmerie, de façon à ce que la quiétude des populations soit assurée.

Il y a ensuite la politique sociale en matière de santé publique, d’éducation, de logement. Un ensemble de questions qu’il faut régler. C’est autour donc de ces quatre problématiques que nous allons organiser notre campagne électorale.

Un commentaire sur l’action d’Alassane Ouattara au pouvoir…

Non seulement son accession au pouvoir a été chaotique, mais la gouvernance est foncièrement décevante et négative. À telle enseigne que les graves problèmes que le pays connaît et que j’ai évoqués tout à l’heure demeurent. Et c’est pour ça que nous sommes candidats pour mettre en œuvre une autre politique, pour opérer le changement afin que la paix, la stabilité et la prospérité reviennent en Côte d’Ivoire.

Comment comptez-vous réconcilier les Ivoiriens si vous parvenez au pouvoir ?

Nous sommes déjà dans la logique de la réconciliation. Et c’est pourquoi, depuis ma sortie de prison en août 2013, j’ai proposé les États généraux de la République comme un cadre de dialogue national, pour qu’ensemble nous essayions de nous pencher sur les graves problèmes que le pays connaît depuis une vingtaine d’années. Qu’ensemble, la main dans la main, nous rebâtissions un consensus national qui permette d’organiser le vivre-ensemble dans la durée et la stabilité.

À quand la fin de la crise au FPI ?

Nous sommes justement dans la procédure de résolution de cette crise interne. Et je crois que nous sommes très avancés. Il y a des camarades qui n’ont pas compris la stratégie que nous avons proposée, qui n’ont pas compris l’orientation et les objectifs que nous nous sommes fixés. Mais je crois que progressivement avec le temps, avec l’expérience et au regard des résultats que nous obtenons dans cette logique du dialogue et de la réconciliation, nous voyons la famille se rassembler, et nous avons bon espoir que, d’ici les élections, le Front populaire ivoirien retrouvera son unité et participera aux élections, uni et solidaire.

Le Point