Michel_Bohiri

Le comédien-acteur vedette Michel Bohiri, se fait de plus en plus rare à Abidjan. Le “mari” d’Akissi Delta dans la série “Ma famille” est toujours parti pour des tournages ou des spectacles de théâtre en Afrique ou en Europe. À peine a-t-il fini un film sur les crimes rituels au Gabon il y a quelques semaines, qu’il est coopté par “La comédie de Caen”, en France, pour jouer dans une grosse pièce classique. L’artiste surbooké parle de cinéma, de théâtre et décrie la politique culturelle en Côte d’Ivoire.

• Tu es invisible à Abidjan ?

– Oui, c’est vrai que ces derniers mois, je suis toujours entre deux avions, pour des raisons professionnelles. En Afrique comme en Europe.

• Ton dernier tournage ?

– Ça s’est passé au Gabon, il n’y a pas longtemps. C’est un long métrage qui s’appelle “Crimes et pouvoir”. Le réalisateur Donatien Séri Mpoumba, dénonce à travers ce film, le phénomène des crimes rituels. Pour avoir de l’ascension dans la société, devenir riche, avoir le pouvoir, etc. Dans le cas d’espèce, je joue le rôle principal de Guy Mathieu, un homme politique, qui commandite des crimes, pour faire des sacrifices humains avec des parties prélevées sur les corps des victimes. Afin d’avoir les faveurs et la confiance du Président de la République et demeurer son collaborateur incontournable. Il est prêt à tuer pour arriver à ses fins. Bien entendu, c’est une République imaginaire.

• C’est un rôle très loin de celui de Don Juan qui te colle à la peau ?

– Ah ça, oui ! C’est vraiment autre chose. C’est un sujet très sensible, qui préoccupe les populations et les autorités du Gabon. Les crimes rituels font souvent la Une des médias à Libreville. Et ce film participe à la dénonciation de ces faits.

• Que penses-tu de ce phénomène dont on entend aussi parler chez nous, quand il y a des échéances électorales ?

– Ça peut exister, mais je n’en ai pas les preuves. Cependant, avec ma foi chrétienne, je ne crois pas à ce genre de pratiques pour réussir dans la vie. L’ascension, dans tout ce que l’on fait, est liée au travail, à la chance et à la capacité de saisir les opportunités qui se présentent à nous. Avec la bénédiction du Tout-Puissant. Sinon, ces crimes odieux ne sont que des raccourcis, qui se retournent toujours contre leurs auteurs.

• Tu es dans le métier depuis 1990. Avec près de 20 films à ton actif, comme acteur. N’es-tu pas tenté de passer derrière la caméra ?

– Bien sûr, j’y songe. J’en parlais même il y a quelques jours avec un ami réalisateur. Mais, je sais que la réalisation, c’est un autre métier. Ce n’est pas seulement la direction d’acteurs, le cadrage, etc. C’est plus compliqué que cela. Donc, je me prépare à faire des stages pratiques, avant de me lancer dans la réalisation.

• Pour ne pas faire du “théâtre filmé”, comme certains. Car tu es comédien à la base.

– (Il rit) Oh, vous savez, la critique est aisée, c’est l’art qui est difficile. Moi, j’ai un regard d’acteur et de comédien, donc je ne peux pas porter un regard très critique sur le travail d’un réalisateur. Il y a des aspects de son métier que je ne maîtrise pas. Donc, je me méfie des critiques à tout-va sur la place publique. Des jeunes réalisent des films ici, qui sont certainement perfectibles. Il faut les encourager et leur donner des conseils, pour qu’ils s’améliorent. Au lieu de les “descendre” systématiquement.

• Le cinéma ivoirien lui-même est à l’agonie.

– C’est une réalité. Ce sont les séries Télé et Vidéo qui donnent l’impression que le cinéma ivoirien vit. Il est à l’agonie. Depuis au moins 10 ans, quel vrai long métrage ivoirien est sorti dans les salles et a retenu l’attention du public ? Il n’y en a pas.

• A qui la faute ?

– Aux décideurs. Il n’y a pas de volonté politique pour instaurer une vraie politique culturelle, qui va déboucher sur une industrie culturelle. Avec les moyens et les infrastructures à la clé. La culture qui est une mine d’or est négligée par presque tous les gouvernements qui se succèdent dans notre pays. Parfois même, on veut se passer du ministère de la culture. C’est pour cela qu’on y a ajouté francophonie. Alors que ce département est un vrai instrument de développement et une source de devises.

• Ton retour au théâtre n’est certainement pas pour demain, dans ces conditions ?

– C’est sûr que c’est difficile. Le théâtre paie pour le même manque de vision. Aucun domaine de l’Art n’échappe à cela. Heureusement que je suis sollicité à l’étranger, comme bien d’autres confrères. Là, je rentre de Caen, en France, où j’étais en résidence avec “La comédie de Caen”.Pour préparer la pièce «En attendant Godot» de Samuel Beckett, dans laquelle je tiens un rôle. On va tourner à travers la France, à partir du 18 mars 2014.

• Ta formation classique à l’Ecole nationale de théâtre (ex-INA) te permet d’être distribué dans des pièces montées par de telles institutions. Mais tout le monde n’a pas cette chance ?

– C’est vrai. Mais on peut monter ce genre de pièces ici. C’est une question de moyens.

• Pourtant, c’est l’humour qui marche chez nous depuis un moment, pas les pièces classiques !

– Oui, mais dans les classiques, il y a aussi parfois des pièces avec beaucoup d’humour. Seulement, il faut beaucoup de moyens techniques et financiers pour les monter et les jouer. Ce qui est très différent de simples spectacles d’humour qui sont une succession de blagues, qu’on peut faire partout et sans grands moyens.

• Dans ton planning surbooké, que devient “Ma Famille” ?

– La série a été arrêtée depuis un moment. Les tournages n’ont pas encore repris. En tout cas, Delta ne m’a pas encore appelé pour me dire quoi que ce soit. Donc chacun vaque à ses activités.

• Tu es un Don Juan dans “Ma Famille”. Qui est Bohiri dans la vie privée ?

– (Il rit) Je suis un homme très sérieux. Marié et père d’un enfant.

Source: Top-Visages