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Une contribution de Dr. Claude Koudou

(Notre Voie, 29 octobre 2013) – Une audience est prévue, à la surprise générale ce 29 octobre 2013. Les spéculations, les supputations et les conjectures peuvent donc être légitimes à cause des fortes émotions que cela suscite. D’un autre côté, nous voyons des manipulations, des manigances, des mystifications et des élans qui frisent par moments de la sorcellerie aux fins de polluer l’audience du Président Laurent Gbagbo. Ceux qui procèdent ainsi n’innovent pas en la matière. Puisque c’est leurs habitudes de propager des contre-vérités. Cependant, un adage dit : ‘’on peut tromper certaines personnes tout le temps, on peut tromper quelques personnes quelques temps, mais on ne peut tromper tout le monde tout le temps”.

Sur l’affaire Gbagbo, les choses ont été dites sur le volet judiciaire. La réalité politique en Côte d’Ivoire est patente : Il n’y a pas matière à confirmer les charges au vu des audiences précédentes et Bensouda n’a rien apporté dans sa besace lorsqu’elle s’est rendue dernièrement en Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo devrait donc recouvrer la liberté depuis s’il s’était agi de statuer uniquement en s’appuyant sur le droit pour dire la justice. Mais l’arrière-cour politique qui a voulu instrumentaliser la CPI – et qui l’a discréditée – a le dernier mot.

Si la CPI veut revêtir un minimum de crédibilité, si les grands pays veulent aider à la réconciliation et au processus de paix, le réalisme doit les conduire à libérer Laurent Gbagbo. La raison commandant aussi de se rendre compte qu’on s’est trompé – et que la conjoncture du moment avait laissé la place à une subjectivité au lieu de retenir un brin de pragmatisme et d’objectivité – cela ne sera pas bon si l’on persiste dans une logique d’enfermement injustifié de Laurent Gbagbo par une simple motivation de tactique politicienne. Il faudra comprendre qu’il y a la vie d’un peuple derrière tout cela, il y a la paix dans un pays qui est en jeu. Ouattara doit renoncer à son inclination intempestive au faux pour regarder l’intérêt d’un peuple. C’est donc à la Communauté internationale d’aider la Côte d’Ivoire en libérant Gbagbo. Le reste sera la place d’une grande part du dialogue politique direct pour que la Côte d’Ivoire se relève. C’est à la CPI – et au Conseil de sécurité – tacitement car plus personne n’étant dupe, mondialisation de l’information obligent – de voir où est le point d’équilibre en Côte d’Ivoire.

La CPI tient une responsabilité dans le climat sociopolitique et dans l’avancement du processus de paix en Côte d’Ivoire. C’est à elle de choisir donc entre réalisme et poursuite dans l’imposture. La balle est dans leur camp. Et le bon choix doit être de libérer Gbagbo pour privilégier une justice transitionnelle, seule à pouvoir panser les plaies car capable d’engendrer la vérité, en tenant compte des réalités locales. Tout le cursus de l’affaire Laurent Gbagbo a montré qu’une justice exogène et délocalisée ne convient pas au profil de la crise en Côte d’Ivoire.

Par des voies – et voix – diverses qui vont de celle du pauvre paysan qui veut la paix jusqu’à des plus fortes, des indicateurs et les réalités ivoiriennes ont été mis sur la table des décideurs. Depuis 1999, certains politiques pensent que la prise du pouvoir par les armes pouvait définitivement avoir prise en Côte d’Ivoire. La preuve du contraire est aujourd’hui manifeste. Les ONG alertent sur le spectre d’une justice des vainqueurs. L’ONU a également signalé la violation de l’embargo sur les armes par le pouvoir d’Abidjan. Nous constatons que la force des armes a montré ses limites et l’option de Laurent Gbagbo « la transition pacifique à la démocratie » connaît une forte adhésion. Devant ces réalités, la Communauté internationale ne peut pas être dans le déni. Des voix fortes notamment celle de Doudou Diène – le récent plaidoyer de la mise en liberté provisoire de Simone Gbagbo – militent pour l’incitation à l’apaisement. La hantise d’une possibilité de maladresse judiciaire ne doit donc pas affecter outre mesure les Ivoiriens et leurs amis. Nous savons tous que les dégâts d’un non-droit dans cette affaire ne sont pas imprévisibles en Côte d’Ivoire. La CPI joue le destin de la Côte d’Ivoire qui peut basculer dans le sens d’une reconstruction viable ou dans celui qui ne donne pas la paix aux Ivoiriens. Dans un pays à plus de soixante ethnies, « le rattrapage ethnique » ne peut pas être le ferment du vivre-ensemble. Les Ivoiriens et leurs soutiens démocrates attendent que le droit soit dit. Toute décision politique qui voudra encore tordre le cou au droit et à la justice aura fait le choix de ne pas aider ce pays.

Descartes disait que « le bon sens est la chose au monde la mieux partagée ». Cette valeur habite donc aussi les juges de la CPI. C’est pourquoi nous pensons que la sagesse de la justice l’emportera sur les manipulations, en libérant Laurent Gbagbo. Nous pensons qu’il faut attendre l’audience dans la sérénité et nous aviserons.