Apologie de la différence ou la tentation totalitaire de la pensée en Côte d’Ivoire.

J’ai souvent été l’objet d’attaques plutôt violentes, suite à mes écrits ou mes positions, parce que ceux qui en sont les auteurs, ne supportent pas la différence et sont dans une vision schématique du champ politique. Certes ces critiques acerbes m’invitent à une remise en cause, à plus de prudence et d’effort d’objectivation dans mes prises de parole à l’avenir, néanmoins, je continuerai à fournir des outils intellectuels de résistance à la mode et à la dictature de la pensée.

Il s’agit pour moi de participer au renouveau de la critique et non de propager comme certains, sous une couverture pseudo-scientifique et indépendante, la vulgate qui fait l’essentiel des conversations dans la petite bourgeoisie d’Etat et dans les cercles intellectuels des états-majors des différents entrepreneurs et partis politiques. C’est une production sur commande corrompue par des intérêts partisans et personnels. L’écho d’une vacuité politique dont l’essentiel est de porter des ambitions et de fanatiser des esprits faibles. Au-delà de la mauvaise foi, du dogmatisme, du populisme, s’installe en Côte d’Ivoire, une voyoucratie intellectuelle aux analyses simplificatrices, réductrices, déformatrices, destructurantes et aux diatribes irrévérencieuses pour ne pas dire injurieuses. Celles-ci reposent au principal, sur des erreurs historiques, sur la falsification des faits, sur des silences volontaires et une mémoire sélective. C’est la mise en place d’une pensée profondément régressive et dangereuse qui sapent tous les fondements de la démocratie représentative et qui s’oppose en réalité à la réforme de notre société, quand elle ne cherche pas à l’entrainer vers le bas.

Nous devons sortir définitivement de notre univers manichéen, où tout est brutalement et totalement blanc ou noir, pour accepter la réalité dans la complexité de la multiplicité de ses aspects. Et si on est pas d’accord, c’est tant mieux. Cette différence nous enrichit. Est-il besoin toujours d’insultes, de comparaisons inadéquates, de lectures tronquées. Un sujet est un tout et une sélection à la fois. Il n’est pas interdit de penser sur ce point précis que la haine, non seulement nous rend aveugles et sourds, mais nous empêchent tout simplement de penser réellement. C’est dommage, car dans ces conditions nous devenons la proie facile des fanatiques grandiloquents, des manipulateurs éhontés, des séducteurs, narcissiques, hypocrites, populistes menteurs qui pullulent dans notre démocratie, plutôt que de la défendre contre les excès du marché, contre l’abus de pouvoir et les passe-droit, les inégalités devant la Loi, l’irresponsabilité politique, l’ethnicisme et la géographisation de la politique, et la pollution du discours par des considérations puériles, déviantes, délinquantes et insurrectionnelles.

Non, le développement est une fantastique aventure politique, économique, sociale, technologique cuturelle et humaine, pour lequel la création et l’agir doivent être préférés à la justification, la critique systématique et la logorrhée. Il s’agit de parvenir à définir un idéal pour notre pays, susceptible de tirer les énergies et de mobiliser les populations afin de construire le progrès auquel nous aspirons. Cette construction est nécessairement dialectique. Donc, il faut arrêter de fustiger et rejeter la différence. Les générations nouvelles qui sécrètent déjà une lassitude à l’égard de cette forme de débat public fermé et orienté, ne peuvent que manifester un rejet radical de cette forme de dictature de la pensée, quelles que soient les forces qui tentent d’imposer ce totalitarisme. C’est contraire à la liberté, à la civilité et à la maturation des idées.
Aly Pierre SOUMAREY