Au nom de la « lutte contre le chômage », le gouvernement Oligui interdit aux étrangers plusieurs petits métiers. Une décision populiste qui piétine le rêve panafricain et renforce les vieux réflexes xénophobes du Gabon.

Communiqué final du Conseil des ministres du 12 août 2025

Mme Laurence Ndong, Porte-parole du Gouvernement : la xénophobie en costume de ministre

Par Simplice Ongui
Agenda 2063 ? Unité africaine ? Libre circulation des Africains sur leur propre continent ?
Oubliez. À Libreville, on préfère les slogans… tant qu’ils ne franchissent pas la frontière.
Mardi 12 août 2025, le gouvernement d’Oligui frappe fort : interdit aux étrangers de vendre, de coiffer, de réparer, d’acheter, d’exploiter… Bref, interdit aux étrangers de vivre de leur sueur dans les « petits métiers ».
Raisons officielles ? « Protéger l’emploi des jeunes Gabonais ».
Raisons réelles ? Offrir un bouc émissaire tout prêt : l’étranger, cet éternel coupable.
Ironie : au Gabon, beaucoup de ces métiers, les nationaux les boudent. Trop fatigants. Trop peu rentables. Trop « bas » pour un pays de pétrole. Alors on les interdit… juste pour prouver qu’on est chez soi.
Résultat prévisible :
Plus de chômage qu’avant.
Plus de rancunes qu’avant.
Moins de commerce, moins de qualité, plus de clandestinité.Au Gabon, la xénophobie n’est pas une rumeur : c’est une vieille habitude politique. On la déguise sous mille prétextes – défense de l’emploi, souveraineté économique, patriotisme – mais le cœur du discours reste le même : l’étranger est l’ennemi. Or, ce nouveau décret ne résoudra ni la crise de l’emploi, ni le manque d’opportunités pour les jeunes. Il ne fera qu’alimenter les rancunes et fracturer encore davantage le tissu social, déjà fragilisé par les inégalités et la dépendance économique.

L’illusion du bouc émissaire

En réalité, chasser les étrangers de la petite économie, c’est refuser de regarder en face les vraies causes du chômage : une économie rentière, une dépendance au pétrole, une corruption endémique et l’absence d’investissements massifs dans la formation et l’entrepreneuriat local.

Croire que réserver la vente de cartes téléphoniques ou la réparation de téléphones aux seuls Gabonais changera le destin économique du pays, c’est confondre sparadrap et chirurgie. C’est surtout oublier que nombre de Gabonais, diplômés ou non, boudent ces activités ou manquent de capitaux pour les lancer.

L’Agenda 2063 piétiné

Le message est désastreux pour l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, qui prône la libre circulation des personnes, des biens et des idées sur le continent. Le Gabon, en verrouillant son espace économique pour les « petits métiers », envoie un signal clair : l’intégration africaine attendra. Pire, il alimente l’idée que la solidarité panafricaine est un slogan creux, que chaque pays est libre d’ériger ses murs, même contre ses frères d’Afrique centrale ou de l’Ouest.

Pendant ce temps, à Addis-Abeba, l’Union Africaine rêve d’un continent sans frontières.
À Libreville, on rêve d’un continent… sans voisins.

Question simple : et si, demain, l’Afrique de l’Ouest décidait de renvoyer les Gabonais ?
On ferait moins les fiers.

Le Gabon vient de choisir l’isolement. L’histoire retiendra cette date, le mardi 12 août 2025 : le jour où Libreville a fermé la porte… à l’Afrique elle-même.

Quand le chauvinisme devient contre-productif

Les témoignages à Libreville le confirment : certains jeunes voient la mesure comme une chance, d’autres la jugent vouée à l’échec. « Les Gabonais sont flemmards », lâche un vendeur de marché, fataliste. En d’autres termes, interdire aux étrangers de travailler ne garantit pas que les nationaux prendront le relais – surtout dans des métiers qui demandent ténacité, réseau et sens du service.

En vérité, cette mesure risque surtout de pousser dans la clandestinité de nombreuses activités, de réduire la concurrence (et donc la qualité et les prix pour les consommateurs), et de priver le pays des savoir-faire acquis par les diasporas africaines.

L’Afrique qu’on nous vole

Dans les années 1960, l’indépendance devait ouvrir la voie à une Afrique des peuples, sans frontières artificielles ni discriminations internes. Aujourd’hui, c’est un autre rêve qu’on nous vend : celui d’une Afrique morcelée, où chaque État s’érige en forteresse.

Le Gabon aurait pu être un laboratoire de l’intégration régionale en Afrique centrale. Il choisit au contraire d’être l’exemple-type de l’exclusion économique et sociale.

L’histoire jugera cette décision pour ce qu’elle est : un coup politique court-termiste, économiquement absurde et moralement indéfendable. Et si demain, d’autres pays d’Afrique appliquaient la même logique aux Gabonais vivant à l’étranger ? Libreville verrait alors, peut-être trop tard, le prix de sa politique de rejet.

Simplice Ongui
Dierecteur de Publication
Afriqu’Essor Magazine
osimgil@yahoo.co.uk