La peur d’un héritage : Professeur Maurice Kacou Guikahué, mémoire vivante du vieux parti politique de Côte d’Ivoire et cible facile

Professeur Maurice Kacou Guikahué, ancien Secrétaire Exécutif du PDCI-RDA

Simplice Ongui
Directeur de Publication
Afriqu’Essor Magazine
osimgil@yahoo.co.uk

À la faveur de récents communiqués et tribunes incendiaires, un nom revient sans cesse dans les accusations : celui du Professeur Maurice Kacou Guikahué. Ancien Secrétaire Exécutif, compagnon de lutte de longue date, il est aujourd’hui présenté comme le bouc émissaire idéal d’un PDCI-RDA en quête de cohésion. Mais derrière cette incrimination répétée, se cache une vérité plus dérangeante : ce n’est pas Guikahué qui fragilise le parti, mais bien l’obsession de ses détracteurs à réécrire l’histoire et à masquer leurs propres faiblesses.

Depuis le 18 août 2025, des voix internes et des relais médiatiques accusent, encore et encore, le Professeur Maurice Kacou Guikahué de vouloir « déstabiliser » le PDCI-RDA et de nourrir des intérêts personnels liés à la gestion du parti. À l’avant-garde de cette campagne de stigmatisation, des plumes comme celle de M. Tedy Ted Lagachette, qui réduisent sans nuance la carrière d’un homme d’État à de prétendues pratiques opaques.

Cette narration partiale ne trompe personne : en désignant Guikahué comme « l’ennemi intérieur », certains cherchent moins à protéger la légitimité du Président Tidjane Thiam qu’à museler toute voix critique et à effacer l’héritage de ceux qui ont maintenu debout la maison PDCI quand elle vacillait.

Guikahué, le faux procès d’un héritier de l’histoire

Accuser le Professeur Maurice Kacou Guikahué d’être l’ennemi intérieur du PDCI-RDA, c’est organiser un faux procès destiné à masquer des faiblesses actuelles. C’est substituer à l’analyse des faits une mise en scène commode où l’on transforme un héritier légitime de l’histoire en coupable désigné.

Un héritier par l’engagement et par le sacrifice

Guikahué n’est pas un intrus dans la maison PDCI : il en est un bâtisseur. Son parcours militant et politique est marqué par une constance rare : médecin de formation, ministre, député, secrétaire exécutif, il a été de toutes les étapes où le parti a dû se réinventer. On peut critiquer ses choix, mais on ne peut lui dénier d’avoir payé le prix fort – prison, marginalisation, attaques personnelles – pour rester fidèle au sigle PDCI-RDA.

À ce titre, il est héritier de l’histoire houphouëtiste, non par convenance, mais par épreuves. Vouloir faire de lui un obstacle, c’est oublier que son nom est inscrit dans la mémoire collective militante.

Le révisionnisme politique en action

Le faux procès intenté contre Guikahué consiste à réécrire le passé. On tente de faire croire que ses années de direction se résument à une gestion « opaque », alors que les faits attestent qu’il a tenu l’appareil dans des conditions souvent extrêmes. Ce procédé relève d’un révisionnisme politique :

  • on gomme les sacrifices ;
  • on nie la continuité qu’il a assurée ;
  • on réduit son action à une caricature.

Mais la base militante n’est pas dupe : elle sait que sans lui, et sans quelques autres, le PDCI aurait peut-être sombré dans la tourmente des années 2000-2010.

Un héritier transformé en bouc émissaire

Pourquoi ce faux procès ? Parce qu’il est plus facile de désigner un homme que d’assumer des faiblesses collectives. Guikahué est ainsi transformé en écran sur lequel on projette tout ce que l’on veut éviter : manque d’organisation, absence de doctrine claire, querelles d’ambitions. Sa figure devient l’ombre commode qu’il faut abattre pour donner l’illusion d’une unité consolidée.

Le risque d’un déni de mémoire

En choisissant ce chemin, le PDCI-RDA prend un risque majeur : celui de se couper de sa propre histoire. Car un parti historique ne vit pas seulement de ses victoires à venir ; il vit aussi de la mémoire de ses fidélités. Un héritier comme Guikahué n’est pas une menace, il est un rappel permanent que la maison PDCI s’est construite sur des sacrifices, et que l’avenir ne peut se bâtir qu’en respectant ces fondations.

Ainsi, Guikahué n’est pas un rival à abattre, mais un héritier à reconnaître. Le faux procès qui lui est fait ne fragilise pas seulement un homme : il fragilise le parti, en donnant l’image d’une organisation qui préfère nier son passé plutôt que d’en tirer force et inspiration.

Un parti qui nie ses héritiers se condamne à perdre son âme. Le PDCI-RDA doit comprendre qu’il n’a rien à gagner à effacer Guikahué, et tout à perdre à se construire dans le déni de mémoire.

Quand on insulte l’intelligence militante

Réduire Maurice Kacou Guikahué à un vulgaire comptable de cotisations et de gadgets, c’est insulter des décennies de lutte, de sacrifices et d’engagement. Ce professeur de médecine, ancien ministre, fidèle compagnon d’Henri Konan Bédié, a payé le prix fort pour maintenir debout la maison PDCI lorsque d’autres choisissaient le confort du silence. Le caricaturer aujourd’hui en symbole d’« opacité » relève moins de l’analyse que du procès par insinuation.

La mémoire des faits, pas la rumeur
  • Qui a sillonné le pays pour maintenir la flamme militante quand les temps étaient les plus durs ?
  • Qui a porté la voix du parti à l’Assemblée et au gouvernement, y compris dans des contextes hostiles ?
  • Qui, malgré les épreuves – arrestations, campagnes de diabolisation, pressions – a continué d’incarner la résilience militante ?

C’est bien le Professeur Maurice Kacou Guikahué. On peut discuter ses choix politiques ; on ne peut pas effacer sa contribution structurante sans verser dans le révisionnisme.

Trois réalités que la base n’oublie pas :
  1. La continuité organisationnelle : quand les structures vacillaient, il a assuré la permanence, tenu les réunions, protégé les rouages – bref, empêché l’effondrement.
  2. Le coût personnel : il a assumé l’exposition, les risques et les coups, là où tant d’autres se mettaient à l’abri. La loyauté a un prix ; il l’a payé.
  3. La transmission : il a formé, conseillé, ouvert des portes à de plus jeunes cadres. Les héritages politiques ne se décrètent pas ; ils se transmettent.
Le sophisme de la caisse

La rhétorique qui veut réduire un homme d’appareil à « la caisse » procède d’un sophisme : faire croire que maîtriser l’organisation équivaut à manipuler les ressources. Or, l’organisation n’est pas la prébende ; c’est la condition de la survie d’un parti. Confondre l’une et l’autre, c’est confondre discipline et délit, efficacité et opacité. Si des zones d’ombre existaient, la réponse digne d’un grand parti s’appelle audit et redevabilité, pas lynchage nominatif.

Ce que révèle l’acharnement

L’acharnement contre Guikahué dit moins ce qu’il serait que ce que certains craignent :

  • la mémoire d’un appareil qui ne commence pas hier ;
  • une autorité morale qui relativise la nouveauté ;
  • une capacité d’influence qui oblige à composer plutôt qu’à imposer.
Rappel d’éthique militante

Dans toute organisation politique sérieuse, on distingue :

  • le désaccord stratégique, légitime et nécessaire ;
  • la mise en cause personnelle, dangereuse et stérile.

Transformer un désaccord en suspicion morale permanente, c’est abîmer la culture politique du PDCI et insulter l’intelligence de ses militants, qui savent reconnaître la différence entre critique constructive et campagne d’étiquetage.

Faire aujourd’hui de Guikahué le totem de la corruption, c’est réécrire l’histoire à rebours et abaisser le niveau du débat. Un parti ne se grandit pas en rabaissant ses propres bâtisseurs ; il se grandit en les dépassant, c’est-à-dire en intégrant leur héritage pour aller plus loin. La fidélité n’exonère pas de la réforme ; mais la réforme qui se bâtit contre la fidélité devient déni de mémoire — et finit toujours par se retourner contre ceux qui l’instrumentalisent.

La peur de l’ombre

La vérité, c’est que le nom de Maurice Kacou Guikahué dérange parce qu’il rappelle une évidence que certains veulent effacer : le PDCI-RDA ne commence pas avec Cheick Tidjane Thiam. Ce parti est un corps historique, forgé par l’héritage houphouëtiste, consolidé par des décennies de luttes, de sacrifices et de fidélités. On peut y inscrire la nouveauté et l’élan réformateur de Thiam, mais on ne peut pas prétendre bâtir un avenir en rayant ceux qui ont tenu la maison quand elle menaçait de s’effondrer.

Le leadership de Thiam, tout brillant et porteur d’espérance qu’il soit, ne peut se consolider qu’en reconnaissant cet héritage. Car un arbre ne croît pas en reniant ses racines ; il s’élève parce qu’il en tire sa sève. Refuser de composer avec la mémoire et l’expérience, c’est construire sur du sable.

Or, plutôt que d’assumer ce lien organique entre passé et présent, certains préfèrent désigner un bouc émissaire : Guikahué. On croit ainsi effacer une ombre gênante. Mais cette obsession révèle une fragilité plus profonde : l’incapacité d’exister pleinement sans nier l’existence de l’autre.

La peur comme symptôme psychologique

Pourquoi trembler à l’évocation du nom de Guikahué ? Pourquoi cette nervosité dès que son image surgit dans le débat ? La réponse tient dans une logique psychologique classique : on ne combat avec autant d’acharnement que ce que l’on redoute de voir refléter sa propre faiblesse.

  • Projection : en accusant Guikahué d’« opacité » ou de « pratiques douteuses », on projette sur lui des manquements que l’on craint pour soi-même. Il devient l’écran sur lequel se déversent les angoisses de légitimité.
  • Peur de l’effacement symbolique : Thiam, en tant que nouveau leader, incarne l’avenir. Mais la présence de Guikahué rappelle constamment le passé militant et l’histoire vécue du PDCI. Or, psychologiquement, ce passé agit comme une ombre qui relativise la nouveauté.
  • Rivalité œdipienne : dans le langage psychanalytique, cette peur peut se lire comme un conflit œdipien transposé à la politique : pour affirmer son autorité, le « fils » cherche à tuer symboliquement le « père ». Mais ce meurtre symbolique, loin de libérer, produit un vide, car l’identité du successeur n’existe que par rapport à ce qu’il nie.
Une ombre qui éclaire

En réalité, Guikahué n’est pas une menace pour Thiam : il est une ombre structurante. Il rappelle que le PDCI est une maison collective, pas la propriété d’un seul homme. Son existence oblige la nouvelle direction à se situer par rapport à une mémoire vivante, à une fidélité éprouvée.

C’est parce qu’il est encore une voix écoutée dans les délégations, une figure respectée par la base, et une référence morale de fidélité, que son nom fait peur. Mais ce que certains considèrent comme un danger est, en vérité, une opportunité : la chance de construire un pont entre mémoire et avenir.

La leçon des grands leaders

Les grands bâtisseurs politiques ont toujours compris qu’il fallait vivre avec les ombres, et non les fuir.

  • Houphouët-Boigny avait laissé une place, même symbolique, aux compagnons de lutte qui pouvaient lui faire de l’ombre, pour mieux ancrer sa légitimité.
  • Mandela n’a jamais cherché à effacer Sisulu ou Tambo, il a gouverné avec eux.
  • Léopold Sédar Senghor, au Sénégal, a su transformer ses rivaux en alliés pour éviter que leur ombre ne se change en spectre.

À l’inverse, ceux qui ont voulu effacer toute mémoire pour régner seuls — dans d’autres partis africains — n’ont laissé que des divisions, des rancunes et, souvent, l’effondrement de leurs organisations.

Enfin, la peur de l’ombre est toujours le signe d’une fragilité intime. Elle traduit le doute d’un leadership qui n’est pas encore certain de lui-même. Mais en politique comme en psychanalyse, l’ombre n’est pas l’ennemi : elle est ce qui donne forme, relief et profondeur.

Plutôt que de craindre Guikahué, il faudrait l’assumer comme un miroir. Car un leader qui nie ses ombres finit prisonnier de ses angoisses ; mais un leader qui accepte ses ombres devient véritablement lumineux.

La diversion d’un parti fébrile

Accuser le Professeur Maurice Kacou Guikahué de « déstabiliser » le parti est une ficelle commode : elle détourne l’attention des vrais nœuds stratégiques et médiatiques. Au cœur de cette diversion se trouvent deux réalités incontestablement embarrassantes pour la direction actuelle : d’un côté, l’éloignement volontaire du Président du parti, Cheick Tidjane Thiam, qui conduit à une absence physique remarquée sur le terrain ivoirien ; de l’autre, l’indisponibilité prolongée du Porte-parole, Soumaïla Bredoumi, qui prive le PDCI d’une voix officielle continue dans l’espace public.

Qu’on partage ou non ces perceptions militantes, elles révèlent une chose : au lieu d’assumer ces faiblesses organisationnelles et d’y répondre par des mécanismes clairs de délégation et de communication, la direction choisit de concentrer ses attaques sur Guikahué, transformant ce dernier en bouc émissaire commode.

Ce que masque la rhétorique anti-Guikahué
  1. Un déficit d’incarnation : quand le premier responsable est perçu comme éloigné du terrain et que le principal porte-parole reste indisponible, le parti souffre d’un vide symbolique. On comble alors ce vide par des accusations internes, plutôt que par une stratégie de présence effective.
  2. Une gouvernance en suspens : l’ambiguïté sur le mode d’exercice du Président et l’absence du Porte-parole créent un angle mort décisionnel (qui tranche ? selon quelles procédures ?). L’attaque contre Guikahué masque ce flou.
  3. Une communication défensive : faute d’un centre de gravité clair, la parole officielle se réduit à des mots d’ordre martelés – « complot », « déstabilisation » – au lieu de formuler une vision programmatique forte.
  4. Un risque de fragmentation : la personnalisation des controverses entraîne des fidélités affectives et des rancunes, au lieu de bâtir des coalitions fonctionnelles.
Les vraies questions (qu’on évite en criant au « complot »)
  • Comment unir la vieille garde et la nouvelle génération ? Par un pacte de transmission avec des binômes anciens–jeunes à la tête des structures.
  • Comment bâtir un projet au-delà des slogans ? Par une plateforme de réformes chiffrées et vérifiables, au lieu de simples postures médiatiques.
  • Comment préparer le retour au pouvoir d’État ? Par une ingénierie électorale solide : maîtrise des bureaux de vote, contentieux électoraux anticipés, et formation des délégués.
Ce qu’une direction sûre d’elle ferait immédiatement
  • Clarifier le mode de présence du Président : fixer les modalités d’exercice depuis l’étranger, les délégations de signature et les périodes de retour effectif en Côte d’Ivoire.
  • Régler la vacance de parole : nommer officiellement un ou plusieurs Porte-parole adjoints en attendant le retour de Soumaïla Brédoumi.
  • Établir un organigramme de crise : rendre lisible qui décide quoi, sous quel délai, et avec quelle chaîne de validation.
  • Lancer un pacte de non-agression interne : interdiction des attaques personnelles publiques, avec arbitrage confié à un Conseil des Sages.
  • Publier un audit procédural (adhésions, finances, fonctionnement) et un reporting trimestriel, afin de couper court aux insinuations d’opacité.

En somme, tant que la direction refusera d’assumer ses propres vulnérabilités — l’éloignement du Président et l’indisponibilité du Porte-parole — elle sera tentée de se cacher derrière la diversion consistant à incriminer Guikahué. Mais cette diversion ne résout rien. Elle affaiblit le parti, en le maintenant dans une dramaturgie personnelle plutôt que dans une dynamique collective. La force du PDCI-RDA ne résidera pas dans le bruit des accusations, mais dans sa capacité à combler ses propres vides et à transformer ses fragilités en leviers d’organisation et d’unité.

L’histoire ne se réécrit pas à coups de communiqués

Peut-on effacer des décennies de lutte et de sacrifices en quelques lignes de communiqué ? Certainement pas. Et pourtant, c’est bien l’exercice auquel se livrent certains, en répétant sans nuance des accusations de « pratiques opaques » et de « privilèges indus » pour salir la mémoire militante du Professeur Maurice Kacou Guikahué. Mais que vaut cette rhétorique accusatoire face aux faits historiques ?

Le PDCI-RDA, après la disparition de Félix Houphouët-Boigny et les bouleversements des années 1990, a traversé des tempêtes politiques qui auraient pu l’emporter. Répression, intimidations, divisions, mise à l’écart du pouvoir d’État… Dans ces contextes d’adversité, qui a tenu la barre de l’appareil politique ? Qui a permis que la flamme militante ne s’éteigne pas ? Qui a incarné la continuité du parti quand ses bases étaient fragilisées et ses cadres dispersés ?

C’est bien Guikahué, aux côtés de quelques fidèles, qui a assuré la survie organisationnelle du PDCI-RDA. Il a été la mémoire et le gardien de l’institution dans ses moments de fragilité, acceptant de payer de sa personne – arrestations, séjours en prison, campagnes de diabolisation – là où d’autres avaient choisi le silence confortable ou la compromission.

On peut aujourd’hui critiquer ses méthodes, discuter ses choix, questionner ses décisions ; c’est le jeu normal de la vie politique. Mais vouloir réécrire l’histoire pour transformer le dépositaire d’une fidélité en coupable commode, c’est un révisionnisme dangereux. Car l’histoire politique ne se gomme pas d’un trait de plume, encore moins à coups de communiqués rédigés dans l’urgence pour calmer une fébrilité passagère.

La mémoire collective des militants n’est pas une page blanche que l’on peut effacer selon les besoins du moment. Elle est faite de souvenirs, de combats, de noms qui s’imposent à force de sacrifices. Guikahué fait partie de cette mémoire. On ne raye pas un tel homme parce qu’il dérange ou parce que son ombre plane encore sur le parti. On ne bâillonne pas une trajectoire historique pour flatter une génération montante.

L’histoire du PDCI-RDA, c’est celle d’un parti qui a toujours su combiner héritage et renouveau, mémoire et projection. Ce n’est pas en caricaturant son passé que l’on construit son avenir. Bien au contraire : effacer Guikahué, c’est fragiliser l’identité même du parti, c’est couper le PDCI de ses racines au moment où il a besoin de montrer qu’il est toujours l’héritier du « grand baobab » Houphouët-Boigny.

En vérité, le plus grand danger pour le PDCI n’est pas la figure de Guikahué, mais l’amnésie organisée. Car un parti qui choisit l’amnésie finit toujours par se renier. Et un parti qui se renie perd sa force d’attraction et sa légitimité.

La leçon des autres partis historiques africains

Cette tentation d’effacer ou de marginaliser les anciens n’est pas propre au PDCI. Elle a hanté plusieurs partis historiques du continent africain. L’exemple de l’ANC en Afrique du Sud est éclairant : au lendemain de la victoire de Mandela et du processus de transition, certains jeunes cadres voulaient tourner la page des anciens combattants de l’apartheid. Mais le parti a compris que sa force venait précisément de sa capacité à associer la mémoire des vétérans (Sisulu, Tambo, Mandela lui-même) à l’énergie des nouvelles générations. C’est ce compromis entre héritage et avenir qui a garanti sa longévité.

De même, en Algérie, le FLN a longtemps cherché à imposer une amnésie sélective, effaçant certains héros de la guerre de libération pour des raisons politiques. Mais chaque fois, cette stratégie s’est retournée contre lui : les cicatrices mémorielles ont ressurgi, fragilisant l’unité du parti et du pays. On ne construit pas la légitimité en gommant ceux qui ont payé le prix du combat fondateur.

En Angola, le MPLA a également traversé des tensions entre anciens révolutionnaires et jeunes réformistes. Chaque fois que la direction a voulu réduire les vétérans à des « reliques » gênantes, les divisions se sont accrues. À l’inverse, quand le parti a su valoriser la mémoire tout en modernisant son appareil, il a retrouvé de la cohésion.

Ces exemples le montrent clairement : aucun parti historique ne sort renforcé de l’amnésie volontaire. La mémoire des anciens, même gênante, reste un pilier incontournable de la légitimité et de la stabilité.

Une leçon pour le PDCI-RDA

Le PDCI-RDA, héritier du « grand baobab » Houphouët-Boigny, devrait méditer ces leçons. Car en s’acharnant à réduire Guikahué à des accusations caricaturales, ses détracteurs ne fragilisent pas seulement un homme : ils fragilisent la mémoire même du parti.

L’histoire du PDCI n’est pas un texte que l’on corrige à la convenance du moment. C’est un socle. Et tout parti qui renie son socle finit par perdre son identité. Vouloir effacer Guikahué, c’est couper une racine essentielle au moment même où le PDCI prétend vouloir refleurir.

La légitimité ne se construit pas en désignant des coupables

La véritable légitimité d’un parti politique ne se bâtit pas sur la stigmatisation interne ni sur la désignation de boucs émissaires. Elle se forge dans l’inclusion, dans la reconnaissance des héritages et dans la capacité à rassembler les générations. Le PDCI-RDA, pour rester fidèle à son identité, doit comprendre que sa force ne résidera jamais dans le lynchage médiatique de ses cadres, mais dans sa faculté à fédérer toutes ses forces vives.

Opposer Tidjane Thiam à Maurice Kacou Guikahué, c’est créer une fracture artificielle et dangereuse. L’un incarne le souffle nouveau et l’ouverture internationale, l’autre représente la mémoire, la continuité et l’expérience accumulée au prix de sacrifices personnels. Les deux sont complémentaires. Les dresser l’un contre l’autre, c’est mutiler le parti en l’empêchant d’articuler son passé glorieux et son avenir prometteur.

Les militants du PDCI-RDA, eux, ne s’y trompent pas. Ils savent que le combat de Guikahué n’a jamais été celui des « caisses du parti », mais celui d’une fidélité sans concession. Ils n’ont pas oublié qu’il a tenu debout la maison PDCI quand beaucoup se taisaient, qu’il a traversé la prison et l’exil pour défendre les couleurs du parti, et qu’il a incarné la résilience militante à un moment où tout semblait perdu.

L’unité d’un parti ne se décrète pas par la peur ni par l’exclusion. Elle se construit par l’inclusion, la reconnaissance mutuelle et le respect de la diversité des parcours. C’est ce que le Président Félix Houphouët-Boigny avait compris mieux que quiconque : son génie politique tenait à sa capacité à intégrer les contradictions internes, à faire cohabiter des ambitions différentes, à transformer les rivalités en moteur de rassemblement. C’est cette école de tolérance et de dialogue qui a fait du PDCI un parti historique et non un simple regroupement de circonstances.

À force de désigner Guikahué comme le coupable commode, certains trahissent cet héritage. Ils prennent le risque de fracturer le PDCI au moment même où la Côte d’Ivoire attend une alternative crédible. Car on ne construit pas un avenir en effaçant son passé. On ne bâtit pas la légitimité en excluant, mais en rassemblant. Et à ce jeu dangereux, c’est le parti lui-même qui finira affaibli.

Le procès de trop : la diversion ne tiendra pas

Accuser encore et encore le Professeur Maurice Kacou Guikahué, c’est faire le choix de la division artificielle au détriment de la cohésion nécessaire. C’est affaiblir le PDCI-RDA à l’instant même où la Côte d’Ivoire attend de lui qu’il se tienne debout comme une alternative crédible au pouvoir actuel.

Qu’on le veuille ou non, le nom du Professeur Maurice Kacou Guikahué restera inscrit dans l’histoire du PDCI. Le salir aujourd’hui, c’est salir une partie de cette histoire. Et un parti qui crache sur sa propre mémoire se condamne à répéter ses erreurs.

Il est temps de comprendre que la vraie menace n’est pas Professeur Guikahué. La vraie menace, c’est la peur maladive de son ombre. Accuser encore et encore le Professeur Maurice Kacou Guikahué, c’est faire le choix de la division artificielle au détriment de la cohésion nécessaire. C’est affaiblir le PDCI-RDA à l’instant même où la Côte d’Ivoire attend de lui qu’il se tienne debout comme une alternative crédible au pouvoir actuel. C’est le refus de mener un débat de fond sur la doctrine, sur la stratégie électorale, sur la modernisation organisationnelle. C’est l’obsession de trouver des coupables n’a jamais produit de solutions. Elle entretient seulement l’illusion d’unité, mais laisse le parti sans cap.

En incriminant sans cesse le Professeur Guikahué, certains espèrent détourner le regard des vrais défis : la cohésion interne, la préparation des prochaines échéances électorales, et la reconquête du pouvoir d’État. Mais l’histoire jugera sévèrement ceux qui auront préféré le lynchage politique d’un compagnon de route à la construction d’un projet inclusif.

Ceux qui orchestrent ces procès internes espèrent détourner le regard des vrais défis :

  • réconcilier la vieille garde et les nouvelles générations ;
  • préparer sérieusement les prochaines échéances électorales ;
  • élaborer un projet national ambitieux capable de rassembler au-delà du PDCI.

Mais l’histoire, toujours plus sévère que les hommes, retiendra la responsabilité de ceux qui auront préféré le lynchage politique d’un compagnon de route à la construction d’un projet inclusif et fédérateur.

Le PDCI n’appartient ni à Thiam seul, ni à Guikahué seul, ni à une poignée d’individus. Il appartient à la mémoire collective, au combat de générations, et à l’avenir que réclame le peuple ivoirien.

Accuser Guikahué de « complot » n’est pas une preuve de force. C’est l’aveu d’une peur. Et un parti qui gouverne par la peur de ses propres figures n’est jamais aussi fort qu’il le prétend.

Si le PDCI veut redevenir l’alternative nationale, il doit cesser de fabriquer des procès imaginaires. Il doit se réconcilier avec sa mémoire, mobiliser toutes ses forces et concentrer son énergie sur la seule bataille qui vaille :

  • celle du projet politique,
  • celle de l’unité militante,
  • et celle de la conquête démocratique.

Car au bout du compte, l’histoire ne se souviendra pas des intrigues internes ou des accusations de circonstance. Elle retiendra si, oui ou non, le PDCI-RDA a su se hisser à la hauteur de son héritage pour offrir à la Côte d’Ivoire une espérance de renouveau.

L’histoire ne retient pas les procès internes, elle retient les victoires nationales.

Simplice Ongui
Directeur de Publication
Afriqu’Essor Magazine
osimgil@yahoo.co.uk