Avec une population ayant un âge médian de 18 ans, l’Afrique est le continent le plus jeune de la planète. Exemple 80 % de la population ivoirienne à moins de 35 ans. De ce fait elle représente un formidable espoir pour l’avenir. Cependant, celui-ci ne pourra se concrétiser que sous la triple condition d’une gestion efficiente de ses ressources humaines à travers:
1 – Un système sanitaire performant permettant une meilleure optimisation de notre potentiel en termes de forces de travail.
2 – Une formation de qualité permettant de relever tous les défis de la transition vers le développement intégral (inclusif, matériel, industriel, intellectuel, culturel, environnemental, moral et spirituel) et d’entrer dans la mondialisation, de manière active et non plus qu’en tant que consommateur uniquement.
3 – Un plein emploi de ses compétences par une exploitation intelligente et auto-centrée de ses richesses naturelles, le développement d’une capacité technologique pour les transformer sur place, et la création d’une masse critique entreprenariale susceptible de créer de l’emploi structurel, de réaliser l’indépendance économique du continent avec des économies nationales souveraines et de se lancer par la suite à la conquête du reste du monde à l’instar des pays émergents.

Nous avons désormais une croissance annuelle moyenne nominale(3.6%) supérieure à notre taux de croissance démographique (3%), permettant ainsi de contenir la pression démographique sur nos ressources disponibles, qui hypothèque pour partie notre développement par le déclenchement du cercle vicieux d’un besoin croissant toujours plus important à satisfaire, et de dégager en reliquat, une marge de croissance réelle positive pour résoudre l’équation de la pauvreté, suivant que le niveau de l’inflation et la politique budgétaire de chaque pays le permet, notamment son service de la dette (viabilité de la dette). Pour la Côte d’Ivoire nos chiffres affichent en tendance à moyen terme, une croissance moyenne nominale de 7, 5 % contre un taux de croissance démographique de 2,5 % et une inflation de 1%, soit une croissance réelle de 4%, avec une charge de la dette tout a fait acceptable. Cette dynamique ouvre à notre pays des perspectives optimistes, sous l’impérative condition de la maintenir encore à ce rythme pendant une décennie au moins, tout en agissant pour faire baisser significativement la pression du facteur démographique.

Nous voyons bien que d’une manière générale, notre croissance n’est pas encore assez vigoureuse pour permettre de résoudre efficacement le problème de la croissance de la pauvreté sur le continent et par voie de répercutions, tous les fléaux qui en découlent. Il nous faut donc envisager d’autres solutions à côté du nécessaire renforcement de la croissance réelle pour y parvenir avant le doublement de notre population dans les 30 prochaines années à venir. Au nombre de celles-ci :
1 – Une révolution culturelle pour restructurer les mentalités et reformer les attitudes socio-culturelles pour amorcer toutes les mutations nécessaires pour relever ces défis, dont celui de la baisse de la fécondité, mais aussi de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption, les détournements de fonds publics, les dépenses improductives de pure complaisance, l’évasion fiscale et la fuite des capitaux.
2 – Exploiter le dividende démographique de manière à créer les conditions d’une croissance durable avec une augmentation significative de notre productivité pour nous permettre de supporter la lourde charge de la population inactive (70 % dont 40 % en dessous de 15 ans) durant la transition devant nous conduire à une modification durable de la structure de notre pyramide qui se présente avec 1 actif pour 3 inactifs et pose légitimement le problème de la soutenabilité de cette charge par la population active. La Côte d’Ivoire s’y est engagé et pourrait être en mesure de réussir ce challenge si l’on considère son potentiel et la transformation structurelle de son appareil de production (diversification de l’activité, articulation géographique et niveau de la part de transformation locale dans la structure du PIB) à condition de réussir sa mutation technologique, la modernisation de son appareil de production, le développement d’une expertise locale et la création de plus de chaînes de valeurs dans les secteurs porteurs de son économie, comme l’agriculture.
3 – Adapter et rendre performant notre système d’éducation et de formation, avec pour ambition de faire parvenir à un niveau supérieur, 80% de la population scolaire et d’intensifier la formation technique et professionnelle pour soutenir le développement de l’artisanat et des petites entreprises, mais aussi de l’innovation et de l’invention par la multiplication des écoles d’excellence.
4 – Accroitre l’efficacité de notre outil fiscal, tant sur le plan de l’optimisation des recettes que de l’encadrement de l’activité par des dispositifs d’incitation et d’orientation (emploi, zones franches, entrepreneuriat, code d’investissement attractif, consommation de la production locale, barrières douanières favorisant les importations d’intrants technologiques et protégeant les industries locales).

Pierre Aly SOUMAREY